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Full text of "Chansons"

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ANTOINE CLESSE 



CHANSONS 



EDITION COMPLETE 



AVEC LES AIRS NOTES ET LE PORTRAIT DE L'AUTEUR 



BRUXELLES 

A. LL.BKGUE, KDITEUll 

lluo de !a Madeleine, iG 



E. DENTU, ÉDITEUR 
ralais-Royal, 17-11>, Gitlerie d'I^rlêans 



ADOLPHE DELMÉE, I MPRINEU R- É D ITEU R 

1866 , 



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PREFACE 



DES PREMIERES CHANSONS 



Lorsquen 1841 je fis paraître un volume de poésies , je 
chantais le soir pour me délasser des travaux de la journée. 
Depuis j'ai publié deux recueils de chansons , dont quelques- 
unes ont obtenu du public un accueil quil ne m'était pas per- 
mis d'espérer. Je compris alors que, même en chantant pour 
moi , je pourrais peut-être aussi chanter pour les autres. 

Ouvrier comme mon père, mes refrains trouvaient de 
l'écho dans le cœur du peuple. J'eus la pensée de composer, 
sous le titre de Chansons populaires , une série de petits 
poèmes, dans le but de donner à l'ouvrier les conseils d'un 
ami et d'élever son âme en y fortifiant les sentiments les 
plus sacrés : l'amour de Dieu , de la patrie , de la fcimille , 
et partant de l'humanité. 

L'ouvrier ne lit pas les vers , il les chante. Le couplet , 
quand il est franc et simple comme son langage, est la 
poésie du peuple. 

Je regrette de ne pouvoir exprimer ici toute ma gratitude 
aux hommes de cœur qui, depuis quelques années, et dans 
diverses circonstances , ont daigné me donner tant de 
preuves d'estime et d'affection. 

La natur^ des sujets que je traite révèle le secret de 
leur sympathie. 



— M — 

Quelque faible que soit ma plume , elle est libre. Elle n'a 
jamais attaqué personne ; quand parfois elle a dû me défen- 
dre, elle la fait sans hésiter, franchement et sans fiel. 

Je ne flatte pas l'ouvrier, je l'aime : si j'exalte ses ver- 
tus, je sais aussi flétrir ses vices. Puissent mes vers, en 
développant ses bons instincts, le consoler quelquefois dans 
ses mauvais jours. 

Heureux dans la position que Dieu m'a faite , je vis en 
dehors des agitations du monde et chante avec indépen- 
dance au coin du feu. Je n'occupe qu'une place bien humble 
dans la littérature, mais jamais le désir de briller ne me 
fera subir les exigences des partis, le joug des coteries, 
qui trop souvent entraînent ou compriment les convictions 
personnelles. 

Que la poésie soit l'expression de la vérité : qu'elle entre 
dans la vie réelle, si elle veut être utile! Sa véritable 
grandeur aujourd'hui , c'est sa moralité. Qu'elle éclaire les 
esprits qui s'égarent en ces temps de luttes et d'aspirations 
vers rinconnu : voilà sa mission. 

On ne dira pas en parcourant ce livre : •* Ce sont les 
chansons d'un grand poète ; " j'espère qu'on pourra dire : 
•» Ce sont les chansons d'un honnête homme. « 



Mons, Dt'cembre 1851. 



PREFACE 



DES CHANSONS NOUVELLES 



Je livre au public une édition complète de mes chansons. 

Le volume est divisé en deux parties , lune intitulée : 
Premières Chansons; l'autre : Chansons Nouvelles. Ces der- 
nières, qui, jusqu'à ce jour, n'avaient jamais été réunies en 
recueil , débutent par la Bière. 

Je n'ai pas un seul instant perdu de vue le but que je 
me suis proposé par mes Chansons populaires; mais, mieux 
que tout autre genre de littérature , la chanson permet la 
hardiesse et l'à-propos ; elle ne peut se circonscrire dans 
un cercle étroit, dans une tendance uniforme et spéciale : 
la politique , la philosophie , la satire sont de son domaine 
comme le sentiment. C'est un enfant terrible qui veut tou- 
cher à tout , mais dont la pétulante intervention est parfois 
nécessaire et toujours féconde , quand elle reste morale et 
qu'elle va puiser ses inspirations aux sources vivifiantes et 
pures de l'honneur et de la vérité. 

Malgré la variété des sujets que j'ai traités , les attaques 
contre lesquelles j'ai dû me défendre, certaines aspirations 
que j'ai cru parfois de mon devoir de combattre , je pense 
que je puis réimprimer, à la première page de ce volume, 
ma préface de 1851. 

Je laisse au public le soin de décider s'il a été donné » 



— VIII 



depuis quelques années, à mes modestes chansons d'ouvrir 
plus largement leurs petites aîles et de prendre un essor 
plus vigoureux qu'autrefois. La sympathie de mes compa- 
triotes, le puissant appui de la presse, le concours des 
cœurs dévoués qui ont popularisé mes couplets , m'ont ins- 
piré souvent le désir de faire mieux qu'auparavant. Si j'ai 
réussi , c'est à eux seuls que j'en suis redevable. 

Grâce à la généreuse initiative de mes amis, mes listes 
de souscriptions, dans quelques villes du pays, et surtout à 
Mons, se sont rapidement couvertes de signatures. 

Merci à mes souscripteurs. 

Merci surtout aux artisans qui ont jeté aux échos de 
l'atelier et de la rue , les refrains que leur adressait la 
muse du foyer. Sans m'en faire accroire sur le mérite de 
mes chansons, je suis fier d'avoir le peuple pour inter- 
prète; car, comme le dit Goethe : ^^ Ce qui doit aller au 
w cœur doit venir du cœur. " 



Mous, Octobre ISOCy. 



PREMIERES 



CHANSONS. 



Nota. — L'indication de l'aii* , qui se trouve après le titre de chaque 
chanson, est suivie d'un chiffre. — Ce chiffre correspond au numéro 
d'ordre des airs notés, qui sont placés à la fin du volume. 



JE NE SUIS PAS SAVANT. 



Air de V Anonyme. — i. 



Pourquoi crier que je manque d étude, 
Vous qui semblez me vouloir tant de bien ? 
Epargnez-moi votre sollicitude, 
Je sais assez que mon savoir nest rien. 
J'aime 1 étude à laquelle on se livre 
Quand ici-bas on passe en observant : 
Le cœur humain se lit-il dans un livre ? 
Non, non, messieurs, je ne suis pas savant. 



I il^is.) 



Oui, je sais peu; mais je sens et j espère 
Malgré les traits du sceptique moqueur ; 
L'homme sans foi doit blâmer ou se taire, 
L'homme qui croit a des chants dans son cœur 
Lorsque j'exprime une douce croyance : 
Elle remplit mon âme en l'élevant. 
Le sentiment, c'est ma seule science : 
Non, non, messieurs, je ne suis pas savant. 



_ 4 — 

Je vois les fleurs éclore sur ma route 
Sans y fouiller d'une indiscrète main ; 
Si le savoir est le chemin du doute, 
Oh ! l'ignorance est le plus doux chemin. 
Je crois encor, quand la fleur est flétrie, 
Que son parfum, comme une âme d'enfant, 
Remonte au ciel, sa première patrie : 
Non, non, messieurs, je ne suis pas savant. 



Je fuis les gens au grave caractère. 
Qui vont raillant la joie et les amours , 
Et qui, le front incliné vers la terre. 
Pensent sans cesse... et se taisent toujours. 
Aux blonds enfants je me plais à sourire ; 
Dans cette vie où nous pleurons souvent. 
Je crois encor qu'on peut aimer et rire : 
Non, non, messieurs, je ne suis pas savant. 



Eh ! que m'importe à moi , fragile atome 
Dont un caillou peut arrêter les pas. 
Que sur l'avis de tel ou tel grand homme 
Le soleil marche ou bien ne marche pas ? 
Quand je revois l'aurore tutélaire, 
Sans demander ni pourquoi , ni comment , 
Je vais sourire au ciel qui nous éclaire : 
Non, non, messieurs, je ne suis pas savant. 



Si le savoir est la flamme féconde 

Qui rend l'esprit plus vaste et plus profond , 

Mes faibles yeux des choses de ce monde 

Ne sont pas faits pour pénétrer le fond. 

J'aime ;\ chanter sans recherche importune , 

Sans définir le feu, l'onde ou le vent. 

Et sans chercher un monde dans la lune : 

Non, non, messieurs, je ne suis pas savant. 



— 5 — 

L'homme prétend qu'il s'explique les causes; 

Mais sa raison doit-elle l'éblouir ? 
k L'orgueil le porte à concevoir des choses 

Dont il n'avait qu'un instant à jouir. 

Sans m'arrêter, chétive créature, 

En compassant, disséquant, dissolvant, 
^ Je veux jouir des biens de la nature : 

" Non, non, messieurs, je ne suis pas savant. 

Pauvre ignorant, je noircis quelques pages. 
Sans m'effrayer du plus puissant renom : 
Quand sur un point j'interroge deux sages , 
Si l'un dit oui, l'autre soutient que non. 
Voilà pourquoi, sachant votre faiblesse. 
Grands raisonneurs, moi qui vis en rêvant. 
Je ris tout haut de l'humaine sagesse : 
Non, non, messieurs, je ne suis pas savant. 



— 6 — 



A MON PÈRE, JEAX-FRAXÇOIS CLESSE, 



ANCIEN MAITRE ARMURIER AU 65-^ DE LIGNE, SOUS L EMPIRE. 



Air : Te souviens-tu ? — 2. 



Tu Tas suivi ce héros populaire 
Qui mit un terme à des jours de terreur, 
Et qui bientôt du sabre consulaire 
Osa se faire un sceptre d'empereur. 
Repose en paix, vieux soldat du colosse. 
Du monde un jour ton nom disparaîtra : 
Repose en paix, ton fils peut sur ta fosse 
Bénir ton nom que nul ne maudira. 



I [bis.) 



Pendant longtemps on a vu la Victoire 

A l'aigle altier prêter ses ailes d'or ; 

Mais, quand ses preux souriaient à sa gloire, 

La liberté maudissait son essor. 

Repose en paix, etc. 

Quand ses soldats, décimés mais fidèles. 
Couraient aux rois, si prompts à se cacher, 
La trahison vint lui briser les ailes. 
Et l'aigle alla tomber sur un rocher. 
Repose en paix, etc. 

De son tombeau que la haine s'écarte : 
Il meurt!... Chacun va révérer son nom... 
Qu'entcnds-je? Hudson répond par Bonaparte 
Au monde entier qui dit Napoléon, 
Dors plus heureux, etc. 



— 7 — 

Napoléon!... Nom brillant de lumière 
Quun frêle enfant, — odieux souvenir, — 
Au sein des cours qui proscrivaient son père. 
Dans sa prière à peine osait bénir. 
Dors plus heureux, vieux soldat du colosse. 
Du monde un jour ton nom disparaîtra : 
Dors plus heureux, ton fils peut sur ta fosse 
Bénir ton nom que nul ne maudira. 



8 — 



POURQUOI N'AURIONS-NOUS PAS DE LYRE ? 

HOMMAGE DE L'AUTEUR A SES AMIS ET COLLABORATEURS DE LA 

Revue de Liège. 



Pourquoi n'aurioDs-Dous pas de lyre ? 
Edouard wacken. 



Air : Soldat français. — 3. 

Fragile écho de ses accords puissants, 
Si j affaiblis les pensers du poëte, 
Pardonnez-moi ces timides accents. 
Où de mon cœur je me fais l'interprète. 
Vous, mes amis, qui, dans un jour bien doux, 
M'avez fait place en vos rangs que j'admire , 
Bien que je sois le plus faible de tous, 
Ah ! laissez-moi répéter avec vous : 

Pourquoi n aurions-nous pas de lyre ? (bis.) 

Les Belges sont les frères des Français : 
Quand l'Empereur au lom portait ses armes, 
N'avons-nous pas partagé leurs succès ? 
N'avons-nous pas partagé leurs alarmes ? 
Le souvenir de l'aigle audacieux 
Plane sur vous , vieux Belges de l'empire ! 
Nous savons tous vos exploits glorieux : 
Nos fils seront si fiers de leurs aïeux. 
Pourquoi n'aurions-nous pas de lyre ? 

Si le Midi, sous un beau ciel d'azur. 
Offre à ses fils ses montagnes chenues, 



¥ 



— 9 — 

Ses gais vallons, ses fruits d'or, son air pur. 
Ses belles nuits sur nos bords iiiconnues; 
S'il inspira tant de bardes fameux. 
Les fils du Nord ont vu naître Shakspeare : 
L'amour du beau nous exalte comme eux ! 
Belges, un jour sous notre ciel brumeux , 
Pourquoi n'aurions-nous pas de lyre ? 

Quand l'univers, las du joug de ses rois, 
Fit un instant chanceler leur couronne. 
Notre pays revendiquait ses droits. 
Le sabre en main sur les débris d'un trône ! 
La Liberté terminait ses malheurs 
Et souriait à son noble délire : 
Couvert de sang , il essuyait ses pleurs ; 
Il nous montrait enfin les trois couleurs!... 
Pourquoi n'aurions-nous pas de lyre ? 

Courage , amis , votre aile grandira ; 
Que cet espoir aujourd'hui vous enflamme ! 
Courage, amis : l'avenir redira 
Les chants si beaux qui germent dans votre âme. 
De vos succès, puissé-je être témoin, 
Moi qui chéris le sol qui vous inspire ; 
Le chansonnier, dans son tout petit coin. 
Pourra crier en vous montrant au loin : 
Belges, nous avons notre lyre! 

1845. 



— 10 — 



COUPLETS A M. DUFAU, 

PROFESSEUR DE LITTÉRATURE FRANÇAISE AU COLLÈGE DE MONS, 

qui m'avait fait Thonneur de dire en chaire que je ferais mieux 
de travailler à mes fusils que de m'occuper de poésie. 

Air des Scythes et des Amazones. — 4. 



Grand professeur, votre critique amère 
Part cependant d'un cœur vraiment chrétien ; 
En me raillant du haut de votre chaire, 
A votre nom vous attachez le mien, {his.) 
Dieu , quel honneur ! à peine j'ose y croire : 
Tant de lauriers sont semés sous vos pas ! 
Je fais des vers sans prétendre à la gloire. 
Grand professeur, ne m'illustrez donc pas. 
Professeur, ne m'illustrez donc pas. (bis.) 



] ibis.) 



Grand professeur, votre blAme lui-même 

De mon renom peut remplir l'univers ; 

Mais dans le coin où je chante , où l'on m'aime , 

Laissez mourir et mon nom et mes vers. 

L'obscurité, pour moi, pauvre pygmée. 

Est le bonheur, car l'envie ici-bas 

De son venin souille la renommée : 

Grand professeur, etc. 

Je suis heureux quand une voix touchante 
Daigne avec moi répéter mes refrains ; 
Je suis heureux quand le cercle où je chantQ 
A mes accents daigne battre des mains, 



— 11 — 

Sans me bercer d'un triomphe illusoire. 
D'humbles bravos ont pour moi tant d'appas ! 
Je fais des vers sans prétendre à la gloire, 
Grand professeur, etc. 

Grand professeur, aujourd'hui tout s'achète. 

Tout , les honneurs , la gloire et les succès ; 

Plus d'un Crésus qu'on érige en poëte. 

En est encore à de méchants essais. 

Tel qui me raille, en son humeur trop noire. 

Me chanterait après un bon repas. 

Je fais des vers sans prétendre '\ la gloire , 

Grand professeur, etc. 

Grand professeur, un homme de génie 

Est parmi nous fort mal de son vivant : 

Le feu sacré, que le sot lui dénie, 

A l'hôpital le conduit trop souvent. 

Il meurt, tout change : un fastueux grimoire 

Le déifie à l'heure du trépas! 

Je fais des vers sans prétendre à la gloire. 

Grand professeur, etc. 

Le jour paraît... et je laisse ma plume. 
Il me restait tant à vous dire... Enfin !... 
Si j'oubliais mon étau , mon enclume , 
Bientôt, hélas! je tomberais de faim. 
De vos conseils sans perdre la mémoire, 
Ce soir encor je chanterai tout-bas : 
Je fais des vers sans prétendre à la gloire , 
Grand professeur, ne m'illustrez donc pas. 
Professeur, ne m'illustrez donc pas. 



Novembre 1844. 



— 12 



LA CHANSON DU PECHEUR. 



Qu'un autre dont je plains la vie. 
Regarde avec un œil d'envie 
Ceux qu'environne la grandeur : 
Jour et nuit en voguant sur l'onde, 
Il n'existe rien sur le monde 
Qui soit envié du pêcheur. 

Loin de retentir dans l'espace, 
Que mes chants restent sans échos : 
Le pécheur veut passer sans laisser nulle trace. 
Comme sa barque sur les flots. 

Qu'un autre, évitant les naufrages, 
Vive loin des vents, des orages. 
Dans le plus séduisant séjour : 
Sa vie est un tableau sans ombre : 
C'est le lendemain d'un jour sombre 
Qu'on sent tout le prix d'un beau jour ! 

Loin de retentir, etc. 

Qu'un autre, à l'àme généreuse. 
Craigne quand la mer est houleuse 
Que je n'y trouve le trépas : 
Son sort est-il donc plus prospère ? 
Loin des flots où périt mon père 
La mort ne passe-t-elle pas ? 

Loin de retentir, etc. 

Qu'un autre parcoure les mondes 
Pour voir les merveilles fécondes 
Que Dieu fit surgir du néant : 



— 13 — 

J'ai, dans le calme ou la tempête, 
Le ciel immense sur ma tête, 
Sous mes pieds l'immense océan ! 

Loin de retentir, etc. 

Qu'un autre, dans son haut servage, 
Cache les fers de l'esclavage 
Sous l'or cher à sa vanité : 
Fût-il un des menins du Louvre, 
Je préfère à l'or qui le couvre 
Mes haillons et ma liberté ! 

Loin de retentir, etc. 

Qu'un autre, que le monde encense. 
Ose, au faîte de la puissance. 
Aux hommes imposer sa loi : 
Dieu, lorsqu'il fît la créature. 
Lui dit : Règne sur la nature ! 
— Et sur l'Océan je suis roi.- 

Loin de retentir, etc. 

Qu'un autre, en son erreur trop chère, 

Prétende laisser sur la terre 

Un livre du temps respecté : 

Eh ! sur mille hommes , un d'élite 

Qui le comprend et qui le cite, 

Voilà son immortalité ! 

Loin de retentir, etc. 

Qu'un autre soit dur et cupide. 
Comme si le temps trop rapide 
Allait l'oublier en ce lieu ! 
Il meurt : — « Ton or, ô vil avare, 
Va-t-il de toi faire un Lazare , 
Toi qui de l'or faisais un dieu ? » 

Loin de retentir, etc. 



_ 14 — 

Qu'un autre, que l'enfer inspire, 
Veuille le monde pour navire. 
Malgré son nocher primitif : 
Nain ! tu veux diriger le monde ! 
Hélas ! lorsque l'orage gronde , 
J'ai peine à sauver mon esquif. 

Loin de retentir, etc. 

Qu'un autre, à ces ducs, à ces princes. 
Qui pour domaine ont des provinces, 
Envie un titre colossal, 
Quand demain peut-être la tombe. 
Où chacun de nous un jour tombe. 
Joindra le seigneur au vassal ! 

Loin de retentir, etc. 

Qu'un autre, jaloux de sa gloire, 
Veuille qu'on dresse à sa mémoire 
Un tombeau de marbre ou d'airain : 
Aujourd'hui ma tâche remplie. 
Que me fait que l'homme m'oublie. 
Dans quelques siècles... ou demain ! 

Loin de retentir dans l'espace. 
Que mes chants restent sans échos : 
Le pécheur veut passer sans laisser nulle trace, 
Comme sa barque sur les flots. 



15 — 



LE CIEL EST SI BEAU. 

V 

Musique de M. J.-B. Stevens. — s. 

Pourquoi pleurer, ma bonne mère, 
Quand l'aveugle ne pleure pas ? 
— La vie est pour moi moins amère 
Que pour ceux qui guident mes pas. 

Puisque tout naît sur cette terre 
Pour trouver un jour un tombeau , 
Sans regrets je chante et j'espère : 
On dit qu'au ciel tout est si beau ! 

Sans voir la bouche qui remue, 
La main qui presse les ressorts. 
Ne peut-on avoir l'âme émue 
Au bruit d'harmonieux accords ?. 

Puisque tout naît, etc. 

Auprès des plus charmantes choses. 
N'est-il pas d'objets importuns ? 
Qu'ai-je besoin de voir les roses 
Dont je respire les parfums ? 

Puisque tout naît, etc. 

Qu'ai-je besoin que ma prunelle 
D'ici puisse admirer les cieux 
Où l'âme vole grande et belle 
Quand on ferme à jamais les yeux ? 

Puisque tout naît sur cette terre 
Pour trouver un jour un tombeau, 
Sans regrets je chante et j'espère : 
On dit qu'au ciel tout est si beau ! 



— 10 — 



A FERDINAND GRAVRAXD, 

RÉPONSE A DES VERS QUIL m'aVAIT ADRESSÉS. 



L'avenir te nommera : 

F. Gravrand, 



Air cCAristippe. — c. 

Eh quoi ! déjà tu mas chanté, poëte ! 
Moi qui nai pas un laurier sur le front, 
Moi dont la voix pour le monde est muette, 
Qui ne sais pas si les beaux jours viendront. 
Nous n'avons rien encor que l'espérance : 
Un souffle , hélas ! pourrait nous la ravir ; 
Je n'ose croire à ta jeune crovance : 
L'homme peut -il pénétrer l'avenir ? [bis.) 

Naguère encore aux grands jours de bataille 
Où dans leur lutte avec la royauté, 
Vieille déesse, indigne de leur taille, 
Les nations ont crié : Liberté ! 
Le monde a dit, dans sa haine profonde 
Pour tous ces rois qu'il a vus revenir : 
La Liberté sera reine du monde !... 
L'homme peut-il pénétrer l'avenir ? 

Il eût voulu, ce soldat redoutable 
Qui vit trembler l'univers à sa voix. 
Et fit peser, en sa course indomptable. 
Un bras de fer sur la tête des rois ; 
Il eût voulu , dans son orgueil immense , 
De cent États qu'il comptait réunir 



— 17 — 

En faire un seul qu'on eût appelé France ! 
L'homme peut-il pénétrer l'avenir ? 

Lorsque la France un jour yit apparaître 
Les Mirabeau pour changer ses destins, 
Le peuple crut qu'il allait voir renaître 
Tous les hauts faits des temps républicains. 
Et nous tremblons au mot quatre-vingt-treize : 
Date immortelle , on a pu la ternir ! 
La République a frappé Louis Seize. 
L'homme peut-il pénétrer l'avenir ? 

Le monde marche et croit à la lumière 
De sa raison qui voudrait nier Dieu : 
L'homme aujourd'hui se rit de la prière, 
Toute croyance à l'homme dit adieu. 
Si demain l'astre à la flamme féconde 
Au front des cieux n'allait plus revenir... 
Dieu créa tout, Dieu peut briser le monde : 
L'homme peut-il pénétrer l'avenir ? 

Oh ! plus de vers , Gravrand , ta voix amie 
A des accords trop flatteurs pour mes sens ; 
La vanité dans mon âme endormie 
S'éveillerait peut-être à tes accents. 
Cachons l'espoir qui dans nos cœurs s'élève. 
Il peut prouver aux hommes à venir 
Que, pauvres nains, nous faisions un grand rêve. 
L'homme peut-il pénétrer l'avenir ? 



Marii IS-IO. 



— 18 — 



HUMBLE HOMMAGE 

A TOUS CEUX QUI ONT BIEN VOULU DIRE QUE JE NE SUIS PAS LAUTEUR 

DE MES VERS. 

Air de V Anonyme. ~ i. 

Vous allez rire, amis, on me dénie 
Mon seul bonheur sur le monde , mes vers : 
Comme si moi , j étais un grand génie 
Dont les accents rempliraient l'univers. 
J'ai bien pleuré d'abord, et je puis rire 
En entonnant encore une chanson; 
Car tous ces vers que vous vîtes écrire, 
Sont trop petits pour relever un nom. 

Que dirait-on si ma voix plus sensée 

Aux chants de gloire enlevait un laurier. 

Lorsque l'on croit que ma faible pensée 

Ne peut sortir du cœur de l'ouvrier l 

— On aura dit : " L'ouvrier est poëte. « 

Soudain des voix auront réjjondu : ^ Non, 

" Son bras travaille... et son àme est muette. •• 

J'en ris , amis , devais-je avoir un nom ? 

Mai 1S40. 



I 



— 19 



MIEUX ENCORE QUE LA LIBERTÉ, 



Musique de M. Alexis Del fosse. — 7. 



On voit, dans les jours de tempête 
Où le peuple en vain cherche un port, 
Plutôt que de courber la tète 
Des hommes affronter la mort ! 

— Devant le pouvoir qui m'enflamme 
Mon front s'incline avec fierté ! 

Pour mon cœur le joug d'une femme 
Est plus doux que la liberté ! 

Adam , en ce jardin superbe 
Que Dieu parfumait sous ses pas, 
A la fleur qui croissait dans l'herbe, 
Libre , hélas ! ne souriait pas. 
En pitié Dieu prenant son âme 
Mit une reine à son côté. 

Pour mon cœur, etc. 

Le Christ, pour rendre à cette terre 
La foi qui lui disait adieu , 
Ainsi que nous eut une mère... 

— Naître d'une femme , lui , Dieu ! — 
Il voulait pour sa libre flamme 

Un guide dans l'humanité. 

Pour mon cœur, etc. 



— 20 — 

Ennemi du sceptre et du glaive 
Mon cœur, sous le rèsne d'un cœur. 
Loin de s'abaisser se relève ; 
Esclave , il s'élance en vainqueur ! 
L'amour en subjuguant notre àme 
Lui montre l'immortalité. 

Pour mon cœur le joug d'une femme 
Est plus doux que la liberté ! 



1843. 



! 
i 



21 — 



LE RÊVE DE L'ÉVEILLÉ. 



Air du Roi Dagohcrt. — s. 



— Levez-vous, rÉveillé, 
J ai déjà beaucoup travaillé. 
— C'est vous, Nicolas; 
Hier j étais si las : 
Un doux rêve d or 
Me berçait encor. 

Morbleu ! dit TÉveillé , 
Pourquoi mavez-vous réveillé ? 

Dans ce rêve divin, 
Un laquais, d'un excellent vin 
Versait coup sur coup : 
J'en prenais beaucoup ! 
Maintenant, mon cher. 
Je vais prendre... l'air. 

Morbleu ! etc. 

Pour moi plus de péril ! 
J'étais riche comme un Rothschild, 
J'avais du crédit, 
J'avais de l'esprit : 
L'or sut en tout temps 
En donner aux gens. 

Morbleu ! etc. 



*>o 



Dans ce rêve enchanté. 
Ami , comme j étais vanté ! 
Chez moi dix ri meurs 
Et dix prosateurs 
Et dix avocats 
Prenaient leur repas. 

Morbleu ! etc.. 

Nos docteurs s'entendaient 
Et sur tous les points s'accordaient. 
Par leurs soins pieux. 
L'homme jeune ou vieux, 
Dans son heureux sort. 
Mourait... de sa mort. 

Morbleu ! etc. 

Avocats et docteurs, 
Grands rimeurs et grands prosateurs. 
Bons vins et valets. 
Trésors et palais, 
La réalité 
A tout emporté ! 

Morbleu ! dit l'Éveillé , 
Pourquoi m'avez-vous réveillé ? 



— 23 — 



I 



A J.-B. V. 



en réponse à un sonncl f|ii'il m'a adresse à proi os dnnc amère ci iliquc failc contre 
une piicc de vers dans la(|uelle je cliantc la Belgique. 



Que toujours notre gloire inspire tes accents ; 
il est pour fapplaudir des cœurs reconnaissants ; 
Car notre mère à tous, n'est-ce pas la Belgique ? 

J.-B. V. 

Octobre 1845. 



Air du Carnaval. — o. 

Oui, notre mère, ami, c'est la Belgique : 
Ce noble vers a remué mon cœur ! 
En répondant à ta voix sympathique 
Qui brave ainsi le critique moqueur. 
Je ne viens pas, quand ta lyre me loue. 
Rendre ses coups au censeur irrité : 
Le trait méchant qu'on trempa dans la boue 
Salit toujours la main qui l'a jeté, (bis.) 

Pauvre ouvrier, je laisse la colère 
Frapper mes chants que l'honneur inspira : 
Que suis-je ? — Un flot du torrent populaire ; 
— Gouffre sans fond, foubli m'engloutira ! 
Mais au pays fauteur qui se dévoue 
Sait ennoblir sa médiocrité. 
Le trait méchant, etc. 

Qu'un rimailleur, ami, passe sa vie, 
A dénigrer le mérite d'autrui ; 



— 24 — 

Un beau talent ne connaît pas l'envie : 
Aimer et croire est son bonheur à lui. 
Loin du bourbier doù le sot le bafoue, 
Sur rOcéan il vogue avec fierté. 
Le trait méchant, etc. 

Rendons justice au fort qui nous surpasse. 
Mais pour le faible ayons quelque pitié ; 
Plaignons l'auteur qui nous demande grâce. 
Et n'allons pas le repousser du pied : 
Son œuvre , hélas ! dont le public se joue , 
Le punit trop de sa témérité ! 
Le trait méchant, etc. 

Oui, la Satire, aussi noble que belle. 
Veut sous son fouet voir le vice abattu ; 
Mais le venin de Tinfàme libelle 
Cherche à flétrir l'honneur et la vertu ! 
L'écrit brûlant qu'un grand poète avoue , 
Pour frapper l'homme atteint l'humanité. 
Le trait méchant, etc. 

Je suis bien faible et tu le sais sans doute. 
Toi qui pour peindre as de riches couleurs, 
Qui par hasard me rencontras en route 
Et sous mes pas daignas jeter des fleurs. 
Si tu souris à lecueil où j'échoue , 
C'est que ton cœur s'est dit, dans sa bonté ; 
Le trait méchant qu'on trempa dans la boue 
Salit toujours la main qui l'a jeté. 



Octobre 18-13. 



ZO 



LA SAGESSE DU FOU. 

Air : Rendez-moi mon cochon , démons ! — lo. 

Poëte, chantons n'importe où, 
Sans hauteur ni bassesse. 
L'Hélicon est un casse-cou 
Où le sage parfois se blesse î 

Admirez la sagesse 

Du fou ! 
Admirez ma sagesse ! 

Le jour où je n ai pas le sou , 

Je dis à mon hôtesse : 
Faites entendre un doux glou-glou ; 
Je suis plus sage dans l'ivresse. 

Admirez, etc. 

Un jour que j'avais bu mon soûl, 

Je menace une altesse ! 
— Sage , on m'eût fait rompre le cou ; 
Mais j'étais fort... de ma faiblesse. 

Admirez, etc. 

Le jour où quelque chantre mou 

Entonnera ma messe, 
Qu'on jette mon corps dans un trou : 
Mon âme seule m'intéresse ! 

Admirez la sagessse 

Du fou ! 
Admirez ma sagesse 



2(> — 



DIEU FAIT LES FLEURS. 



Air de l'Anonyme. — i, 



C'est jour de fête et je viens, jeune fille, 

Heureux d'avoir une rose à t'offrir ; 

Vite , prends-la : — tu souris , elle brille î 

Entre mes doigts elle allait se flétrir. 

Je rassemblais quelques strophes choisies. 

Quand j'ai songé que nos chants étaient verts : 

Auprès des fleurs que sont nos poésies ? 

— Dieu fait les fleurs et l'homme fait les vers, {bis.) 

Rien n'est plus beau que les fleurs en ce monde ; 
Le ciel a seul de plus riches couleurs : 
En y posant son aile vagabonde, 
Le papillon semble jaloux des fleurs. 
Elles ont tout : gnice, essence, harmonie. 
Et le poète a même ses travers 
Lorsque ses chants ont l'éclat du génie : 
Dieu fait les fleurs et l'homme fait les vers. 

Femme, humble fleur qui croissez sur la terre 
Pour embaumer la route sous nos pas. 
Qui nous donnez une épouse, une mère. 
Et le bonheur... s'il existe ici-bas! 
Au sein de Dieu vous puisez votre flamme : 
Celui qui doute aux longs jours de revers. 
Revoit le ciel dans l'amour de votre âme ! 
Dieu fait les fleurs et l'homme fiiit les vers. 



— 27 — 

Qu'un astronome, un savant, un poëte, 
Fier d'agiter son livre ou son compas, 
Vienne me dire, en relevant la tète : 
" Vois — et comprends que Dieu n'existe pas. t 
— Moi, je réponds : Mon front sait peu de choses. 
Mais pour mon cœur cent livres sont ouverts ; 
J'y lis d'où vient le doux parfum des roses : 
Dieu fait les fleurs et l'homme fait les vers. 



1841. 



28 — 



TU N'ES PAS LA, 



Quand l'oiseau chante 
Ses airs joyeux. 
Et quil enchante, 
L ame et les yeux ; 

Lorsque la rose 
Offre à chacun, 
A peine éclose. 
Son doux parl'um ; 

Du pauvre même 
Séchant les pleurs. 
Quand tout dit : J'aime , 
Oiseaux et fleurs ; 

Loin de sourire 
A tout cela. 
Moi, je soupire : 
— Tu n'es pas là ! 



— 29 



LE PIIRENOLOGISTE. 



Air du Carnaval. — 9. 

— Je voudrais être imprimeur ou poëte ; 
Répondez-moi, que puis-je devenir? 

Je vous en prie, examinez ma tète : 
Un mot de vous, jai foi dans l'avenir. 

— Quand l'imprimeur porte à sa boutonnière 
La croix d'honneur qu'on doit à l'écrivain. 
Deviens l'enfant d'un siècle de lumière 

Où les beaux vers ne donnent pas du pain, (bis.) 

— Moi, je suis veuve, et mère infortunée : 
Ma fille Esther a la plus belle voix ; 

La poésie en son âme est innée ; 
Elle est auteur et chanteuse à la fois. 

Vers le théâtre entraîne donc ta fille : 
A ses accents le monde ému soudain 
D'or et d'honneurs va combler ta famille : 
Mais les beaux vers ne donnent pas du pain. 

— Oh ! dites-moi , sorcier , que vous en semble ? 
Mon fils , d'Homère a, je crois, le menton ; 

A Cicéron par le nez il ressemble : 
Que sera-t-il , Homère ou Cicéron ? 

— Père, tu tiens le lans^a^'e d'un cuistre : 
Sur un tel choix tu serais incertain ! 

Un grand parleur peut devenir ministre, 
Et les beaux vers ne donnent pas du pain. 



— 30 — 

— Moi , je suis pauvre et veux pourtant écrire ; 
Mais vos avis viennent m embarrasser , 

Car selon vous, ù vieillard que j'admire, 
Les malheureux ne devraient pas penser. 

— Fabrique alors quelque sot vaudeville, 
Quelque roman qu'on oublira demain. 

Et fais de l'art une ressource vile, 

Car les beaux vers ne donnent pas du pain. 



— 31 — 



LA CHANSON. 



Air d'Aristijype. — c. 



Bien au-dessus de la strophe ïambique 

Le franc couplet sera placé sous peu, 

Si nous croyons à ce proverbe antique : 

" La voix du peuple , oh ! c'est la voix de Dieu ! •• [bis.) 

Aux royautés qui trônent sur la terre. 

Pour adresser une grave leçon, 

La voix du peuple aux grands discours préfère 

Lliumble refrain d'une simple chanson, {bis.) 

Plus l'orateur veut une ample victoire , 

Plus on l'écoute avec sévérité ; 

Le ridicule est si près de la gloire 

Sur la tribune où l'orgueil l'a porté. 

Moi, j'ai toujours, sans sortir de ma sphère, 

Quand un ami se fait mon échanson, 

L'esprit joyeux qu'on puise au fond d'un verre , 

L'humble savoir que donne une chanson. 

La république aux grands jours d'espérance 
Vit se lever le monde épouvanté. 
Les rois disaient : " Monde , brise la France 
Qui te menace au cri de liberté!... •• 
Mais écoutez ! — la Marseillaise gronde : 
Les rois bientôt devront changer de ton. 
Il ne fallait pour arrêter le monde 
Que le refrain d'une noble chanson ! 



Quand il s efforce, en son orgueil extrême, 
De s élever, en élevant la voix, 
Le sage est fou, car le pouvoir suprême 
Fait taire un jour les manants et les rois. 
Grand ou petit il faut que Tliomme tombe, 
Que dans sa route il ait tort ou raison, 
Sa voix s'éteint à deux pas de la tombe , 
Le même mot finit chaque chanson. 



— 33 



PAUVRE ET RICHE. 



Air : Muse des bois et des accords champêtres. — ii. 



Moi qui suis pauvre, et toi, ma bien-aimée , 

Fille du peuple et pauvre comme moi , 

N'envions pas la route renommée 

Où l'enfant perd la pudeur et la foi. 

Le luxe vain que l'opulent affiche 

Blase son cœur sous l'or et le velours ; 

Sous ton regard mon cœur est jeune et riche : 

Ange aux doux yeux, rends-moi riche toujours ! (bis.) 

Le monde hait ceux qui touchent au faîte 

Où n'atteint pas son vulgaire cerveau : 

II est des jours où la plus haute tète 

Tombe plus bas que le commun niveau. 

— Fleur, cache-toi; car la rose superbe 

S'effeuille vite au vent des mauvais jours. 

Les humbles fleurs s'aiment longtemps sous l'herbe : 

Ange aux doux yeux, soyons humbles toujours! 

Ah ! loin de moi tous ces bavards sans âme 
Qui blâment tout d'un ton si rigoureux. 
Pour obtenir, par un silence infâme, 
Leur part de l'or qu'on gaspille sans eux ! 
Car moi, vois-tu, je veux rester le même. 
Et si je hais de fastueux discours. 
J'aime à parler pour te dire : Je t'aime : 
Ange aux doux yeux, écoute-moi toujours! 



— :m — 

Jfi crois en toi comme à la Providence ; 
De ces mots-là je ne fais pas un jeu : 
— On na jamais tant parlé de croyance 
Que dans ce siècle oii chacun croit si peu. — 
Je crois en toi : par ta bouche de femme 
Mon cœur comprit les célestes amours ; 
Puisque ta voix vint éclairer mon âme , 
Ange aux doux yeux , o parle-moi toujours ! 

Si Dieu permet (^ue le sort, nous rassemble 
Pour que ma main ne quitte plus ta main , 
Et que plus tard nous soutenions ensemble 
Nos pas tremblants dans le même chemin , 
Le soir aura des reflets de l'aurore : 
En reparlant de nos premiers beaux jours, 
Oh! n est-ce pas, tu souriras encore?... 
An^re aux doux yeux, rends-moi riche toujours! 



84 



A l.KON PAUL ET, 



KN RKP0N6E A SKS VFRS. 



Air de la Colonne, — m. 



Mon bon ami , tu me parles de gloire , 
La gloire est loin de mon humble séjour ; 
Nul de mes vers ne garde la mémoire ; 
Ce sont des fleurs qui ne vivent qu'un jour, [bia.' 
Tes chants si doux que tu feras connaître, 
Auront le sort des lauriers toujours verts. 
Ne m'adresse plus tes beaux vers. 
Mon nom pourrait te compromettre, (his.) 

Des sots jaloux , que je voudrais combattre , 
Jettent l'insulte à mon talent naissant ; 
Faible, je lutte et ne puis les abattre : 
Un sot qui tombe en fait renaître cent. 
Hydre, à tes lois je vais donc me soumettre : 
Les sots partout régnent dans l'univers. 
Ne m'adresse plus, etc. 

Je suis peu riche et , dans ce siècle intime , 
Qui cependant est fier de son essor. 
L'honneur n'est plus ce que le monde estime ; 
Non, le seul Dieu de ce monde, c'est l'or. 
Pauvres, passez! Nul ne veut vous admettre. 
Aux vils Crésus tous les bras sont ouverts. 
Ne m'adresse plus, etc. 



— 30 — 

Ah ! n'attends pas, ami, qu'on te décrie ; 
Ilappelle-toi tout ce que j'ai chanté : 
Si bien souvent j'ai chanté la patrie , 
J'ai bien souvent chanté l'humanité : 
En rêve , hélas ! j'ose aussi me permettre 
De réunir tous les peuples divers. 
Ne m'adresse plus, etc. 

J'ai ri tout haut de la science humaine. 
Caméléon, à la robe de feu, 
Qui toujours change et qui parfois amène 
L'homme à douter de la grandeur de Dieu. 
La loi du Christ , que je crois à la lettre , 
Est mon seul guide en ce monde pervers. 
Ne m'adresse plus, etc. 

Si quelque jour une œuvre impérissable 
Allait partout répandre ton renom. 
Pour t'en punir quelque nain misérable 
Auprès du tien pourrait montrer mon nom. 
Et l'on dirait : — •• Est-ce bien là le maître ? 
- A sa médaille il est donc un revers. - 
Ne m'adresse plus tes beaux vers. 
Mon nom pourrait te compromettre. 



10 juin 1S45. 



— o7 — 



TllOP BIEN rOIlTANT. 

Air .' Eli! {/ai, gai, gai, mon officier. — 13. 

Eh ! gai , gai , gai , gai , sur ma foi , 
Devant tout je m'arrête ; 

Eh ! gai , gai , j'en perdrai la tète ! 
Tout tourne autour de moi. 

Je n'ai plus de mémoire, 
Le croirait-on jamais ? 
Non, je ne veux plus boire... 
Aussi peu désormais. 
Eh ! gai , gai , gai , gai , etc. 

Je bénis ma folie. 
Car, selon nos élus. 
Un homme a du génie... 
Dès qu'il ne pense plus ! 
Eh ! gai , gai , gai , gai , etc. 

L'excès nuit, je l'atteste, 
Sans comprendre pourtant 
Qu'il soit aussi funeste 
D'être trop bien portant. 
Eh! gai, gai, gai, gai, etc. 

Auteur, cher à l'ivrogne, 
Par quelque gai rondeau. 
En chantant le bourgogne, 
Vous buviez donc de l'eau ! 
Eh ! gai , gai , gai , gai , etc. 



— 38 — 

Ivre, chacun renomme 
Sa valeur ; mais , sandis ! 
Si je battais un homme. 
J'en croirais battre dix î 
Kh î gai, gai, gai, gai, etc. 

Qu'il vienne l'ami tendre 
Chez qui j'ai bien dîné , 
Je suis prêt à lui rendre 
Plus qu'il ne m'a donné. 

Eh ! gai , gai , gai , gai , sur ma toi , 
Devant tout je m'arrête ; 

Eh î gai , gai , j'en perdrai la tète ! 
Tout tourne autour de moi. 



— 30 — 



j;k.\fant 1)K la xÉnuEssK. 



Air iVAristipYic. — c. 



Ton fils est mon , ô jeuue esclave iioiiv ! 

Petit enfant, tu devais l'adorer : 

Donne plus bas des pleurs à sa mémoire , 

On fa ravi le droit de le pleurer. {his.\ 

Ici ta race est maudite sans cesse. 

Elle gémit sous un joug odieux : 

L'homme eût tué ton fils , pauvre négresse ; 

Dieu pour jamais lui sourit dans les cieux. [bit 

Ton maître approche... Il t'aperçoit peut-être : 
Travaille, esclave, et cèle tes douleurs. 
S'il te voyait, (ah! crains le fouet du maître j 
Ton sang bientôt me cacherait tes pleurs. 
Combien de fois sa main lâche et traîtresse 
A flagellé ton corps si gracieux î . . . 
L'homme eût tué ton fils, etc. 

Qu'il a l'air tendre et que sa voix est douce. 

Que son regard révèle de bonté î 

Est-ce bien là l'être qui te repousse 

En paria de la société ? 

Au prix du sang, l'or qui remplit sa caisse 

Etouffe en lui tout sentiment pieux. 

L'homme eût tué ton fils, etc. 

La femme blanche est là-bas (pii folànv 
Avec son fils rose et plein de vigueur ; 



— 40 — 

Son jeune cœur, de ce fils idolâtre, 
Ne croirait pas aux tourments de ton cœur. 
Vois , son enfant Tembrasse et la caresse ! 
En sanglotant tu détournes les yeux... 
L'homme eût tué ton fils, etc. 

Dieu prend pitié de ta douleur cruelle : 
Ton corps fléchit... En ce suprême instant 
La mort sur toi vient étendre son aile 
Et va te joindre à lange qui t'attend. 
Ton beau visage où brille ton ivresse. 
Offre à la mort un front tout radieux : 
L'homme eût tué ton fils , pauvre négresse ; 
Va lui sourire à jamais dans les cieux. 



— 41 — 



LES CEN^DIIES DE NAPOLÉON. 



Air du Dieu des bonnes gens. — u. 



France, réponds, est-il vrai qu'on te rende 
Les ossements de lelu des élus. 
Qui fut si grand et qui te fît si grande 
Que grande encor tu ne le parais plus ? 
Ah ! s'il est vrai , Béranger , qui l'adore , 
De l'univers doit se faire écouter : 
Le chansonnier va le chanter encore,- 
Béranger va chanter ! {bis.) 

Ses ossements!... France, tu tressailles 
Comme en ces jours où ton peuple était roi , 
Où l'Empereur rapportait, des batailles. 
Vingt sceptres d'or qu'il jetait devant toi ! 
Les restes saints enlevés à l'esclave, 
La liberté vient te les rapporter. 
Car en trois jours tu te relevas brave : 
Béranger va chanter ! 

Que de soldats, vieillis depuis la gloire 
Qui si longtemps a plané sous nos cieux , 
Comme jadis, après une victoire. 
Vont relever des fronts plus orgueilleux ! 
Sous leur drapeau , rayonnant d'espérance , 
Tous les partis reviendront s'abriter : 
Un même esprit animera la France. 
Béranger va chanter î 



— 4'2 — 

Et toi, Joiiiville, à qui rauciemie armée 
Sourit déjà du haut du Panthéon, 
Ton nom sera brillant de renommée 
Joint à ce nom si beau : Napoléon ! 
Kt si la France un jour admet sa règle . 
Elle verra sa grande ombre prêter 
Au coq gaulois les ailes de son aigle ! 
Béranser va chanter ! 

Trois t'ois salut , o puissante Angleterre , 
Qu'on vit pâlir quand la France brillait ; 
Ta lariïe main , aux regards de la terre , 
Vient de laver le sang qui te souillait. 
La France enfin que l'on voyait descendre 
Veuve du l)ras qui la faisait monter. 
Vu regrandir à genoux sur sa cendre : 
Bérancfer va chanter î 



1840. 



— ■«: 



KX ATTIvXDANT. 



AïK cl'Aristippe. — r,. 



Dans cette époque où règne la pai'ole, 
Où chacun parle et veut être écouté, 
Fuyons , amis ^ ce ridicule rôle ; 
Fi d'une fête ofi Ton n'a pas chanté. 
Avec la nuit la gaîté descendue 
Verra le jour suspendre nos ébats : 
En attendant que l'heure soit venue. 
Chantons, amis, et ne discutons pas. [bis.) 

Il est encor des peuples sur la terre 
Qui sous le knout rampent en gémissant , 
Géants qu'on voit s'incliner et se taire 
Devant des nains avides de leur sang. 
Chaque géant, front haut, poitrine nue. 
D'un knout vengeur pourrait armer son bras 
En attendant, etc. 

Pourquoi ces camps que votre sang inonde. 
Peuples soumis à des destins pareils ? 
Un seul drapeau doit réunir le monde : 
Existe-t-il deux Dieux et deux soleils ? 
La sainte Paix à la terre inconnue 
Mettrait un terme au joug des potentats : 
En attendant, etc. 

Dans le progrès, cette route infinie. 
A pas trop lents marche l'humanité. 



— 44 — 

Dans le chaos des œuvres de génie 
L'esprit humain sans cesse est ballotté. 
Dieu seul, un jour, en dissipant la nue. 
Peut éclairer notre route ici-bas : 
En attendant que l'heure soit venue, 
Chantons, amis, et ne discutons pas. 



— 45 — 



COUPLETS AU POETE R. Q., 



qui m'avait dcmniidé des vers pour rulljtim do M"' • 



Air : Depuis longtemps f aimais Adèle. — 10. 



Des vers de moi , des vers pour elle ! 
Daignerait-elle m écouter ? 
L'amour, cette flamme éternelle, 
Te rend digne de la chanter. 
Aux tendres accords de ta lyre. 
Son cœur à ton cœur fut lié. 
Loin des vers que lamour t'inspire 
Cache ces vers de lamitié. 

Oh ! chante et laisse-moi me taire ; 
Chante en marchant vers l'avenir : 
Ton nom peut vivre sur la terre 
Comme elle dans ton souvenir. 
L'hymne où tout un cœur se fait lire 
Ne reste jamais oublié. 
Loin des vers, etc. 

Pétrarque allait chantant encore 
Ses amis dans l'obscurité, 
Quand un jour il rencontre Laure : 
A sa vue il est transporté. 
Soudain dans son brûlant délire 
Pétrarque a grandi de moitié î 
Loin des vers, etc. 



— 10 — 

Pour mes chants en vain je m'alanne 
Ils auront un destin si ])eau ! 
Des tiens ils doubleront le charme : 
Il faut toujours l'ombre au tableau. 
A celle qui taime et t'admire. 
Dût-elle me prendre en pitié. 
Auprès des vers quelle t'inspire 
Montre ces vers de l'amitié. 



Mai 1S45. 



L'ANNIVERSAIRE. 



Air de r Anonyme. — i 



C'est aujourd'hui le doux anniversaire 

Où vingt bouquets pour toi vont se former. 

Puis-je chanter cette époque si chère ? 

Pour être époux , dois-je rougir d'aimer ( 

De peu d'auteurs je suis ici l'émule ; 

Chanter sa femme , oh ! c'est presqu'un travers 

L'amour jamais ne craint le ridicule : 

Il m'est si doux de t'adresser des vers. 

J'ai cru longtemps une douce chimère 
Ce bonheur vrai qui nous fuit trop souvent ; 
Mais je comprends aujourd'hui qu'une mère 
Peut voir le ciel dans les yeux d'un enfant. 
Aux orgueilleux qui doutent dans nos fanges 
Montre ta fille : aussitôt les pervers . 
Ne n iront plus l'existence des anges. 
Il mest si doux de t'adresser des vers. 

Cent fois heureux Tliomme simple et tranquille 
A qui l'amour verse à flots ses trésors : 
Tout est bonheur dans son riant asile : 
Malheur à lui s'il le cherche au dehors ! 
Il pousse en vain sa course vagabonde. 
Sans l'amour pur tous les lieux sont déserts : 
Mon humble toit , pour moi , voilà le monde ! 
Il m'est si doux de t'adresser des vers. 



Octohir 1844. 



— 48 — 



AUX FRERES D'ARMES DE L'EMPIRE. 



COUPLETS 



chantes à la Société des Fnres daimes de rEmpirc, établie à Mens 
le 22 juiD i8(S, jour de son installation. 



Air de la Brahançon'ne. — ic. 



Unissez-vous , preux que j'admire ; 
La gloire a confondu vos rangs : — 
Vous êtes soldats de l'Empire : 
Quels titres vous semblent plus grands ? 
Débris dune invincible armée, 
Vous fléchiriez, sans Tunion, 
Sous le poids de sa renommée. 
Vieux soldats de Napoléon ! 

Pour abattre l'aigle si lîère, 
L'Europe allait tambour battant ; 
Et, pour vaincre TEurope entière. 
Conscrits , vous partiez en chantant ! 
Quand la mort planait sur vos tètes. 
Vous chantiez du bruit du canon : 
Les batailles, c'étaient vos fêtes. 
Vieux soldats de Napoléon ! 

Ardents acteurs de l'épopée 
Que partout le Corse indompté, 
Du fer de sa puissante épée, 
Burina pour réternit»'» î 



— 49 - 

Quel liéros fut à votre taille ! 
Vous aviez, aux jours d'action, 
Le monde pour champ de bataille. 
Vieux soldats de Napoléon ! 

Combattre au soleil d'Algérie 
Est le rêve de nos soldats. 
Quelques-uns ont vu la patrie 
Leur crier : Portez-y vos pas ! 
— A vos beaux fastes militaires 
Ceux-là surent joindre leur nom : 
Vos fils sont dignes de leurs pères, 
Vieux soldats de Napoléon ! 

Vieux braves, mêlez quelques larmes 
A vos épancliements si doux ; 
Combien de vos compagnons d'armes 
Déjà ne sont plus parmi vous ! 
Qu'ils vivent dans votre mémoire. 
Que vos cœurs soient leur Panthéon 
Ces morts vous ont légué leur gloire. 
Vieux soldats de Napoléon î 



— 50 — 



LORSQUE L'HIVER SE PROLONGEAIT, 



A m : Muse des bois et des accords champêtres. — u. 



Quand l'indigent, pour terme à sa misère. 
Appelle encore une douce saison. 
Pour lui , bon Dieu , je t offre ma prière ; 
L'oiseau chétif t'offre bien sa chanson. 
Mon faible gain c'est toute ma richesse : 
Le malheureux souvent m'implore en vain. 
Dieu de bonté, que le printemps renaisse ! 
Le pauvre attend du soleil et du pain, [pis.) 

Que mes accents montent jusqu'à ton trône ! 
L'ouvrier chôme en ces temps rigoureux ; 
Il est si dur de demander l'aumône 
Pour le cœur franc, pour le bras vigoureux. 
L'humble ouvrier, en travaillant sans cesse. 
Avec fierté pourrait tendre la main... 
Dieu de bonté, etc. 

Songe , ô bon Dieu , que le riche lui-même , 
Loin des salons qui l'abritent de l'air. 
Sous ses habits, d'un confortable extrême. 
Se plaint déjà des rigueurs de l'hiver. 
Que soufî're donc l'ouvrier en détresse 
Sous ses haillons et pressé par la faim l 
Dieu de bonté, etc. 

Le pauvre est grand dans sa bonté profonde. 
Loin des plaisirs il existe à l'écart 



— 51 — 

Sans jamais dire aux lieureux de ce monde : 
De tous vos biens je veux aussi ma part. 
Il sent qu aux yeux de la toute-sagesse 
Le mendiant est plus qu'un souverain. 
Dieu de bonté, etc. 

Rends-nous , bon Dieu , l'herbe et les fleurs nouvelles ; 

Et quau soleil qui semble nous quitter 

Le papillon puisse étendre ses ailes. 

L'agneau bondir, l'alouette chanter. 

Le malheureux, en ce jour d'allégresse, 

En souriant pourra dire : A demain ! 

Dieu de bonté , que le printemps renaisse ! 

Le pauvre attend du soleil et du pain. 

15 mars 1845. 



LE REVENANT. 



Air : Maman, ce p'tit bateau qui va sur l'êm. — i: 

Du ciel j'ai pris congé , 

Mou protégé. 
Pour voir ce monde ; 
surprise profonde ! 
Je n'y trouve rien de cliangé. 

C'est mon ange gardien , 
Notre soutien 
Sur cette terre ; 
suprême mystère ! 
L'ange parle ! — Écoutons-le bien : 

— Du ciel, etc. 

J'y vois des sols puissants 

Qu'aux vrais talents 

Chacun préfère. 
Le monde de sa sphère 
Semble proscrire le bon sens. 

— Du ciel, etc. 

Le pauvre honnête , hélas î 
Passe ici-bas 
Comme un infâme , 
Mais le Crésus sans âme 
Est abordé le chapeau bas. 

— Du ciel, etc. 



53 



Mainte Piifant , qu'un beau jour 

Pour ce séjour 

Dieu fit jolie, 
Par le luxe avilie, 
Va prostituer son amour. 

— Du ciel, etc. 

Et l'homme imberbe encor. 
Grand esprit fort, 
A lame impure, 
En cherchant sa future 
Veut moins de lamour que de l'or. 

— Du ciel, etc. 

Le grand, le verre en main, 
A l'humble humain 
Promet merveille : 

Sa bonté de la veille, 
Il en rougit le lendemain. 

— Du ciel, etc. 

L'homme croit au progrès, 

A ses succès, 

A sa lumière. 
Mais , s'il quitte une ornière , 
Celle qu'il creuse est tout auprès. 

— Du ciel , etc. 

Mesurant ici-bas 

A son compas 

Le divin Etre, 
L'homme veut tout connaître... 
Et l'homme ne se connaît pas. 

— Du ciel, etc. 



— 54 — 

Enfin lange aux doux yeux 
Tout radieux. 
Ouvrit son aîle , 

Et sa voix éternelle 
Répéta ces mots pour adieux : 

— Du ciel, j'ai pris congé. 

Mon protégé. 
Pour \oir ce monde ; 
tristesse profonde î 
Je n'y trouve rien de clian<;e 



oo 



CHANTEZ, PETITS OISPLU'X 



Air d'Yelva. — is. 



Petits oiseaux, dans ce bois solitaire 
Mon seul aspect vous cause un triste émoi : 
Le ciel est pur, chantez : pourquoi vous taire? 
Petits oiseaux, n'ayez pas peur de moi. 
Pour vous , hélas ! bardes au doux ramage , 
Comme pour l'homme il est de mauvais jours. 
Petits oiseaux, chantez sous le feuillage. 
Je veux passer sans troubler vos amours. 

Aux doux accents de votre voix chérie. 
Vous réveillez l'oiseau sous tous les cieux; 
Le monde entier, voilà votre patrie : 
Tous vos pareils sont frères à vos yeux. 
Et chaque peuple inventa son langage : 
Les hommes sont divisés pour toujours. 
Petits oiseaux, etc. 

Loin des plaisirs et des clameurs du monde. 
Lorsque l'amour vient aussi me charmer. 
Dieu me sourit, dans sa bonté profonde, 
Car le bon. Dieu créa tout pour aimer. 
Triste et jaloux, que le prétendu sage 
Blâme nos jeux dans de sombres discours. 
Petits oiseaux, etc. 

Chaque beau jour, ô ravissants atomes. 
Vous voit gaîment prendre vos longs ébats ; 



{bis,) 



— o<3 — 

Votre cerveau, comme celui des hommes, 
En raisonnant ne déraisonne pas. 
Sans voir le but où tend votre voyage. 
En vous aimant vous en suivez le cours. 
Petits oiseaux, chantez sous le feuillage. 
Je veux passer sans troubler vos amours. 



5T — 



LAISSEZ-MOI CONTEMPLER LES CIEUX. 



Air du vaudeville de la Petite Gouvernante. — vj. 



Au beau ciel que Dieu montre à l'homme 
Souvent je vais parler tout bas, 
Mais je ne suis pas astronome. 
Amis, ne vous effrayez pas. 
Sans en pénétrer le mystère 
Je vois les astres radieux. 
Hommes attachés à la terre, 
Laissez-moi contempler les cieux. 



{bis.) 



Pour prouver à la créature 
Et sa puissance et sa bonté, 
Dieu fît tout grand dans la nature : 
La main de l'homme a tout gâté. 
Dieu seul de la céleste sphère 
Guide le cours harmonieux. 
Hommes attachés, etc. 

Pauvre, obscur, ma foi, que m'importe 
L'avare couché sur son or. 
L'auteur que la gloire transporte, 
Le nain vêtu de pourpre et d or ! 
Le spectre au souffle délétère 
Passe : — bonsoir, les demi-dieux. 
Hommes attachés, etc. 

Si les sots, cette engeance immonde. 
Du slobe étaient exclus demain, 



— 58 — 

Le coin le plus petit du monde 
Contiendrait tout le genre humain. 
Libres , dans ce lieu solitaire , 
Les sages s'entendraient-ils mieux ? 
Hommes attachés à la terre. 
Laissez-moi contempler les cieux. 



59 — 



L'AVANTAGE D'ETllK ^lOUT 



Air : C'est un lanla landerirette. — 20. 



Écoute, ce peintre déchire 
Ce tableau superbe et nouveau : 
Maintenant, qu entends-je ? il admire 
L'œuvre d'un ancien peintereau. 
— Je vais t'expliquer, jeune artiste, 
Ce fait qui te surprend si fort : 
L'auteur de ce chef-d'œuvre existe. 
L'auteur de cette croûte est mort. 



60 — 



VIVENT LES fous: 

Air : Eh quoi! tous sommeille: encore.^ (De Fanchon). — 21. 

Qu'à mon refrain chacun réponde. 
Quand un bon vin coule pour nous : 
Vivent les fous ! . . . En ce bas monde 
Les plus sages sont les plus fous. 
Fi de tout visage sévère ! 
Vivent les fous ! car , en un mot , 
La gravité, que Ion révère. 
Est souvent le masque du sot. 



— Cl 



I.E PREMIER SOURIRE, 



COUPLETS A MA PETITK MARIE. 



Air de l'Anonyme. — i. 



Petite enfant , le printemps va renaître , 
Déjà loiseaii reprend ses chants joyeux. 
Un doux soleil vient réchauffer ton être. 
Un ciel plus pur vient réjouir tes yeux. 
Comme une fleur ta bouche qui m'inspire 
S'épanouit aux rayons des beaux jours : 
Le doux printemps eut ton premier sourire. 
Ah ! puisses-tu lui sourire toujours. (bis.) 

Petite enfant, aime toujours ta mère. 

Ton seul amour calmera ses douleurs ; 

Quand tu naquis, dans sa souffrance amère. 

Pour te bénir elle essuya ses pleurs ; 

A tous ses vœux sois fidèle à souscrire , 

Car pour l'ingrat il n'est plus de beaux jours : 

Le doux printemps, etc. 

Petite enfant, sache que dans la vie 
Du plus obscur la paix est le trésor. 
Les rois souvent connaissent l'insomnie 
Sous leurs rideaux tissus de soie et d'or. 
Qu'aux vains honneurs jamais ton cœur n'aspire , 
Pour l'envieux il n'est plus de beaux jours... 
Le doux printemps, etc. 



— 62 — 

Petite enfant, que jamais ù. ton àme 

Un malheureux ne fasse appel en vain : 

Le pain qui vient de la main dune femme 

Semble si bon pour apaiser la faim. 

Ne sois pas rude au pauvre qui soupire : 

Pour le méchant il nest plus de beaux jours. 

Le doux printemps , etc. 

Petite enfant, je te parlais en père, 
Et je comptais sans les coups du destin ; 
Car dans un sort ou funeste ou prospère. 
Nul ici-bas ne peut dire : A demain. 
Demain, demain!... Oh! je puis te le dire : 
Il est des cieux et d'éternels beaux jours ! 
Le doux printemps eut ton premier sourire. 
Ah ! puisses-tu lui sourire toujours. 



1844. 



— 03 



LA FETE DE SAINT PIERRE. 

Air : Pour dot ma femme a cinq sous. — 22. 

Enfants roses et joufflus , 
Dansez pour fêter saint Pierre ; 
Au vieux rondeau populaire 
Les hommes ne dansent plus. 

Enfants joufflus , 
Dansez pour fêter saint Pierre ; 

Enfants joufflus , 
Les hommes ne dansent plus. 



Ils me rappellent, vos chants, 
Une époque bien plus sage 
Où les hommes de tout âge 
Dansaient avec les enfants. 



{bis.) 



— Enfants roses, etc. 

Les tables s'ornaient le soir 
De chandelles allumées ; 
Au sein des rondes formées 
Le plus jeune allait s'asseoir. 

— Enfants roses, etc. 

Riche et pauvre, et jeune et vieux 
Ce soir oubliaient leur peine. 
Pour chanter îl gorge pleine 
Les bons airs de nos aïeux. 

— Eafants roses, etc. 



— G4 — 

Avec nos pères les ris 
Tournaient autour de la table. 
Du chanteur infatigable 
Un vieux coq était le prix. 

— Enfants roses, etc. 

Tous chantaient à lunisson : 
Gaîment la jeune fillette 
Apportait à cette fête 
Son bouquet et sa chanson. 

— Enfants roses, etc. 

Et lorsque le vent lutin , 
Parfois soufflait les chandelles, 
Ce n'étaient pas les plus belles 
Qui les rallumaient soudain. 

— Enfants roses, etc. 

Dans les plus pauvres séjours 
L'orgueil maintenant pénètre : 
Le peuple ne veut plus être 
Du peuple en nos tristes jours. 

— Enfants roses et joufflus , 
Dansez pour fêter Saint Pierre ; 
Au vieux rondeau populaire 
Les hommes ne dansent plus ! 

Enfants joufllus , 
Dansez pour fêter Saint Pierre 

Enfants joufflus , 
Les hommes ne dansent plus. 



05 — 



JEA.N QUI PLEURE ET JEAN QUI RIT. 



Air de la R&puhlique. — 23, 



Ail! mes amis, Jean se prend à sourire 

Quand il découvre un beau coin du ciel laleu, 

Un petit coin où son âme peut lire 

lia poésie et la grandeur de Dieu. 

Mais à l'aspect de ce monde de fange. 

Où le bonheur ne peut que l'effleurer, 

Où le démon est près de son bon ange , ,, . , 
^ ° (bis). 

Ah ! mes amis , Jean se prend à pleurer. . 

Ah! mes amis, Jean se prend à sourire 
Lorsque l'été vient dorer les moissons , 
Et vient charger de fruits que l'œil admire 
L'arbre où l'oiseau module ses chansons. 
Mais quand il voit le pauvre, en sa détresse, 
Ainsi qu'un chien que la faim fait errer , 
Manquer de pain devant tant de richesse , 
Ah! mes amis, Jean se prend à pleurer. 

Ah! mes amis, Jean se prend à sourire 
Quand l'univers en tremblant voit les rois, 
Pour conserver un pied de leur empire , 
Se défier du geste et de la voix. 
Mais quand il voit, gaspillant leur courage. 
Pour deux tyrans deux peuples s'abhorrer. 
Et s élancer l'un sur l'autre avec rage , 
Ah! mes amis, Jean se prend à pleurer. 

6 



— 00 — 

Ah ! mes amis , Jean se prend à sourire 

Lorsqu'il entend un sublime exalté , 

Comme le Christ dont l'exemple l'inspire , 

Au genre humain prêcher l'égalité. 

Mais il se dit , en vovant des atomes 

Avec orgueil partout se mesurer : 

Le tombeau seul rend égaux tous les hommes! 

Et, mes amis, Jean se prend à pleurer. 

Ah ! mes amis , Jean se prend à sourire 
Quand loin du monde, en rêvant, il peut voir 
Une forêt, comme une immense lyre. 
Frémir d'amour sous les ailes du soir : 
Au bruit léger du feuillage des chênes 
Il croit ouïr les anges murmurer ! 
Mais aux clameurs des passions humaines. 
Ah ! mes amis, Jean se prend à, pleurer. 



— 67 — 



A NORBERT-JOSEPH PAGE, 



JEUNE STATUAIRE, 



qui m'a fait liOînm;igc d'un ])Usto de mon père, d'une ressemblance frappante. 



Sois heureux de mes pleurs, car je retrouve un frère 
En toi qui viens m offrir le buste de mon père, 

Dans la tombe endormi. 
Ah! tu l'aimais donc bien!... Ce portrait... Est-ce un rêve? 
— Ce n'est point là le fruit des efforts d'un élève , 

C est l'œuvre du cœur d'un ami ! 

C'est mon père, c'est lui, je le vois, il existe! 
En un jour l'amitié de toi fît un artiste : 

C'est que tu le vis tant de fois 
Alors qu'il me parlait du temps de la vendange. 
Et que du sol natal il faisait la louange. 

— Il me semble entendre sa voix. 

•' Antoine, tu verras ma Lorraine chérie! 

(Tu sais, — comme il m'aimait il aimait sa patrie.) 

" Tu verras tous mes vieux amis : 
•' Et, tandis que mes yeux se rempliront de larmes, 
'• Ton cœur d'un air plus pur pourra goûter les charmes 
^■. Sous l'azur si doux du pays ! 

" Tu verras mon pays, tu verras mon village 
" Avec son gai clocher dont le coq sans plumage 
'' Tourne sans cesse au gré du vent ; 



— 68 — 

•' Tu verras riiuniLle toit témoin de mon enfance : 
'• Je soupire , ô mon fils , chaque fois que jy pense ; 
- Et je soupire l)ien souvent ! 

•• Tu verras la forêt dont l'ombre tutélaire 
•• Setend sur les détours du sentier solitaire 

•' Qui mène aux vallons les plus beaux ; 
•• Tu verras, au soleil dune douce nature, 
•- Des vignobles nombreux, attachant pour parure 

" Leur pourpre aux flancs de nos coteaux. 

" Tu verras les moineaux et les grives avides 
^ Se jeter ardemment sur ces grappes perfides 
-^ Pour y puiser le jus divin ; 

- Puis bientôt, aux vapeurs de la liqueur si chère, 

- Chanceler et tomber sans force sur la terre 

'• Ainsi qu'un homme pris de vin. 

•• Tu verras le matin le chasseur téméraire 
•• Bannir le saniïlier de sa sombre tanière 

'•■ Pour le poursuivre tout le jour ; 
•• Et le soir tu verras les loups sur les montagnes 
• Bondir en adressant à leurs fauves compagnes 

V D'iiorribles hurlements d'amour. 

" Tu verras le ravin oti, dans des jours d'alarmes, 
" Nos paysans cachés en déchargeant leurs armes 

V Aux Prussiens disaient : Nous voilîl ! 

•' Les Lorrains se cachaient, mais c'était pour combattre. 
'• A l'aspect de ces lieux comme nos cœurs vont battre : 
• Enfant, ton grand-père était là! 

" Les Lorrains s'armaient tous, dans leur civisme antique, 
»» Contre la royauté heurtant la république ; 

'• Et, dans nos vallons, sans dangers. 



— 69 — 

M Les loups auraient poussé leurs attaques fatales : 
" Nos paysans n'avaient de la poudre et des balles 
•• Que pour chasser les étrangers. 



M Et lendroit oii ma mère, exhalant sa souffrance, 
•' Pleura quand je partis pour défendre la France. 
" Mais, en partageant ses douleurs, 

— Mon àme avait pour baume un orgueil légitime : 
•' Le drapeau de la France était grand et sublime, 

'» C'étaient l'aigle H les trois couleurs ! 

•' Antoine , tu verras ma Lorraine chérie ! 

( Tu sais , — comme il m'aimait il aimait sa patrie. ) 

" Tu verras tous mes vieux amis ! 
^ Et, tandis que mes jeux se rempliront de larmes, 
•' Ton cœur d'un air plus pur pourra goûter les charmes 

" Sous l'azur si doux du pays ! « 

— Mais la mort lui ravit cette sainte espérance. 
Mon père ne devait plus saluer la France : 

Il est près de Charle aujourd'hui î 
Ce souvenir me pèse et redouble ma peine. 
Car si je dois un jour aller voir la Lorraine , 

Hélas ! je partirai sans lui. 

Mort!... Mais dans ce portrait dont tu me fais hommage. 
Ton talent à mes yeux a rendu son image ; 

Ami, laisse-moi te bénir. 
C'est mon père, c'est lui, je le vois, il existe ! 

— L'avenir appartient îl tous les cœurs d'artiste : 

Va , tu peux croire en l'avenir ! 

1S43. 



'0 — 



COUPLETS A DERANGER, 

aprcs la Icrturc de la kltrc où il daigne souscrire à mon petit recueil de cliansons. 

Air d'Aristippe. — e. 

Je tiens 1 écrit, ù chantre populaire. 

Où tu traças des mots si doux pour moi. 

De mes chansons tu veux un exemplaire : 

Quoi ! mes refrains parviendront jusqu'à toi ! (7/m.) 

Roi des penseurs et roi de l'harmonie, 

A l'ouvrier tu prêtes ton secours : 

Ton cœur est grand, grand comme ton génie. 

Le pauvre peuple a toutes tes amours, {bh.) 

Lorsqu'un couplet de ton âme s'élance. 
Le monde entier l'entonne à l'unisson. 
Ton beau talent, dans son essor immense. 
Sut jusqu'à l'ode élever la chanson ! 
Un vieux soldat, un gueux, un être infime. 
Suffit pourtant, noble ennemi des cours. 
Pour l'inspirer une page sublime : 
Le pauvre peuple a toutes tes amours. 

Un roi disait : " Ma main est assez forte : 
" Qu'une prison étoufle enfin ses vers ! •• 
Mais le Français écoutait à la porte ; 
Tu le chantais encore dans les fers. 
Sans lui parler de ta propre souffrance 
Tu regrettais l'éclat de ses beaux jours : 
Tu ne songeais qu'aux malheurs de la France : 
Le pauvre peuple a toutes tes amours. 



— 71 — 

Quand tu nous peins ces jours où la victoire 
Suivait partout l'Empereur radieux , 
Quand ta chanson montre laiglc en sa irloire, 
•• Il semble encor dans le secret des dieux ! ^ 
Mais en chantant le héros de nos armes 
Ton cœur gémit et s'oppresse toujours : 
Ses lauriers d'or ont coûté tant de larmes î 
Le pauvre peuple a toutes tes amours. 

Pour espérer aux accords de ta lyre, 

Le pauvre peuple en vain attend encor ; 

Dois-tu cacher les hymnes qu'il t'inspire ^ 

Sublime avare , étale ton trésor ! 

Ah ! que demain ta parole féconde 

Vibre imposante à l'oreille des sourds ; 

" Plus près des deux tu peux placer le monde ! - 

Le pauvre peuple a toutes tes amours. 



Octobre 1845. 



4 



MONSIEUR DOUSSART. 



Air : Vlà c que c'est qiC d'aller au bois - 24. 



« Un jour que je m étais glissé 
('liez un seigneur très-haut placé. 
Je fus reçu : quel jour de fête ! 

Je pris un air bête, 

Un homme de tète 
Porte ombrage à l'homme puissant. 

— On selève en s'abaissant. 

" Il dit : — Doussart , quels sont vos droits ? 

— J ai des droits à tous les emplois. 
Si ma science est incomplète , 

En marionnette 
Je fais la courbette : 
Jugez de mon talent naissant ! 

— On selève en s'abaissant. 



" Je devins son premier commis. 
Et fus bientôt de ses amis. 
J'immole, à cet homme sublime 

Qui m'aime et m'estime. 

Ma croyance intime ; 
Par lui seul mon cœur bat et sent. 
— On s'élève en s'abaissant. 

" Un mien commis, très-mal noté. 
Chantait tout bas la liberté : 



— 73 — 

Je le prouvai de telle sorte , 

Qu'il chante à la porte. 

Pour ce fait je porte 
De rhonneur le signe imposant. 

— On s'élève en s'abaissant. 

" En haut lieu je suis en faveur, 
Vingt grands m'ont fait leur receveur. 
De leur or prodigue à lextrême, 

Je suis un saint même ; 

Le pauvre qui m'aime 
Me croit tendre et compatissant. 

— On s élève en s'abaissant. 

« En silence et sans embarras, 
Sous mon habit à collet gras. 
Je marche droit à la richesse : 

Mes dupes sans cesse 

Versent dans ma caisse 
L'or qui m'enricliit en passant. 

— On s'élève en s'abaissant. 

" Garde longtemps tes bons emplois, 
Doussart, tu dicteras des lois. 
L'or mène à tout sur cette terre, 

Même au ministère. 

Chut ! vas-tu te taire ? 

— Prends ton air prude et caressant. 

— On s'élève en s'abaissant. •» 



— 74 — 



LE LION DE WATERLOO. 



Alu : Soldat français. — 3. 



Un vieux soldat (VAboukir et d'Evlaii, 
En oubliant sa blessure profonde. 
D'un pas égal marche vers Waterloo, 
Ce coin de terre oii l'on joua le monde. 
Quel souvenir oppresse le vieillard : 
Il voit ces bords où tomba l'aiffle immense î 
Il touche au but , effiiré , l'œil hagard , 
Car un lion a frappé son regard', 

Ce lion* menace la France ! {bis.) 

Le preux s'écrie : — -Et notre aigle n'est plus î 
•' En se souillant quelle horde ennemie 
■ Pour des soldats, trahis et non vaincus, 

• D'un champ d'honneur ûiit un champ d'infamie ? 
" Puis-je , martyrs , en ce lieu plein d'horreur 

•' Donner des pleurs à votre souvenance ? 
•' Oui , je venais pour pleurer ; mais mon cœur 
-' N'est maintenant ouvert qu'il la fureur : 
" Ce lion menace la France ! 

• Belges amis, et c'est sur votre sol 
•' Que ce lion ose lever la iète , 

• Vous qui longtemps suivîtes dans son vol 

• L'aigle indompté de conquête en conquête. 
" Dans nos revers comme dans nos succès, 

• Aux jours de deuil comme aux jours d'espérance, 

• A votre ardeur je vous reconnaissais : 



— 75 — 

Ah ! vous étiez de vrais soldats français : 
M Ce lion menace la France ! 

Si le consul n'eût pris le sceptre en main , 
Verrais-je ici cet insolent trophée ? 
Non ! du hardi bonnet républicain 
La vieille Europe aurait été coiffée ! 
La république aux feux de son soleil. 
Aux nations révélait leur puissance : 
Quand chaque peuple après un long sommeil. 
Dut à la France un magique réveil, 
" Ce lion menace la France ! 

Mais qu ai-je dit ? Peuples , l'ordre des rois 
A fait surû'ir ce monument de haine : 
Ils sont encor puissants comme autrefois. 
Comme autrefois faible est la race humaine. 
Mais vous du moins vous êtes vraiment grands, 
Belges heureux de votre indépendance : 
' Quoi ! vos couleurs réunissent vos rangs , 
Quoi ! vous avez su chasser vos tyrans. 
" Ce lion menace la France ! " 

Mais un vieux Belge, au Français en courroux , 
Dit : — ^- En ces lieux j'ignore vos alarmes , 
Frère, et pourtant ma croix dit qu'avec vous 
J'ai partagé le destin de vos armes. 
Ce monument écrase ses auteurs : 
Peut-il marquer le jour de décadence 
» Sans rappeler , même à nos détracteurs , 
Cette Iliade où nous étions aeteurs ? 
" Ce lion rehausse la France ! •• 



1S45. 



t'o 



COUPLETS 



Chantes au Cercle Lt/rique Montais , qui m'avait nommé président, 
lors de sa fondation. 



Air : Tout le long de la rivière. — 23. 



Eh quoi ! de ce cercle chantant 
Vous me nommez le président. 
Je lai dit et je le répète : 
Mes amis, vous perdez la tète! 
A-t-on jamais vu, n'importe où. 
Des sages guidés par un fou ? 

Dieu sait demain ce qu'on en pourrait dire ! 

Vraiment, mes amis, cela ferait trop rire. 
Vraiment cela ferait trop rire ! 

Tout grand cercle avec gravité 

Songe au bien de l'humanité. 

Moi , c'est en sablant le Champagne , 

En battant même la campagne. 

Que je rêve dans un refrain 

La paix de tout le genre humain. 

Et je serais l'élu de votre empire. 

Vraiment, mes amis, cela ferait trop rire. 
Vraiment cela ferait trop rire ! 

Je sais trop combien de nos jours 
Nos lettrés font de c^rands discours ; 
Leur président tousse et se lève. 
Jusqu'au ciel son esprit s'élève ; 



— 77 — 

Enfin il s'élèvo si bien 

Que chacun n'y comprend plus rien ; 
Il parle, on Imille ; il se tait, on admire ; 
Et moi, mes amis, je vous ferais trop rire, 

Vraiment je vous ferais trop rire ! 

Grâce k votre vote flatteur, 

Jaurais lair d'un grave docteur. 

Quoi ! je prendrais un ton sévère ! 

Et sans sourire au bruit du verre. 

Je viendrais ici chaque soir 

Guindé dans mon vieil habit noir ? 
Allez au diable , ou cessez mon martyre. 
Vraiment, mes amis, je viens ici pour rire. 

Vraiment je viens ici pour rire ! 



5 octobre 1845. 



— 78 — 



LE VOLEUR. 



Air : Échos des bois errants dans ces vallons. — 2c. 



- A mon aspect dans la foule on a ri 

En s écriant : — Quel hypocrite : il pleure ! — 

Je puis pleurer, car à ce pilori 

Aux yeux de tous je vais rester une heure. 

Peuple en tumulte accouru sur mes pas. 

En me voyant ne me maudissez pas. 

'• Si vous saviez , mes enfants avaient faim : 
( Pauvres enfants que le malheur vit naître ! ) 
Pour les nourrir , oui , j'ai volé du pain : 
Même en ce jour ils en manquent peut-être ! 
Peuple en tumulte, etc. 

V Comme on se presse autour de ce poteau 
Ofi la loi veut qu aujourd'hui l'on m'attache î 
Père , il est là sur l'inûime écriteau , 
Ton nom , que toi tu me léguas sans tache. 
Peuple en tunudte , etc. 

•' Si j'étais riche , en ce moment encor 
Vous seriez fiers du nom dont on vous nomme 
mes enfants ! Les poches pleines d'or 
Il est aisé de rester honnête homme.' 
Peuple en tunudte, etc. 

•• Oui, j'ai volé! — (jnelle étrange leçon 
.\ rindig<Mit donne ce uKuide étrange ! 



— 70 — 

On le nourrit quand il est en prison : 

Mais, cest avant quil faut lui dire : Mange! 

Peuple en tumulte, etc. 

'* Dans le hameau, témoin de mon méfait, 
J'en fais serment , mon cœur ne hait personne ; 
Depuis trois mois que l'ouvrage manquait 
On était las de nous fciire l'aumnne. 
Peuple en tumulte, etc. 

" L'homme volé ne m'eût point fait de mal 
Mais, par malheur, surpris par deux gendarmes. 
J'ai résisté , dans ce moment fatal , 
Pour mes enfants qui m'attendaient en larmes î 
Peuple en tumulte, etc. 

» Je suis coupable, et la société 
Pour me frapper a dit de me poursuivre : 
C'était son droit : mais moi, de mon coté, 
N'avais-je pas aussi le droit de vivre ? 
Peuple en tumulte , etc. 

V Un saint espoir charme encor ma douleur. 
L'homme a jugé, c'est en Dieu que j'espère. 
Le juge en moi n'a pu voir qu'un voleur. 
Mais Dieu dira : Ce voleur était père ! 
Peuple en tumulte accouru sur mes pas, 
En me voyant ne me maudissez pas. - 



80 — 



A ALEXANDRE M., 



(|ui ne voulait pas pulilicr ses ciiansons. 



Air : Cadet- Roussel a trois 2'j'tits chiens. -- 2:. 



Un autre a dit avec esprit : {his.) 

Plus on est de fous , plus on rit ! {his.) 
Allons, fais résonner ta Ivre ; 
Je sais que nos sages vont rire : 

Ah ! ah ! lutte avec nous 
Pour faire triompher les fous. 

Tu mas chanté. Dieu sait pourquoi : 
Jai donc trouvé plus fou que moi. 
Vite , au poète qui s'oublie , 
Donnons un brevet de folie ! 
Ah ! ah ! etc. 

Tu restes coi dans ton réduit 
Quand chacun veut faire du bruit : 
Éclipsons nos doctes apôtres 
En criant plus fort que les autres ! 
Ah ! ah ! etc. 

En Belgique on veut avant tout 
Trouver des demi-dieux partout ; 
Quand le sol étroit où^nous sommes 
Meurt sous le poids de ses grands hommes, 
Ah ! ah ! etc. 



— 81 - 

Maints colosses prodigieux 
Nous jettent rie la poudre aux yeux : 
Ces géants à deux ou trois faces 
Seraient-ils grands sans leurs échasses ? 
Ah ! ah ! etc. 

Bon Dieu , que de sages dorés , 
Et que de sages décorés ! 
Lorsqu'à la bourse populaire 
Leur sagesse semble si chère, 
Ah ! ah ! lutte avec nous 
Pour faire triompher les fous î 



— 82 — 



LE BONHEUR C'EST D'OT'RLTER. 



Air de la légère. — 28. 



Je veux boire, {bis.) 
Boire à perdre la mémoire ; 
Je veux boire, [bis.) 
Pour être un instant 
Content. 

Un verre est si beau rempli 
De cette liqueur vermeille : 
Puisse venir la bouteille 
Qui m apportera l'oubli ! 
Je veux dans ma main avide , 
Au ])ruit d'un couplet malin. 
Voir mon verre toujours vide. 
Toujours vide... et toujours plein ! 

Je veux Ixtire, etc. 

• 

J'oublirai (pi'un trouve écrit 
Aux pages de l'Evangile 
Cette phrase indélébile : 
•• Heureux les pauvres d'esprit î •• 
Le bonheur fuit la sagesse : 
Pour qu'il soit notre échanson. 
Buvons : qu'est-ce que l'ivresse ( 
Le sommeil de la raison. 

Je veux boire, etc. 



— H?, — 

.loublîrai que le pouvoir 
Laisse le commis sans tache , 
Pauvre, mourir à la tâche 
Dont il s'est fait un devoir ; 
Quand le haut fonctionnaire 
Aux honneurs se voit porter 
Avec l'or que pour rien faire 
Sa grâce daigne accepter. 

Je veux boire, etc. 

J oublîrai que de bons vers 
Selon nos braillards d'élite. 
Sont nuls si l'auteur n'habite 
Bruxelles, leur univers ; 
Tandis qu'un sot qui rimaille 
Aux clartés de leurs fanaux 
Est un grand homme à la taille 
Des nains de nos grands journaux. 

Je veux boire, ete. 

J oublîrai que maint chanteur 
Roule en voiture élégante , 
Et peut de l'œuvre qu'il chante 
Éclabousser l'humble auteur ; 
Car, loin d'offrir au poète 
Les pensions et les croix , 
La main du siècle les jette 
A nos ut à pleine voix. 

Je veux boire, etc. 

J 'oublîrai qu'en nos palais 
Une race sans pareille 
Refuse d'ouvrir l'oreille 
Aux leçons des bons couplets ; 



— 84 — 

Race qui vend ses services 
Et veut, dans ses intérêts, 
A rinstar des écrevisses 
Mener le peuple au progrès. 

Je veux boire, etc. 

Et que tout prédestiné 
Que le présent crucifie , 
L'avenir le déifie 
Sur sa tombe prosterné ; 
Que l'avenir seul profite 
D'un sublime enseignement. 
Car les siècles marchent vite 
Et les hommes lentement. 

Je veux boire, etc. 

Puissiez-vous vous rallier 
A mon avis salutaire. 
Versez : souvent sur la terre 
Le bonheur , c'est d'oublier ! 
Ah ! qu'à ma sage folie 
Nul de vous ne pose un frein ; 
Versez : qu'ici-bas j'oublie 
Tout... excepté ce refrain : 

Je veux boire. 
Boire ;\ perdre la mémoire ; 
Je veux boire, 
Pour être un instant 
Content. 



184(3. 



85 



COUPLET 



improvise dans une soirée chantante donnée par des ouvriers irontois 
qui, entre les deux parties Û2 leur petit concert, ont fait une collecte au benelice 

des pauvres. 



Air du Dieu des bonnes gens. — u. 



Honneur à vous ! chantez , chantez encore ; 
Frères , vos chants nous sembleront phis doux î 
J aime à parler d'un fait qui vous honore : 
Ne suis-je pas ouvrier comme vous ? 
De vos plaisirs quand cette heure est remplie , 
En oubliant des travaux si nombreux. 
Bons ouvriers, aucun de vous n'oublie 
Ses frères malheureux ! {bis.) 

21 novembre 1846. 



— SO- 



LES IJVRES. 

\ I,. W., PROFESSE LU. 

Air d'Yeîva. — ix. 

Lorsque chacun s'agite sur la terre 

Pour obtenir des honneurs et de l'or. 

Donnons à tous un avis salutaire. 

C'est qu'un bon livre est le plus doux trésor. 

L'orage en vain de sa voix importune 

Vient réveiller les sases endormis : 



On peut braver les coups de l'infortune 
Lorsque l'on a ses livres pour amis. 



I {his. 



Contre la neige et l'Arabe en furie 

Un vieux Français veut lutter, vain espoir! 

Pris sans défense, il songe à sa patrie, 

A ses amis qu'il ne croit plus revoir ; 

Mais de son sein sa pauvre main qui tremble 

Tire un volume : il se sent rafi'ermi. 

C'est Béranger : ils causeront ensemble î 

Le vieux grognard retrouve un vieil ami. 

Dieu ! le héros d'une immense épopée 
Tombe captif sur un rocher brûlant. 
Naguère encor sous sa puissante épée 
De la pensée il comprimait l'élan. 
Eh bien , voyez : pour charmer sa soufï'rancc , 
Il lit Corneille ; il est libre à demi : 
Dans un mirage il croit revoir la France, 
("ar du despote un penseur est l'ami. 



87 



C'est la terreur. Lu guillotine est prête : 
Le monstre a soif. Barbares, soyez prompts. 
Mais qu'ai-je vu? Dans l'horrihle charrette. 
L'ivresse encor rayonne sur deux fronts : 
(.'hénier, Roucher chantent. — Duo sublime ! 
A leur aspect tout un peuple a frémi. 
Ils vont mourir : un livre les ranime : 
Ils ont encor Racine pour ami. 

Nous vieillirons. — Dieu nous laissera vivre , 

Sans être seuls ici-bas désormais ; 

Nous vieillirons, hélas! mais un beau livre 

Est un ami qui ne vieillit jamais. 

Lorsque le soir l'homme ainsi qu'à l'aurore 

Va feuilleter ses volumes soumis. 

Son cœur s'exalte... il se croit jeune encore : 

Le temps n'a pas changé ses vieux amis. 



Al'lil 1846. 



— 88 — 



LE SAVOYARD. 



Air : A la Grâce de Dieu. — 29. 



Un Savoyard, enfant encore, 
Un léger bâton à la main. 
Depuis le lever de l'aurore 
Au hasard suit le grand chemin. 
Il fait beau , mais la faim le gagne ; 
Des pleurs voilent son doux regard : 
Il est si loin de sa montagne ! 
Écoutons Tenfant savoyard : 

- C'est la saison des fleurs, - 

•r Dieu séchera mes pleurs ! 

- Quel beau jour le printemps ramène 1 
•^ Un de ces jours où Dieu bénit ; 
•' Le soleil inonde la plaine , 
•' Et les oiseaux refont leur nid. 
M Pendant le long hiver qui cesse , 
" J'endurai le froid et la faim ; 
" Ah ! quelle serait mon ivresse 
M Si j'avais un morceau de pain ! 
» C'est la saison des fleurs, etc. 

" Quand je partis d(^ la Savoie, 

M Ma mère , hélas ! tout mon bonheur , 

•' Me disait : — Suis la bonne voie ; 

" Notre richesse, c'est l'honneur. 

.> Mon fils, que n'ai-je en ma misère, 



— 89 — 

• Du pain pour mes enfants nombreux î 
" Tu ne quitterais pas ta mère : 
" Ah ! que les riches sont heureux î 
" C'est la saison des fleurs, etc. 

" Péniblement mon pied se lève. 
" J'ai tant marché ; marchons encor : 
" Pour que mon voyage s'achève, 
*' Il me faut poui'tant si peu d'or. 
" Ma bourse est vide. Le pain même 
" Manque souvent aux mauvais jours ; 
" En vain cette mère qui m'aime 
" Doit-elle m'attendre toujours ? 
" C'est la saison des fleurs, '• etc. 

Mais, ô rencontre fortunée, 
Un grand, le voyant presque nu. 
Le fît riche pour une année , 
D'un seul jour de son revenu; 
Il est au pays ; })his de peine : 
- mère , dit-il , tu m'attends ! 
•■ Sois heureuse, ma bourse est pleine, 
•• Mère, je reviens pour longtemps ! 
" C'est la saison des fleurs, 
'• Mère , sèche tes pleurs ! " 



— 90 — 



I 



OUOX SE.MBHASSE ET QUE CA FINISSE. 



AïK ; Don nez- -cous ht peine d'attendre. — :*(». 



Quoi ! NOUS iiH' priez de cliantei' : 

A ce Hiot seul cliante:,! je tremble. 

Si parfois j'ose m écouter. 

C'est quand nous chantons tous ensemble. 

Contre ma muse à ce repas. 

Je crains pourtant qu'on ne s'aigrisse : 

Voisine, ne pourriez-vous pas 

Me tirer ici d'embarras ( 

Qu'on s'embrasse et que ca finisse ! {his: 

Nos artistes au Iront brûlant 
Ne vivent pas en bons apôtres : 
Chacun d'eux se croit du talent 
Et doute de celui des autres. 
Et sans se rehausser en rien', 
II nuit aux autres dans la lice ; 
Et les sots s'en trouvent fort bien. 
Auteur, peintre et musicien. 
Qu'on s'embrasse et que (-a finisse ! 

Que vois-je là-bas dans un coin ' 
Narcisse et Léon ([ui soupinMit. 
Qu'il est plaisant d'être témoin 
Du naïf amour (|u'ils s'inspirent! 
Narcisse c<mtemple Léon , 



i 



91 — 



Et Léon contemple Narcisse, 
Les bras pendants comme un Caton 
Vraiment cela n'a pas de nom ! 
Qu'on s'embrasse et que ça finisse ! 



Voyez-vous des sages nondjreux 
Dérouler leurs vastes systèmes, 
Sans rendre l'homme plus heureux 
Et sans se rendre heureux eux-mêmes 
Ah ! leur sagesse est un travers 
Dont notre inconstance €st complice : 
A force de prose et de vers 
Ils ont divisé l'univers. 
Qu'on s'embrasse et que ça finisse ! 



Nous souffrons de vos longs débats. 
Rhéteurs d'opinion contraire 
Qui vous livrez tant de combats 
Pour emporter un ministère. 
Pourquoi déployer deux drapeaux ( 
Sous nos trois couleurs qu'on s'unisse 
Pourquoi déployer deux drapeaux , 
Catholiques et libéraux? 
Qu'on s'embrasse et que ça finisse î 



Le sort des peuples malheureux 
Inquiète fort peu les princes , 
Car le monde finit pour eux 
Aux limites de leurs provinces. 
Là maint douanier en courroux , 
Aux produits voisins peu propice. 
S'écrie : •• Ils n'entrent pas chez nous ! 
— Dieu ne fit-il pas tout pour tous ? 
Qu'on s'embrasse et que ça finisse î 



— 92 — 

Je m'aperçois que mes couplets 
N'ont pas l'art d'égayer vos fêtes ; 
C'est qu'ils ne sont ni beaux ni laids, 
Ni spirituels ni bien bêtes. 
Ils vous fatiguent ; et partant 
Je me tais et Dieu vous bénisse 1 
Je serai trop heureux pourtant 
Si vous criez eu m'arrètant : 
Qu'on s'embrasse et que ça finisse î 



Novembre 1845. 



— 93 — 



L'ANGE ET LE VIEUX POETE, 



Air de la Sentinelle. — 31 



" Sans moissonner depuis plus de trente ans 
•• Je sème , hélas ! aux champs de la pensée : 
•' Brisons ma Ijre : en vain et trop lontemps 
• Elle vibra sous ma main insensée ! - 

— " La briser , je te le défends , " 
Dit un ange à la voix sonore, 

- Tu travailles pour tes enfants : {his.) 
" Sème, poète, sème encore, 

« Sème encore. •' 



- .' J'irais au vent jeter mes faibles vers 
Quand les écrits de nos talents célèbres 
Du ciel brumeux de cent peuples divers 
N'ont pas encor dissipé les ténèbres ? •• 

— V Sous ces nuages étouffants 
• Va poindre un astre qu on ignore ! 
" Tu travailles, etc. " 

- " Lorsqu'en courroux les peuples se levant 
Osent enfin déployer leur bannière, 

S'ils font un pas, un seul pas en avant. 
Ils vont bientôt retomber dans l'ornière. •• 
" Ils en sortiront triomphants 
'^ Un jour du couchant à l'aurore î 
" Tu travailles, « etc. 



— 94 — 

— •* Quun grand génie, en son sublime essor, 

•' En devançant son siècle qu'il relève, 

•» Veuille ici-bas ramener 1 âge d'or ; 

'' Il meurt , hélas ! Qu'a-t-il fait ? Un vain rêve î 

— -^ Oui, mais de ces rêves brillants 

^' La réalité peut éclore!... 

" Tu travailles pour tes entants : [his.) 

« Sènie , poëte , sème encore , 
" Sème encore. « 



— 9.") — 



A LA PETITE FILEE DE MADAME D. P... 



I)K LOliVAIX. 



Jaime à te voir, petite fille 

Aux blonds cheveux, aux yeux d'azur, 

Petit ange dune famille 

Ofi tout est si calme et si pur. 

Regarde-moi. — Lorsque ton Ame 
Aura pris son vol sérieux , 
Lorsque tu seras jeune femme , 
Petite enfant, je serai vieux. 

Regarde-moi. — Qui sait^.. Peut-être 
Ne devons-nous plus nous revoir : 
Je suis homme , — tu viens de naître ; 
Regarde-moi , j'aime à te voir ! 

J'aime à te voir... — voix éphémère. 
Ma voix, qu'agite un doux émoi, 
Prîra Dieu pour qu'il offre en toi , 
Toutes les grâces de ta mère ! 



1844. 



— OG 



A MON AMI PIERRE DU ]\IEN1L, 



PORTE - DRAPEAU DES VOLONTAIRES MONTOIS , EX 1830. 



Air des Comédiens. — 32. 



Cher Du Ménil, ma chanson imparfoitp 
De son héros nest digne qu'à demi : 
Si tu n'y vois pas l'œuvre d'un poète , 
Tu te diras : c'est l'œuvre d'un ami. 

Depuis seize ans ( espérance illusoire ! ) 
J'attends , hélas ! (ju'un poète en renom , 
Pour ajouter une palme à sa gloire , 
Dans ses écrits signale enfin ton nom. 

Mais ma chanson, étincelle de l'âme. 
Que pour l'éteindre emportera le vent, 
Peut, d'un génie électrisant la flamme. 
Faire jaillir un hymne triomphant. 

11 chanterait ce cygne aux larges ailes , 
Dont les accents charmeraient l'univers, 
Il chanterait en notes immortelles 
Ton nom qu(» j'aime au milieu de ses vers. 

Il chanterait ta valeur héroïque 
Et nos cin(i jours (\\\\)\\ rapptdle trop peu ; 
Jours où r<»n vit, au soleil de Belgique, 
La Liberté surgir en sarrau bleu. 



— 97 — 

Cher Du Ménil, ma chanson imparfaite 
De son héros n'est digne qu'à demi : 
Si tu n'y vois pas l'œuvre d'un poète, 
Tu te diras : C'est l'œuvre d'un ami. 

On vit alors, phalange improvisée, 

Des citoyens dont Dieu guidait les rangs , 

Briser soudain de leur chaîne brisée 

Les fers nouveaux qu'apportaient nos tyrans. 

Pierre, tu sus, en la ligue formée 
Par ton pays pour chasser ses bourreaux. 
Etre un héros même au sein dune armée 
Qui pour soldats n'avait que des héros ! 

Qu'il était beau le grand jour de bataille 
Où tu montrais, avec tant de bonheur, 
Ton étendard, brisé par la mitraille. 
En indiquant le chemin de l'honneur (i) ! 

Le soir , de fleurs on fît une couronne , 
On la posa sur ton front à grands cris : 
Le lendemain sur les débris d'un trône 
De ton drapeau nous plantions les débris ! 

Cher Du Ménil, ma chanson imparfaite 
De son héros nest digne qua demi : 
Si tu n'y vois pas l'œuvre d'un poète. 
Tu te diras : C'est l'œuvre d'un ami. 



Septembre 184G. 



(I) Au combat de Berchem (1830), Pierre Du Ménil, né à Mons, le 26 août 1811, 
planta, en avant des braves volontaires belges, le drapeau national (|ui fut brise 
entre ses mains par la mitraille de l'ennemi. Il lut décore pour ce fait d'armes 
en 185S. 

8 



— 98 



MON FUSIL, MON CHIEN, MA MAITRESSE. 

Air : Verse ^ verse bon vin de France. — 33. 



Gai chasseur, j'habite un réduit 
Assis au pied de la montagne; 
Maria, ma douce compagne, 
M'y revoit quand descend la nuit. 
Mais sous des cieux purs ou couverts 
Chaque jour, fort de ma jeunesse. 
Je poursuis, dans les genêts verts. 
Le gibier que Médor y presse. 

Que Médor y presse. 
Mon fusil, mon chien, ma maîtresse, ( ^, . 
Pour mon cœur voilà lumvers ! ( 

Seulement quand c'est jour de tir 
Je m'achemine vers la plaine ; 
Bientât de la lutte mondaine 
'Triomphant on me voit sortir. 
Je fuis, porteur des prix off'erts, 
La foule dont l'aspect me blesse ; 
En hâte à mes amis si chers 
Je reviens avec allégresse. 

Avec allégresse! 
Mon fusil , etc. 

L'homme, dans un endroit peuplé. 
S'il n'est rampant perd l'équilibre ; 
C'est isolé que l'homme est libre , 
Et je veux rester isolé. 
Loin du monde et de ses travers 



/ 



— 99 — 

l^rement mon âme s'oppresse : 
Dieu seul règne dans les déserts ; 
Nul mortel jamais ne m abaisse, 

Jamais ne m abaisse ! 
Mon fusil, etc. 

Mais si je rentre soucieux , 
— Tout homme a ses jours d'humour noire. 
Maria de ses bras d'ivoire 
M'entoure, des pleurs dans les je^ux. 
Médor, qui voit ces pleurs amers, 
Lèche nos mains avec tristesse... 
Dans le monde aux jours de revers 
Plus d'amis et plus de tendresse. 

Et plus de tendresse ! 
Mon fusil, etc. 

Le chagrin est vite oublié, 

Médor à nos pieds vient s'étendre ; 

Et nous soupons, sans plus attendre. 

Entre l'amour et l'amitié. 

A nos banquets de deux couverts 

Que l'eau seule arrose sans cesse. 

L'ivresse est de tous les desserts : 

Et Dieu sait quelle douce ivresse. 

Quelle douce ivresse ! 
Mon fusil, mon chien, ma maîtresse, 
Pour mon cœur voilà l'univers ! 



— 100 — 



UNISSEZ-VOUS. 



Air d'Aristippe. — «. 



Unissez-vous ! — Loin des partis contraires 
Les gens de cœur doivent enfin s'unir ; 
Car en tendant les deux mains à des frères 
L'homme à grands pas marche vers l'avenir, {bis.) 
Tel nous soutient lorsque notre corps tremble , 
Qui dès demain s'affaisserait sans nous : 
On marche mieux en marchant tous ensemble î 
Le Christ a dit : Enfants, unissez-vous, {bis.) 

Unissez-vous ! — Que ce cri vous anime 
En réveillant vos plus nobles penchants ; 
Unissez-vous d'un accord unanime 
Pour opposer les justes aux méchants. 
Oui, regardez, les méchants en cohortes 
Vont menaçant les peuples de leurs coups : 
Sans l'union nos mains seront peu fortes î 
Le Christ a dit : Enfants, unissez-vous. 



Unissez-vous ! — 'Voyez , dans l'indigence , 
Ce pauvre artiste est seul , abandonné ; 
Et c'est un roi , car par l'intelligence 
Ce malheureux n'est-il pas couronné ? 
Il se compare aux sots que l'on honore 
Et sent au cœur un sentiment jaloux : 
Ah ! que par vous son cœur espère encore î 
Le Christ a dit : Enfants, unissez-vous. 



— 101 — 

Voyez là-bas, près de cette chaumiiie. 
Un jeune enfant, pâle, faible et souffrant; 
Péniblement sans but il s'achemine. 
Car sur la terre il n'a plus un parent. 
C'est le printemps : tout sourit ; le ciel brille ; 
Seul, cet enfant penche un front triste et doux 
Restera-t-il plus longtemps sans famille?... 
Le Christ a dit : Enfants, unissez-vous. 

Loin des salons où règne la folie. 
Hommes de cœur, au modeste avenir. 
Unissez-vous, quand plus d'un riche oublie 
Que l'indigent pourrait se souvenir. 
S'il exigeait un jour, en sa colère. 
Sa part de pain qu'il implore à genoux... 
Riche , à vos yeux , qu'un pauvre soit un frère î 
Le Christ a dit : Enfants, unissez-vous. 

Notre planète, où l'orgueil et la haine 
Font de la vie un lourd poids à porter. 
L'ange du mal à sa perte l'entraîne : 
Quel Josué viendra donc l'arrêter? 
D'un jour si beau verrons-nous poindre l'aube ? 
Son pur soleil brillera-t-il sur nous ? 
Hommes de cœur , sauvez notre vieux globe î 
Le Christ a dit : Enfants, unissez-vous. 



— 102 — 



UN RAYON DE SOLEIL. 



Air lies Scythes et des Amazones. — 4. 



Hier du nuage froid et sombre. 
Qui sur nous pesa trop longtemps, 
Rien encor ne dissipait lombre : 

Le pauvre en pleurs appelait le beau temps, [bis.) 

Mais aujourd'hui sur son pâle visage 

La joie enfin éclatait au réveil : 

Dieu d'un sourire a percé le nuaire , .' ... 

' (bis.) 
Voici venir un rayon de soleil ! ( 

Un rayon [bis) de soleil ! {bis.) 



Bon villageois , ta porte est close , 
Ouvre-la pour respirer mieux ; 
Cueille la violette éclose 

Sous un baiser de l'astre radieux. 

Déjà l'oiseau chante dans le bocage ; 

Tout nous promet un lendemain pareil. 

Dieu d'un sourire, etc. 

Hier tu maudissais la demeure 
Où pour ta femme tu tremblais. 
Jeune ouvrier, mais il cette heure 

Ton humble abri se transforme en palais ! 

Un jour plus doux en ton pauvre ménage 

Vient i\ l'amour donner enfin l'éveil ! 

Dieu d'un sourire, etc. 

Lorsque la Flandre, à demi morte. 
Nous menace en criant : J'ai faim ! 



— 103 — 

Des soldats nous prêtent main-forte 
Non pour frapper, mais pour donner du pain (i), 
Naguère encore un aveugle courage 
De nos guerriers était seul le conseil. 
Dieu dun sourire, etc. 

Pauvres, quand les cieux s eclaircissent , 
Pour mettre un terme à vos malheurs, 
En vain les hommes bons s'unissent : 

Ils manquent d or pour sécher tant de pleurs ! 

Mais vos sanglots qu'il croit des cris de rage, 

Du mauvais riche ont troublé le sommeil. 

Dieu d'un sourire, etc. 

Maint pauvre, fatigué d'attendre 
Qu'un beau jour éclairât son sort, 
Crispant la main qu'il n'osait tendre, 

Les bras croisés se vouait à la mort. 

Non, tu vivras, frère, reprends courage : 

Le ciel est pur et l'horizon vermeil. 

Dieu d'un sourire a percé le nuage, 

Voici venir un rayon de soleil ! 
Un rayon de soleil ! 



Mars 1847. 



(I) Quand M. Armnnd Plclain, l'homme si dévoue aux {lauvics, cul la noble et 
pcnéieuse idée d'ouvrir une lisle de souscription en faveur de nos irères des 
Flandres , les sous-officiers du régiment du génie , alors en garnison à Mons , 
souscrivirenl spontarénicnt pour la somme de doux cents francs. 

L'auteur voudrait avoir une voix retentissante pour publier de semblables faits. 
A ses yeux, une bonne action vaut bien un beau fait d'armes. 



— 104 — 



LE BON CURE. 



Air : Heureux climat^ beau ciel de l'Italie. — 34. 

Le vieux curé fait peur, je le parie, 
Car sa présence a glacé vos ébats : 
Enfants, ma voix ne vous maudira pas... 
— Sous ce ciel pur, sur cette herbe fleurie 
Venez, venez parfois. 
Vous dont la vie est pleine 
De tant de jours de peine. 
Venez, bons villageois. 

Reprenez donc vos longs éclats de rire. 

Mon œil s'anime à vos ébats joyeux ; 

Pour m'y mêler si je semble trop vieux. 

Mon cœur est jeune et je puis vous sourire. 
Riez, riez parfois. 
Vous dont la vie est pleine 
De tant de jours de peine , 
Riez , bons villageois. 

Sur le gazon vous dansiez en cadence 
Et vous cessez de vous donner la main ; 
Peut-être, enfants, attendrez-vous en vain 
Pendant six mois un nouveau jour de danse. 
Dansez, dansez parfois. 
Vous dont la vie est pleine 
De tant de jours de peine , 
Dansez , bons villageois. 

De loin j'ai vu couler ici la bière. 
Chopes, cruchons, tout est mis de côté : 



— 105 — 

Si vous m aimez pour boire à ma santé, 
Chacun de vous retrouvera son verre. 
Buvez, buvez parfois, 
Vous dont la vie est pleine 
De tant de jours de peine , 
Buvez , bons villageois. 

Et tout s'est tu devant ma robe noire ! 

Je troublerais vos plaisirs d'un moment? 

Non, non, chantez : on boit bien plus gaîment 

Aux doux accents d'une chanson à boire. 
Chantez, chantez parfois, 
Vous dont la vie est pleine 
De tant de jours de peine , 
Chantez , bons villageois. 

Jeunes amants , pourquoi ce trouble extrême ? 

Qu avez-vous fait que je puisse blâmer ? 

D'un amour pur il est si beau d'aimer : 

On est meilleur, mes amis, quand on aime. 
Du Christ suivez les lois. 
Vous dont la vie est pleine 
De tant de jours de peine , 
Aimez , bons villageois. 

A vos plaisirs, dont l'aspect me transporte. 
Dorénavant j'assisterai toujours ; 
Mais en revanche, enfants, aux mauvais jours 
N'oubliez pas de frapper à ma porte. 

J'ouvrirai chaque fois 

Et dans mon presbytère 

Vous trouverez un père : 

Venez, bons villageois. 



lOG — 



ADOLPHE ROUSSEL, A LOUVAIN. 



1830. 



Air des Trois Couleurs. — 30 



Louvain est libre ! — Un soldat sans défense , 

Un Hollandais, prisonnier impuissant, 

Est mutilé par la foule en démence 

Qui , l'œil hagard , se vautre dans son sang ! 

Roussel accourt, et, bravant la mort même. 

Crie, en montrant un chêne aux verts rameaux : 

'• Liberté, sous ton arbre suprême 

•• Tu ne veux pas (bis) abriter des bourreaux ! ^ 

" Fuyez cet arbre : il appelle l'orage 

" Sur l'assassin ! Monstres , retirez-vous ! 

•' Sous ce haut chêne, au vigoureux feuillage, 

•• La Liberté pourrait vous broyer tous ! 

•' N'approchez 'plus de son antique emblème : 

•' Il fut, hier, planté par des héros. 

" Liberté, sous ton arbre suprême 

V Tu ne veux pas abriter des bourreaux ! " 

" Pauvre étranger! — Pour trouver tant de charmes 

" A le frapper déjà mort à demi, 

" Qu'avait-il foit? — Un ennemi sans armes 

" Pour un soldat n'est plus un ennemi. 

" Vous , des soldats , des soldats ! quel blasphème ! 

'♦ Vous nous feriez rougir de nos sarraus ! 

'' Liberté, sous ton arbre suprême 

M Tu no veux pas abriter des bourreaux î ^ 



— 107 — 

Sublime instant ! — Bien que des cris de haine 

Autour de lui retentissent partout, 

La hache en main, Roussel abat le chêne : 

Il est tombé ; Roussel seul est debout ! 

Au loin la foule est dans un trouble extrême : 

L arbre, en couvrant le cadavre en lambeaux, 

Semblait lui dire en sa chute suprême : 

" Je ne veux pas abriter des bourreaux ! ^ 

Quand vint la nuit, tous ces êtres infâmes 
Qui lâchement avaient donné la mort. 
Dans leur sommeil , hommes , enfants et femmes , 
Fuyaient, hideux, les rêves du remord. 
Sanglants échos d'un sanglant anathème, 
Les bois, les prés, les vallons, les coteaux. 
Tout répétait, comme larbre suprême : 
•'Je ne veux pas abriter des bourreaux I - 



108 



COUPLETS A T. D. 

Air : Depuis longtemps f aimais Adèle. — 15. 

Moi du génie ! oh ! certes tu veux rire ? 

Mais non, je le lis dans tes yeux, 

Ces mots que j'ose à peine écrire, 

Tu les dis d'un ton sérieux. 

Moi du génie ! ô tendre femme , 
Quel pauvre nain pour un pareil fardeau ! 
Ah ! je le vois, l'amour remplit ton àme, 
Et sur tes yeux il a mis son bandeau. 
Et sur tes yeux {bis) il a mis son bandeau. 

Lorsque la nuit couvre tout de son voile, 
Souvent la plus faible clarté 
Nous produit l'effet de l'étoile 
Qui règne dans l'immensité : 
Ainsi l'amour pur qui t'enflamme. 

De mon talent fait un astre nouveau ! 

C'est que pour moi l'amour remplit ton àme. 

Et sur tes yeux il a mis son bandeau. 

Et sur tes yeux {bis) il a mis son bandeau. 



1847. 



— 109 — 



LE NOM DE FAMILLE. 



REPONSE DUN BELGE AUX JOURNAUX ALLEMANDS. 



AOUT 1847. 



Air de la Sentinelle. — 31. 



Qu ai-je entendu ? Des journaux allemands 
Graves échos de basses infamies, 
Pour diviser les Wallons, les Flamands, 
En font soudain deux races ennemies. 
Aristarques aux cheveux blonds , 
Qua vos yeux la vérité brille : 
Sachez-le bien : Flamands, Wallons, 
Ce ne sont là que des prénoms ; 
Belge est notre nom de famille. 
De famille ! 

Quoi ! des écrits publiés contre nous 
Sont-ils venus des penseurs d'Allemagne ? 
Sous vos tyrans , Allemands , garde à vous ! 
Plus de Pologne... et voyez la Romagne ! 

Partout de par vos rois félons, 

C'est la liberté qu'on fusille ! 

Sachez-le bien, etc. 

A notre sol vous faites le procès 
Parce qu'il touche au sol de l'espérance. 
Ne pouvons-nous, sans devenir Français, 
Tourner les yeux du coté de la France? 



— 110 — 

Pour les peuples de tous les noms 
Un foyer de lumière y brille ! 
Sachez-le bien, etc. 

Flamands, Wallons, en secouant les fers 
Dont les chargeait un prince aux mains ridées. 
Ont su traduire en langages divers 
Les mêmes lois et les mêmes idées : 
Sur la liste des nations 
Un nom de plus se grave et brille. 
Sachez-le bien, etc. 

Nous désunir ! — moralement d'abord , — 

Y sonsre-t-on au delà de Coloûne ? 

mon pays, les potentats du Nord 

Voudraient-ils donc faire une autre Pologne ? 
Halte-là ! sur nos bataillons 
Le même étendard flotte et brille ! 
Sachez-le bien, etc. 

Pour agrandir quelques vastes États , 
Si contre nous Ion brûlait une amorce , 
Flamands, Wallons, nous serions tous soldats 
Au cri sacré : Uunion fait la force ! 

Qui de nous craindrait les canons ? 

Dans les cieux la liberté brille ! 

Sachez-le bien : Flamands, Wallons, 

Ce ne sont là que des prénoms ; 

Belge est notre nom de famille. 
De famille ! 



ni — 



CHANSON A BOIRE. 



Air de la Catacoua. — 36. 

On dit que la chanson amuse, 
— En appelant des jours meilleurs. 
J'ai fait des chansons et ma muse 
Souvent a fait couler des pleurs. 
^Aujourd'hui que ma coupe est pleine 
D'un breuvage délicieux, 
Pour boire mieux, 
Pour rire mieux, 
Pour boire mieux, beaucoup mieux, cent fois mieux, 
En oubliant nos jours de peine , 
Je ferai des couplets joyeux. 

Buvons amis , û de la bière ! 
Le vin est à l'ordre du jour : 
Ce nectar est à la frontière 
Prohibé pour l'humble séjour. 
Mais nous trouvons dans ce domaine 
Un amphitryon précieux : 
Pour boire mieux, 
Pour rire mieux. 
Pour boire mieux, beaucoup mieux, cent fois mieux. 
Chantons en chœur, à perdre haleine, 
L'ami qui nous rend si joyeux. 

A tort le gouvernement ferme 
Nos portes à ce jus divin, 
Car îi le voir marcher si ferme , 
On comprend qu'il aime le vin. 



— 112 — 

Laissez passer, douane hautaine, 
Librement ce présent des cieux. 

En buvant mieux, 

En riant mieux, 
En buvant mieux, beaucoup mieux, cent fois mieux, 
Nous oublîrons nos jours de peine 
Et ferons des couplets joyeux. 

Buvons, amis, plus de souffrance ! 
L'amitié nous ouvre un tonneau : 
Le vin est comme lespérance : 
Il vient nous montrer tout en beau. 
Rien du cœur ne bannit la haine 
Comme un bon flacon de vin vieux. 
Pour boire mieux, 
Pour aimer mieux. 
Pour boire mieux, beaucoup mieux, cent fois mieux. 
En oubliant nos jours de peine. 
Chantons quelques couplets joyeux. 

Buvons ! Le présent nous oppresse : 
Ah ! perdons-en le souvenir ; 
Et pour nos enfants, dans Tivresse, 
Osons penser à l'avenir ! 
Rêvons pour eux la paix prochaine 
Que pour nous rêvaient nos aïeux : 
Nous boirons mieux. 
Nous rirons mieux , 
Nous boirons mieux, beaucoup mieux, cent fois mieux. 
Et, sans songer aux jours de peine. 
Nous ferons des couplets joyeux. 

Février 1847. 



— 113 - 



LE REVE DUN CHINOIS. 



Musique de J.-B. Stevens. — 37. 



Élève 
Encor , 
rêve 
D or , 
Mon âme aux cieux dans ton essor ! 

Peuple chinois, la nuit dernière 
J'ai vu du monde des esprits 
Tous les grands hommes de la terre 
Que les grands hommes sont petits ! 

Élève, etc. 

Tous offrent une route à suivre : 
Aussi le pauvre genre humain 
Erre partout comme un homme ivre, 
Sans découvrir le bon chemin. 

Élève, etc. 

Se bercer de quelque vain songe 
Est le lot de Ihumanité : 
L'existence n'est qu'un mensonge : 
Et la mort c'est la vérité. 

Élève, etc. 



— 114 — 

J ai pu dans sa gloire immuable , 
Avec les anges radieux , 
Contempler le Dieu véritable : 
L'homme ne croit qu à de faux dieux ! 

Élève, etc. 

Fou, j'ai craint la mort qui délivre 
L'âme d'un corps fait pour souffrir : 
J'ai vu les cieux, et pour y vivre 
Aujourd'hui je voudrais mourir ! 

Élève 
Encor , 
rêve 
D'or, 
Mon âme aux cieux dans ton essor ! 



I 



— 115 — 



VIVENT LES CHANTS DE NOS AÏEUX. 



AiH : Rendes-moi mon léger bateau. — 38. 



Les refrains de nos bons aïeux 

Chantaient le vin vieux 
Et la folie : 

Se peut-il qu'on les oublie 
Pour des refrains plus sérieux ? 
Vivent les chants de nos aïeux ! 

Qui le croirait ? la gaîté s encanaille ; 
Chez les gueux seuls ses grelots font ton-ton. 
Rire à présent est du plus mauvais ton : 
L'homme bien né s'amuse quand il baille ! 

Les refrains, etc. 



Dans nos banquets, maint envieux avide 
Des libertés se pose en vrai soutien : 
On l'applaudit... Mais le grand citoyen 
S'évanouit quand la bouteille est vide. 

Les refrains, etc. 

I 

Chacun , hélas ! pour cacher sa faiblesse , 
Prend un air digne à l'approche d'autrui ; 
Mais la gaîté, qu'on dédaigne aujourd'hui. 
Du cœur humain n'exclut pas la sagesse. 

Les refrains, etc. 



— 116 — 

Vous le voyez , même au doux bruit des verres , 
Pour être gai , je m évertue en vain : 
Dieu de bonté, qui nous donnas le vin. 
Rends à nos fds la gaîté de nos pères ! 

Les refrains de nos bons aïeux 

Chantaient le vin vieux 
Et la folie : 

Se peut-il qu'on les oublie 
Pour des refrains plus sérieux ? 
Vivent les chants de nos aïeux ! 



1845. 



— 117 — 



APRES UNE VISITE A BÉRANGER. 



OCTOBRE 1846. 



Air de Taconnet. — 30. 



Le croirez-vous ? — J'en doute encor moi-même ! 
Le chansonnier, sans faste et sans orgueil, 
Que l'on admire encor moins qu'on ne l'aime. 
Me fît, à moi, le plus charmant accueil, [bis.) 
Nos parvenus, fiers d'un titre illusoire. 
Vont comme hier me dédaigner demain, [bis.) 
Et Béranger reste peuple en sa gloire : r 
Le bon vieillard ! il m'a tendu la main. ( 

C'était bien là le chantre de Lisette, 
Moins grand que bon, car pour me recevoir 
Il se penchait, tandis que ma musette 
Sur ses deux pieds se dressait pour le voir ! 
Les cheveux blancs dont son front se décore 
N'ont pas glacé l'ami du genre humain ; 
Jugez combien son cœur est jeune encore : 
Le bon vieillard ! il m'a tendu la main. 

Quand je quittai le poète sans tache. 
Vous l'avoûrai-ie, à mes veux éblouis. 
Le petit coin où sa gloire se cache 
Etait plus vaste et plus beau que Paris. 
De son séjour j'emportais tant d'idées 
Que sans songer à mon passé de nain. 
Je me croyais grandi de vingt coudées : 
Le bon vieillard m'avait pressé la main! 



— 118 — 

La nuit parut. . . — nuit d extase infinie î 
A ras du sol je volais en rêvant, 
Quand Béranger vint comme un bon génie, 
La flamme au front, les deux ailes au vent ; 
Et, me montrant les plages éternelles, 
Il m'emportait dans son vol surhumain : 
Au sein des cieux je déployais mes ailes ! 
Le chansonnier m'avait tendu la main. 

Le monde, vu du foyer de lumière. 
S'offrait à nous comme un point sans clarté : 
Béranger chante , et soudain de la terre 
Un rayon d'or perce l'obscurité. 
L'astre du peuple à l'horizon se lève : 
Ses ennemis n'ont plus de lendemain ! 
— Ah ! puisse Dieu réaliser le rêve 
Où le vieillard vint me tendre la main. 

ENVOI. 

Enfant du peuple, ami de la nature. 

Tu m'apparais grand et simple comme eux, 

Petit-Poucet de la littérature 

Qui déchaussas bien des ogres fameux ! 

Toi qui flétris nos lâches Barbes-Bleues, 

Pour qu'un beau jour je te suive en chemin , 

Ah ! prête-moi tes bottes de sept lieues : 

Je marcherai : tu m'as tendu la main ! 



— 110 — 



LA CHANTEUSE AMBULANTE, 



Air : C'est un lanla îanderireite. — 20. 



Mariette m était chère : 
Dieu la reprise d'ici. 
Au cœur de défunt son père 
Elle était bien chère aussi. 
Il ne me reste que Laure , 
Frêle enfant que je dois porter. 

— Eh ! Ion , lan , la , chantons encore 
Le pain nous manque, il faut chanter 

Je l'avoue , oh ! j'eus l'envie , 
A cet affreux coup du sort, 
Den finir avec la vie. 
Arrière , pensers de mort ! 
Arrière ! — Un enfant t'implore , 
Mère, il faut encore exister. 

— Eh ! Ion , lan , la , etc. 

Lorsqu'aux passants Mariette 
Tendait sa petite main , 
A la voir si joUette 
Tous lui donnaient en chemin. 
A sa voix fraîche et sonore 
Quel cœur aurait pu résister? 

— Eh ! Ion , lan , la , etc. 

A mes maux quand je succombe , 
Ai-je le temps, pauvre amour, 



— 120 — 

D aller pleurer sur ta tombe ? 
Il faut du pain chaque jour ! 
Les jours se pressent declore 
Sur qui n'a pas pour subsister. 

— Eh ! Ion , lan , la , etc. 

Vieille chanteuse ambulante, 

Lage ralentit mon pas : 

Aux chants de ma voix tremblante 

Si l'on ne s'arrêtait pas ! 

Si de faim tantôt ma Laure 

Sur mon sein allait sangloter ! 

— Eh ! Ion , lan , la , chantons encore ; 
Le pain nous manque, il faut chanter ! 



— 121 — 



LE FLAMAND 



AUX PORTES DUNE GRANDE VILLE. 



Air : Échos des bois errants dans ces vallons. — 26. 



'^ J'ai faim ! j'ai faim ! Salut , grande cité ! 
•' Amis, famille et toi Flandre chérie, 
'^ Pour subsister, hélas! j'ai tout quitté. ^ 
Comme il disait, un gendarme lui crie : 

— " Allez ailleurs pour mendier ainsi : { n ■ \ 
" Quand on a faim on n'entre pas ici ! " '. 

" Ah ! laisse-moi poursuivre mon chemin ; 
•' Je viens ici pour mendier sans doute ; 
" Mais j'ai si faim ! Pour tendre ainsi la main , 
" A l'ouvrier sais-tu ce qu'il en coûte ? ^ 

— « Allez ailleurs, « etc. 

" Riche cité, loin d'être son appui, 

•• Vous repoussez le Flamand sans ouvrage : 

•• Dieu, tu le vois, l'homme peut aujourd'hui 

— Manquer de pain sans manquer de courage ? « 

— " Allez ailleurs, " etc. 

" Pour châtier les méchants de nos jours , 

•' Dieu , de tes mains si la vengeance échappe , 

•^ Que ta justice en suspende le cours , 

•' Car c'est nous seuls, nous pauvres, qu'elle frappe ! 

— •' Allez ailleurs, ^ etc. 



— 122 — 

" Au pauvre il faut si peu pour se nourrir. 

" La tombe attend le riche de la terre : 

" Dieu lui dira, s'il me laisse mourir, 

'- Comme à Caïn : ^ Qu as-tu fait de ton frère ? ^ 

— « Allez ailleurs, etc. " 

•* Tremble ! mon sang bouillonne en ce moment ; 
" Tremble ! la faim rend fort dans son délire ! 
'' Mais, quai-je dit? il n'est qu'un instrument 
•' Et c'était lui , lui que j'allais maudire ! « 

— " Allez ailleurs, ^ etc. 

« De mes bourreaux sans troubler le bonheur, 
^1 De mes tourments que la mort me délivre : 

— Vienne la mort ! Pour vivre avec honneur , 

^ Il n'est pour moi plus de moyen de vivre ! ^ 

— " Allez ailleurs, " etc. 

Non loin de là le corps du malheureux 
Était glacé quand reparut l'aurore, 
Et sans pudeur à des frères nombreux. 
Comme la veille on répétait encore : 
•' Allez ailleurs pour mendier ainsi : 
•' Quand on a feim on n'entre pas ici ? ^ 



Mai 1847. 



— 123 



{ {l'is.) 



(bis.) 



AUX SUISSES. 



Air de la Vieille. — 40. 



En VOS champs, paisibles naguère, 

Vieille Helvétie, au cœur tout neuf, 

Quel démon suscite une guerre. 

Digne des temps de Charles Neuf, 

Vieille Helvétie, au cœur tout neuf? 
Dieu vous fît libre , et vos enfants qu'il aime 
De s égorger font l'exécrable vœu. 
Dieu vous fit libre ! Oubliez-vous Dieu même ? (bis.) 
Restez en paix sous le ciel pur et bleu. 

D'où vous bénit la main de Dieu ! 

D'où vous bénit la main de Dieu. 

Eh quoi ! de vos serres cruelles , 

Aigle des monts républicains, 

Vous déchirez vos propres ailes 

Près des filets de nos Tarquins ; 

Aigle des monts républicains ! 
Quelle démence est aujourd'hui la vôtre ? 
Ces oiseleurs demain auront beau jeu : 
Vite debout : ils ont peur l'un de l'autre ! 
Planez en paix sous le ciel pur et bleu. 

D'où vous bénit la main de Dieu ! 

Suisses , pour votre indépendance , 
La force en main, nul n'a parlé; 
Du képi que porte la France, 
Le coq gaulois s'est envolé ! 
Silence , la France a parlé. 



— 124 — 

Qu'ai-je entendu ? Son pouvoir démocrate 
Pour les trois czars promet de faire feu : 
Suisse, espérez : souvent son fusil rate. 
Restez en paix sous le ciel pur et bleu, 
D où vous bénit la main de Dieu ! 

Ah ! pour la cause populaire , 

Le généreux peuple français 

En vain a demandé la guerre 

Au gouvernement de la paix. 

Lui 1 élu du peuple français ! 
Mais en ces jours quel courage il affiche ! 
Ses lourds canons font srémir leur essieu ; 
Il marche enfin... pour vaincre avec l'Autriche! 
Vivez en paix, frères, sous le ciel bleu. 

D'où vous bénit la main de Dieu î 

Frères, malgré sa haute taille, 
Non, le double aigle d'aujourd'hui 
N'attendrait pas dans la bataille 
Un champion digne de lui : 
Il est bien trop lâche aujourd'hui î 

Oui , sous son poids sa grande aile retombe. 

Mais il retrouve encor son premier feu. 

Pour mutiler le blessé qui succombe. 

Avivez en paix , frères , sous le ciel bleu , 
D'où vous bénit la main de Dieu ! 

Les rois , dans leur orgueil immonde , 

Du ciel se disent les élus : 

Ils règlent les destins du monde 

Comme si Dieu n'existait plus. 

Eux qui du ciel sont les élus ! 
Lorsque du globe ils basent l'équilibre, 
Qu'à l'Helvétie ils s'intéressent peu : 
A ce prix-là son peuple sera libre. 



— 125 — 

Vivez en paix, frères, sous le ciel bleu. 
D'où vous bénit la main de Dieu ! 

Frères, comme les rois, en armes, 

Faites un pacte dunion ! 

Ce n'est pas pour sécher vos larmes, 

Qu'ils parlent d'intervention... 

Faites un pacte d'union î 
Les rois ! ils vont jouer quelque partie 
Dont votre sol, hélas! sera lenjeu. 
Soyez unis, frères de l'Helvétie ! 
Vivez en paix sous le ciel pur et bleu. 

D'où vous bénit la main de Dieu ! 

Votre sang coule encor... Je tremble ! 

Les tyrans vont intervenir. 

Ah ! que vos deux rites ensemble 

Pour prier Dieu sachent s'unir : 

Dieu ne peut-il intervenir ? 
Au Créateur qu'importe la manière 
Dont on lui fait son hommage et son vœu, 
Quand c'est du cœur que monte la prière ! 
Tous à genoux, frères, sous le ciel bleu, 

D'où vous bénit la main de Dieu ! 



I 



Novembre 1847. 



126 — 



LE BON BERGER. 



Air : En revenant de Charenton. — 4i. 



Bergère, mes seules amours. 

Ne sois plus si fière : 
Je te rencontre tous les jours 

Dans les prés où j'erre. 
La rencontre offre un grand danger 
Qu'en bonheur on peut changer : 

Deviens ma bergère, 

Je suis bon berger. 

Je ne chante qu'un vieux rondeau 

Anti-populaire ; 
Aux autorités du hameau 

Par là j'ai su plaire. 
Tu peux m'accepter sans danger : 
J'ignore tout Déranger. 

Deviens, etc. 

Tondre mes moutons sans pitié, 

Voilà mon affaire ! 
De leur toison j'ai la moitié : 

Nul ne me voit faire. 
Chaque an ce produit, sans danger, 
Agrandira ton verger. 

Deviens, etc. 

Et chaque fois qu'on crie au loup, 
D'une main légère 



— 127 — 

Jaljats un agneau d'un seul coup 

Nul ne me Yoit faire... 
Tu peux maccepter sans danger ; 
J'ai toujours de quoi manger ! 
Deviens, etc. 

A la messe chaque matin 

Je sers le vicaire, 
Avant lui je goûte son vin : 

Nul ne me voit faire. 
Ce vin, que je bois sans danger, 
Tu pourrais le partager. 

Deviens, etc. 

Chacun me croit un brin sorcier 
Et te croit sorcière : 

C'est encore un petit métier 

Que nous pouvons faire. 

Le cumul n'offre aucun danger. 
Maint grand sait s'en arranger. 
Deviens, etc. 

Laisse-moi prendre un seul baiser 
Sur ton front sévère. 

Ah ! pourrais-tu le refuser ? 

Nul ne nous voit faire ! 

Tu peux accepter sans danger. 
Le soir vient nous protéger ! 
Deviens, etc. 

Daigne échanger contre le mien 
Ton cœur, ô ma chère! 
Mon cœur est celui d'un chrétien : 
Il cherche son frère. 
Tu peux l'accepter sans danger : 
J'ai besoin de l'échanger ! 
Deviens, etc. 



— 128 — 

On (lit que riiomme en s'élevant 
Devient moins sincère ; 

Que l'or fait tourner à tout vent 
Maint grand caractère. 

Tu peux m accepter sans danger. 
Rien ne me fera changer : 
Tu naquis bergère , 
Je mourrai berger ! 



4 

I 



— 1-30 — 



COUPLETS A M. F,-G. LEMERCIER. 

après avoir vu J'uii dos modèles d'anatumic plastique du docleur Auzoux (I). 
Air du Dieu des bonnes gens. — i4. 



Au seul aspect du modèle du maître 
Où le mortel se voit et se comprend, 
Letonnement s'empara de mon être : 
A mon esprit Thomme apparut plus grand. 
L'orgueil alors en moi , chétif atome , 
Fit pénétrer sa parole de feu, 
En me disant : — Regarde combien l'homme 
Peut s'approcher de Dieu ! {lns.\ 

Mais la raison en mon àme insensée. 
Cria soudain à l'orgueil enivrant : 
" Voilà le moule ! où donc est la pensée l •• 
Et , s'il se peut , Dieu me parut plus grand î 
Puis, bénissant sa puissance infinie. 
Le front courbé, je compris en ce lieu 
Tout le néant des œuvres de génie 
Devant l'œuvre de Dieu ! 

Janvier 1847, 



(1) (iràce aux admirables modèlos du docleur Au/oux, ainsi (|u"aux inloressanles 
Icrons de M. Ictiiercier, son élève et son di?iie inter|)rrte, riiomme du momie, en 
tiuit séances seulement, peut voir et s'expliquer le mécanisme du corps humain 
dans son ensemble et dans ses principaux détails. 

Au dire des hommes spéciaux , ces modèles reproduisent avec la plus exacte 
lidélité tous les ressorts par lesquels nous pouvons a?ir. 

10 



— 130 — 



CHANSON 



A PROPOS DU JOUR DE MA FETE, 



Air des Scythes et des Amazones. — 4. 



Eh quoi ! c'est le jour de ma fête î 
Malgré l'hiver et ses rigueurs, 
Parents, amis, chacun s'apprête 
A couronner mon front de fleurs, (bis.) 

Dieu ! ma couronne a bouché mes oreilles : 

Quelle distance entre mon peuple et moi ! 

Ah ! qu'on la comble à force de bouteilles î 

Obéissez : en ce jour je suis roi. 

En ce jour (bis) je suis roi. (bis.) 

Dans cette fête de famille , 

Comme un monarque d'Orient, 

J'aperçois mainte jeune fille 

Qui me regarde en souriant. 
Ce doux souris n'est point une grimace : 
En l'amitié le cœur du pauvre a foi. 
Je veux, je veux (pie mon peuple m'embrasse. 
Obéissez, etc. 

Vous hésitez. Mais (pii s'oppose ? 
Je comprends : ma femme , parbU^i ! 
La femme, quand l'homme propose. 
Dispose aussi souvent que Dieu. 
Mais, moi du moins j'ai de la force d'àme, 



(bis.) 



— 131 — 

Dans mon logis tout souscrit à ma loi ; 

Je veux... je veux tout ce que veut ma femme ! 

Obéissez, etc. 

Je porte déjà la couronne 

Comme une vieille majesté : 

Aujourd'hui je veux et j'ordonne, 

Hier je chantais la liberté ! 
Qu'en cet instant le fouet de la satire 
Essaie un peu de claquer devant moi ! 
Je veux... je veux vous voir chanter et rire. 
Obéissez , etc. 

J'ai fait quelques chansons nouvelles ; 

Qu'on accueille bien mes couplets ! 

Si l'un de mes sujets rebelles 

S'avise de les trouver laids, 
Pour juste prix d'une trame si noire. 
Je veux, je veux... — Ah ! qu'il tremble d'effroi ! 
Je veux... qu'il boive à perdre la mémoire ! 
Obéissez : en ce jour je suis roi 
En ce jour je suis roi. 

Janvier 1847. 



I 



I:J2 



COUPLETS A riE IX. 



Air de la République. — 23. 



Un cri d'espoir du sein de ritalie 
Sechappe enfin après de longs malheurs : 
Naguère encor sous le joug avilie, 
Rome aujourd'hui peut essuyer ses pleurs. 
Pape, sur toi ce cri d'espoir se fonde : 
Ton nouveau règne offre un début si beau ! 
Comme le Christ, viens éclairer le monde : 
Que ton sceptre soit un flambeau î 



Loin de irapper , la main ne doit, qu'absoudre 
Dans le chemin que le Christ a tracé : 
Du A'atican ne brandis pas la foudre, 
Dejjuis longtemps son grand rôle est passé. 
Fort, comme Dieu, de ta bonté profonde. 
Rends l'honnête homme ami de ton drapeau. 
Comme le Christ, etc. 

Plus de bannis, leurs voix reconnaissantes 
Chantent celui qui les a rappelés. 
C'est le bon Dieu qu'ici tu représentes. 
Pour son amour il n'est pas d'exilés. 
En gens de cœur que l'Italie abonde ; 
Sa vieille gloire est un si lourd fardeau î 
Comme le Christ, etc. 

Quand le double aigle étend une aile sombre 
Sur la patrie au printemps éternel , 



I [bis.) 



— 133 — 

Dis au vieux peuple accroupi sous son oml)re : 
" Oublîrais-tu tes aïeux et ton ciel ? 
" Que Rome li])re enfin se lève et gronde, 
" L aigle fuira comme un frêle étourneau ! •• 
Comme le Christ, etc. 

Pour entraver l'œuvre que tu commences. 
Toi qui veux fuir un abîme profond, 
De vils prélats font des efforts immenses, 
Pardonne-leur , savent-ils ce qu'ils font ? 
Brave leurs coups ! Le peuple te seconde : 
De son amour il te fait un manteau ! 
Comme le Christ, etc. 

La foi s'éteint ; pour qu'elle se rallume , 
Montre en prophète aux deux mondes surpris , 
Vastes vaisseaux égarés dans la brume, 
La vérité , ce soleil des esprits ! 
Que Rome enfin, trop longtemps inféconde, • 
Pour l'univers soit un phare nouveau ! 
Comme le Christ, etc. 

Un Dieu porta la couronne depines 
( Depuis ce temps dix-neuf siècles ont fui ) ! 
Pour rendre l'homme heureux par des doctrines 
Qui sont encor des rêves aujourd'hui. 
En avant donc ! que ton sceptre qu'on fronde 
Dans le progrès n'ait rien à son niveau ! 
Comme le Christ, viens éclairer le monde : 
Que ton sceptre soit un flambeau ! 

Novembre 184G. 



134 



FRERES & LIBRES ! 



CHANT BELGE. 



Air des Trois Couleurs. — 35. 

Le cœur nous bat au cri de délivrance 
Que fait entendre un grand peuple debout. 
Mais, mon pays, en saluant la France, 
Que tes enfants soient Belges avant tout ! 
Depuis César , Belgique , noble terre , 
Tu poursuivis l'œuvre que tu défends. 

— La Liberté, Français, est votre mère. 

Mais, comme vous (bis), nous sommes ses enfants. 

Ah ! ne fais plus , France noble et féconde , 
Trembler l'Europe au seul bruit de tes pas : 
La liberté , ce vieil espoir du monde , 
Le sabre en main on ne l'impose pas ! 
Laisse à chacun le choix de sa bannière : 

« 

Dieu montrera les peuples triomphants ! 

— La Liberté, etc. 

Le Belge hait aussi la tyrannie , 
Nul plus que lui n'est jaloux de ses droits ; 
Pour conquérir des lois qu'on lui dénie, 
Il sait aussi chasser les mauvais rois. 
Mais aujourd'hui notre roi, c'est un frère, 
Belge de cœur et digne de nos temps (1). 

— La Liberté , etc. 

(1) « l.éopold I'', roi (l»'s Uoli-'cs, vient de donner nn graml cxoaiple aux télcs 
couronnées du niondi*. Le premier il a reconnu et proc'.amé ce prand priuci|>e : 
Que les peuples uc sont pas fails i>our les rois, mais bien les rois pour les peuples. 



— 135 — 

Le Belge est libre : il a brisé sa chaîne 
Avec transport sous le feu du canon ; 
Sur son l)eau sol, depuis vingt ans à peine, 
11 peut enfin porter aussi son nom. 
Cette faveur doit nous être bien chère : 
Dieu nous la ûiit attendre si longtemps ! 
— La Liberté, Français, est votre mère, 
Mais, comme vous, nous sommes ses enfants. 



Mars 1848. 



» Ainsi le roi a convoque le conseil des ministres et leur a tenu ce noble 
langage : 

» si la Belgique, qui ne m'a appelé que parce qu'elle m'a cru capable de me 
» dévouer à son bonheur, si la Belgique clait convaincue qu'elle ne peut sauve- 
» garder sa nationalité qu'en adoptant la forme de gouvernement triomphante en 
)' France, qu'elle ne redoute aucune opposition de ma part, je ne ferai jamais 
« verser le sang du peuple; mais si, au contraire, la Belgique compte s^ur la conti- 
>■■ nuation de mon dévouement , ma vie et mon cpéc seront toujours consacrées à 
" la défense de sa nationalité et de son indépendance. » 

» En présence de ces paroles, si simples ot pourtant si magnanimes, le conseil 
des ministres n"a trouvé qu'une réponse, celle d'une muette et respectueuse 
admiration. '^ 

» ÎS'ous ne trouvons, nous, qu'un commentaire : 

» C'est qu'il est digne de commander à un grand peuple, cl surtout à un peuple 
libre, le roi qui est animé d'aussi nobles sentiments que Léopold l*"", roi des 
Belges » 

{Journaux behjes des ô et i Mars isis . 



— 136 — 



ME VOILA DONC UN PERSONNAGE ! 



COUPLETS 



en réponso an journal l'Argus qui, dans une critique de la chanson précédente, 
me donne îe lilre de poëtc adulateur. 



Air : Donnez-vous la peine d'attetidre. — 30. 

J'apprends , dans mon tout petit coin , 
Que ma chanson patriotique , 
Surprise daller aussi loin, 
A fait le tour de la Belgique. 
VArcius , mon plus chaud partisan , 
Dans un élégant badinage, 
D'ouvrier me fait courtisan : [bis.) 
Me voilà donc un personnage ! [bis.) 

L'Argus, dans ce chant merveilleux, 
Trouve des choses sans pareilles ; 
C'est que YAi^giui a de grands yeux : 
Je n'ai jamais vu ses oreilles ! 
J'en voudrais parler en passant. 
Je ne le puis, et c'est dortimage : 
Mon cœur est si reconnaissant , 
Rien que je sois un personnage ! 

Depuis que je suis courtisan , 
De par certaines créatures. 
De mon tablier d'artisan 
On a fait dorer les coutures. 



— i:{7 — 

On m'a (hk-oré de deux croix : 
Tant d'autres en ont davantage 
Que je compte aller jusqu'à trois. 
Me voilà donc un personnage ! 

Chaque jour, sans être plus beau, 
Quelqu'heureux vilain se décrasse. 
Jetons la lime et le marteau ! 
Lavons-nous : j'anoblis ma race ! 
Nouveau marquis de Carabas, 
On me donne pour apanage 
La côte de Santo Thomas : 
Me voilà donc un personnage ! 

Nul bonheur ne me fait défaut ; 
C'est que tous ont mes sympathies. 
Les alouettes de là-haut 
Tombent pour moi toutes rôties. 
Le pouvoir que j'ai caressé. 
Ebloui d'un pareil hommage , 
M'exempte de l'emprunt forcé 
Je suis un heureux personnage î 

VArgits, — j'en suis émerveillé, — 

Au faite où son amour m'élève, 

Me fait rêver tout éveillé : 

Mais qui vient troubler mon ])eau rêve !? 

On me sonne à mon atelier : 

Croix, titre, honneurs, tout déménage. 

Quel bonheur ! je suis ouvrier ! 

— Bonsoir, monsieur le personnage ! 



Mars 184S. 



i 

138 — 



COUPLET 



ÉCRIT SUR LA PREMIÈRE PAGE DE l'aLBUM DE L. P. 



Air : EJi quoi! vous sommeillez encore. — 21. 



Quoi ! sur cette première page 
Tu veux que je signe mon nom ; 
Ami , tu croyais , je le gage , 
Que j allais te répondre : Non ! 
Après tant d'auteurs, à la file, 
J'aurais dii venir le dernier ; 
Mais c'est comme dans l'Évangile 
Le dernier sera le premier. 



1850. 



— 139 



LE CHRIST A PARDONNE ! 



COUPLETS A PIE IX. 



Air d'Aristippe. — 6. 



Quand l'Italie à tes sujets naguère 

Faisait appel pour chasser ses tyrans, 

Tu répondis : ** Non, je suis le saint-père : 

Mes ennemis sont aussi mes enfants ! » {bis.) 

Prêtre, en ton nom aujourd'hui le fer brille. 

Fer étranger contre Rome tourné : 

Rome est pourtant aussi de ta famille ! 

— Ne frappe pas : le Christ a pardonné, {bis. 

Ne frappe pas : tu portes la tiare ; 

Rome vers toi peut revenir. Attends. 

Je comprends bien que son peuple s'égare : 

Son esclavage a duré si longtemps. 

A-t-il souffert ce peuple d'Italie ! 

'Vieux chien de cour tout à coup déchaîné. 

Sa liberté ressemble à la folie ! 

— Ne frappe pas : le Christ a pardonné. 

Le sceptre d'or que tu laissas dans Rome , 

A tes regards doit-il sembler si beau ? 

Tu le tenais d'un héros, mais d'un homme : 

Tu tiens du Christ ton sceptre de roseau ! 

Pour toi le monde est-il dans la Romagne ? 

Et le martyr d'épines couronné 

N etait-il pas plus grand qu'un Charlemagne ? 

— Ne frappe pas : le Christ a pardonné. 



— 140 — 

En t accueillant , le Bombardeiir sans âme 
Marqua ton front de sa lèvre de feu ; 
Couvert de sang, il t'embrassait Tinfàme 
Qui se dit roi par la grâce de Dieu ! 
Voile ta face et fuis loin de ce lâche ; 
L'esprit du mal en lui s'est incarné ; 
Prince-bourreau, son sceptre est une hache 

— Ne frappe pas : le Christ a pardonné ! 

Pour remonter sur ton trône , ô saint-père ! 
Vas-iu descendre au niveau de tels rois ? 
Le Christ aimait, et pour régner sur terre 
C'était son sang qu'il versait sur la croix. 
Du faite immense où son œuvre est dressée 
Dix-huit cents ans ne l'ont pas détrôné ! 
Fais comme lui , règne par la pensée ! 

— Ne frappe pas : le Christ a pardonné ! 



Mars 1849. 



— Ml — 



COUPLET 



aux sous-oflicieis du 11»'" de liîrnc, qui donnaicDl une représentation dramatique 
au profit des indigents de la ville de Mons. 



Air : Soldat français. — a. 



Autour (le nous, lorsque de tous côtés. 
Le canon gronde et frappe avec furie. 
Lorsque le sabre abat les libertés. 
Quand le héros déchire sa patrie ; 
Sur notre sol au moins, dignes soldats. 
Si vous luttez, c'est contre nos misères : 
Loin de trem])ler au seul bruit de vos pas. 
Le pauvre crie, en vous tendant les bras : 
Nos soldats sont aussi nos frères ! {bis.) 

7 février 1849. 



— 142 



BONS OUVRIERS, CHANTEZ PLUS BAS. 

Air : Bon ouvrier, voici Vaurore. — 42. 

Bons ouvriers, ces chants de fête, 
Quavec plaisir mon cœur reçoit. 
Non, non, ce n'est pas le poëte. 
C'est l'ouvrier qui vous les doit. 
Quand vous chantez à la nuit close 
Mon tablier plaide ma cause, 
A vos yeux il a tant d'appas ! 
Je suis sans lui si peu de chose : ( ,, ■ . 
Bons ouvriers , chantez plus bas ! f 

Parfois j'oublie, en mon ivresse. 

Le prestige du tablier. 

Quand votre voix enchanteresse 

Redit ce que veut Vouvrier ; 

Je frémis , ma tète s'enflamme , 

Mon cœur à des accents de flamme 

Va-t-il donner l'essor ? Hélas ! 

Non, le bonheur trouble mon âme : 

Bons ouvriers , chantez plus bas ! 

Fi des concerts que Ton entonne 
Pour exprimer un vain souhait. 
Sérénade où la voix résonne. 
Mais où le cœur reste muet ! 
Fi de la musique savante 
Que pour les princes on invente ; 
C'est souvent l'hymne de Judas ! 
Ouvrier, l'ouvrier me chante. 
Mes bons amis , chantez plus bas ! 



— 143 — 

Bons ouvriers, sans crainte aucune 
Vous pourriez risquer ces accents, 
Si vos chansons au clair de lune 
Allaient flatter quelques puissants ; 
Je ne suis rien. Prêtez loreille î 
Lorsque l'autorité sommeille, 
Amis, ne la réveillez pas : 
Je vous écoute, moi qui veille. 
Bons ouvriers , chantez plus bas ! 

Bons ouvriers, de vous connaître. 
Ah ! combien je serais jaloux ! 
Quand vous chantez sous ma fenêtre, 
Mes refrains me semblent si doux î 
La sérénade me transporte : 
Tout au bonheur quelle m'apporte, 
J'ouvre mon âme à vos ébats. 
Quelque nuit j ouvrirais ma porte. 
Bons ouvriers , chantez plus bas ! 

Que de gens, pour atteindre au faite, 
Flattent les peuples ou les rois ; 
Je ne veux rien, faible interprète 
De vos devoirs et de vos droits. 
Sur moi qu'on lance l'anathème. 
Je suis du peuple et je vous aime. 
Ouvrier jiisques au trépas 
Je resterai toujours le même ! 
Bons ouvriers , chantez plus bas î 



Janvier 1849. 



— IJl 



REPONSE D'UN BELGE 

AU Courrier Français. 



I.a Bfilgiqiio, (elle que l'a crôéo la rôvolulion de 1830, est devenue une tentation, 
une provocation conlinuelUs qui peuvent troubler la paix de lEurope; la Hollande 
la conquerrait en une quinzaine de jours, la Prusse en huit jours, et la France 
en vingt-quatre heures. 

Cest une nalion sans nationalité... 

{Courrier Français, numéro du mardi 2ti Fccricr 1830). 



Air : Te souviens-tu i — i. 

Courrier Français, ta colère s'allume 

Contre le Belae... un nom dont je suis fier! 

On me la dit : soudain je prends la plume : 

Que n'ai-je pu déjà la prendre hier ! 

Tu jierds ton nom par ce trait de démence : 

Le chansonnier te fera ton procès. 

Mais malgré toi , le Belge aime la France ; 

CarHoi, Courrier, non, tu n'es pas Français! 



i [bis.) 



Sur son drapeau hi jeune République 

N'a-t-elle pas inscrit : Fraternité i 

Et ton journal outrage la Belgique : 

Noble Courrier y c'est une lâcheté ! 

Du monde entier la France est la lumière ; 

Et, malgré toi, je l'aime avec excès; 

Car un Français n'outrage pas son frère ! 

Non, non, Courrier, ikmi, tu n'es pas Français! 

Vain naulonicr, l(»rsque gronde l'orage, 
Tu laisses donc tes bras inoccupés ? 



— 145 — 

Ah! qu'ai-jo dit? Pour montrer ton couraj^e. 
Noble Courrier, tes bras nous ont frappés î 
Puisse, au milieu de Forage qui gronde, 
Ma faible voix partout trouver accès. 
Pour répéter aux quatre coins du monde : 
Non, non, Courrier , non, tu nés pas Français! 

En quelques jours une horde étrangère 
Nous briserait, dis-tu, sous le canon : 
Pour qu'on l'osât, ô France grande et chère, 
On t'aurait donc fait perdre aussi ton nom ! 
Deux cents contre un tu livrerais bataille 
A mon pays ? Quels glorieux succès ! 
La France veut des lutteurs à sa taille. 
Non, non, Courrier, non, tu n'es pas Français! 

L'aigle du Nord dans son impatience 
Peut jusqu'à nous pousser son vol hardi ; 
La lance au poing le Cosaque s'avance : 
Serrons nos rangs , ô frères du Midi ! 
Serions-nous donc trop puissants tous ensemble , 
Nous qui tenons le drapeau du progrès ? 
Pour diviser ceux-là que Dieu rassemble , 
Non, non, Courrier, non, tu n'es pas Français ! 

Le Belge est libre et fier de sa patrie : 
C'est en français qu'il te le dit tout haut : 
Et, pour défendre une mère chérie. 
Son bras, son cœur, ne feront pas défaut. 
Belge est un nom que nul ne peut nous prendre 
Un peuple meurt, son nom ne meurt jamais! 
Ce cri du cœur, tu ne peux le comprendre. 
Car toi, Courrier, non, tu n'es pas Français ! 



14 mars is.'W, 



11 



— 146 — 



AH! SI JE SAVAIS LE LATIN. 

Air : Ah ! si Madame me voyait ! — 43. 

De bons amis, j'en suis certain. 

Disent, en termes très-honnètes , 

Que pour faire mes chansonnettes 

J'aurais dû savoir le latin. 

De bons amis , j'en suis certain. 

Je voudrais pouvoir les confondre ; 

Mais je n'ai, funeste destin ! 

Que le français pour leur répondre : 

Ah ! si je savais le latin ! {bis.) 

Ah ! si je savais le latin , 
Les sots, sur cette vieille terré. 
Seraient condamnés à se taire , 
Dussent-ils crever de chagrin ! 
Ah ! si je savais le latin. 
On formerait un vide immense 
Autour de chaque Trissotin : 
Bon Dieu , quel éloquent silence ! 
Ah ! si je savais le latin ! 

Je connaîtrais saint Augustin , 
Juvénal , Horace et ^'irgile ; 
J'en revendrais au plus habile 
Par Horace et saint Augustin, 
Et, fier du poids de mon butin. 
Je croirais, chacun le devine. 
Ainsi que l'àne du moulin. 
Que j'ai fabriqué la ûirine. 
Ah ! si je savais le latin ! 



-- 1^,7 — 

Homère, liélns ! n'était qu'un Grec 
Dont nous avons gardé mémoire ; 
Aussi de son antique gloire 
Le fleuve immense est-il à sec : 
Le pauvre homme parlait le grec. 
Au dire de maint camarade 
Homère netait qu'un crétin : 
H na rien fait que l'Hiade : 
Ah ! s'il avait su le latin ! 

Ah ! si je savais le latin, 
Je voudrais au fond de mon âme 
Trouver de purs accents de flamme 
Pour guider le faible en chemin. 
Ah ! si je savais le latin. 
Je voudrais consacrer ma vie 
A combattre soir et matin 
La haine, l'orgueil et l'envie. 
Ah ! si je savais le latin ! 

H est un langage plus grand 
Que Dieu parle à la créature : 
Partout j'enterjds dans la nature 
Mille voix que mon cœur comprend 
Quel langage sublime et grand ! 
Ah ! que ne puis-je le traduire ! 
Aux échos de ce chant divin , 
Je me tais, j'écoute et j'admire. 
Eh ! que m'importe le latin î 



— 148 — 



CHANTONS NOTRE PAYS. 



A MON AMI PIERRE DU M EN IL. 



Couplcls clwintés par rauloiir, ii un hanquot qui lui a été offert à Bruxelles. 

le 4 Mai 1830. 



Air des Scythes et des Amazones. — 4. 

A ce banquet Ton me convie ; 

Il est, dit-on, en mon honneur. 

Ah ! parmi les jours de ma vie 

C'est encore un jour de bonheur! {his.) 
Au chansonnier des Belcres veulent boire : 
Pour me fêter ils se sont réunis. 
Sur mon talent dois-je m'en faire accroire ? j 
Non, vous m aimez : j'ai chanté mon pays! I 



Mes amis, 
Chantons notre pays ! 



{ [his.) 



(bis 



César paraît : sa main promène 

Partout son glaive audacieux ; 

Il brise sous l'aiuie romaine 

La liberté de nos aïeux ! 
Mais, attendez : il va leur rendre en gloire 
Ce qu'en bonheur son fer leur avait pris : 
Il en a fait des géants dans l'histoire (l) ! 
Avec fierté chantons notre pays ! 
Mes amis, etc. 



(I) Dans \c. premior chapilre do $es Commentaires. Cosar, en parlant des Caulois, 
(lil (|Uo de liius ct's peuples les llplgos sont les plus bravos. 



— 110 — 

A chaque pas la tyrannie 

Ecrasait nos pères si grands : 

La lutte n'était pas finie, 

Car ces morts laissaient des enfants. 
Les Artevelde aux soldats populaires 
Montraient les droits que nous avons conquis 
Ce sont des fruits qu'avaient semés nos pères. 
Avec fierté chantons notre pays ! 
Mes amis , etc. 

Après tant de siècles d'attente, 
De combats , de sang et de pleurs , 
Voici venir mil huit cent trente 
Et l'étendard aux trois couleurs. 

Loin de l'orage il flotte dans l'espace ; 

Maint exilé s'abrite sous ses plis. 

Drapeau sacré, mon cœur bat quand il passe 

Mes bons amis , chantons notre pays ! 
Mes amis, etc. 

Luttons-nous ? Sans donner l'alarme 

La cloche sonne le matin ; 

Le débat s'ouvre, et pour seule arme 

Le Belge a pris son bulletin. 
Et si jamais la lutte s'envenime, 
Si la colère égare les partis, 
Pour nous sauver, comme un phare sublime, 
Dieu montrera le drapeau du pays ! 
Mes amis, etc. 

Petit pays ! On le contemple : 

Il est grand par la liberté. 

Dieu le veut : nous servons d'exemple 

Au sein du monde épouvanté. 
Ah ! que la Paix , dont la lumière inonde 
Le sol si cher à nos cœurs attendris. 



f 

I • 

— 150 — 



Vienne éclairer tous les peuples du monde 
Il est si doux de chanter son pays ! 
Mes amis. 
Chantons notre pays ! 



— 151 



LE JOUR DES ROIS. 



COUPLETS A MA PETITE JULIETTE. 



Air : C'est un lanJa landerirette. — 20. 

Jour des Rois ! — C'est grande fête , 

Roi futur, futurs sujets, 

C'est le soir, la table est prête : 

Vite, prenons nos billets. 
Dieu ! je suis Fol, Juliette est Reine : 
Son trône sera mon genou : 
ma petite souveraine, 
Je suis heureux d'être ton fou ! 

Nul n'est, en ce jour prospère, 
Plus riche ou plus grand que moi , 
Car la marotte d'un père 
Vaut bien le sceptre d'un roi ; 

L'amour qui près de toi m'enchaîne 

Vaut bien les trésors du Pérou. 

ma petite souveraine, 

Aime toujours ton pauvre fou ! 

Sous ton règne plein de charmes 
La Liberté nous sourit : 
Point de garde tout en armes. 
Pas d'homme de cœur proscrit ; 
Sous ton règne enfin point de haine. 
Point de geôlier, point de verrou. 
ma petite souveraine. 
Que je suis fier d'être ton fou ! 



— 152 — 

Qua mes vœux la Providence 
T accorde, dans son amour, 
Les dons de Tintelligence 
Et le pain de chaque jour ! 
Longtemps pour alléger ta peine 
Dans ce bon siècle du gros sou. 
Que Dieu, petite souveraine. 
Laisse vivre ton pauvre fou ! 

Mais , à force de sagesse , 
Si tu doutais en chemin. 
Pour appui prends ma faiblesse 
Ton fou te tendra la main. 

Souvent à la raison humaine 

Un f(d a crié : Casse-cou ! 

ma petite souveraine. 

Écoute bien ton pauvre fou ! 

Ta mère parle... silence ! 
Pour te conduire au bonheur 
Ton père a peu de science. 
Mais ta mère a tout son cœur. 
Lorsque tu lui fais une chaîne 
De tes petits bras à son cou, 
ma petite souveraine, 
Je suis heureux d'être ton fuu ! 



Janvier 1850. 



— 1D3 — 



A AUGUSTE PIOT, 



PEINTRE D aiSTOIKK , A PARIS , 



en lépon.-c à la ilianson qu'il m'a adressée. 



Air : En amour comme en amitié. — n. 



Une chanson ! lorsque déjà par toi 

Mon petit livre a franchi la frontière : 

De ton pinceau dans ta plume pour moi 

Tu fais passer ton àme tout entière ! 

Au doux refrain que tu mas dédié, 

Les yeux en pleurs... — qu'importe quon en glose? 

J'ai dit soudain : Je suis donc quelque chose , 

Puisque mes vers inspirent l'amitié, [bis.) 

En ce moment je tressaille à ta vuix , 
Ancien ami... que je viens de connaître : 
N'est-ce pas trop de bonheur à la fois ? 
Hier l'ouvrier chantait sous ma fenêtre. 
Quand les Judas s'en font un marchepié, 
En l'ouvrier , oui , l'ouvrier peut croire : 
Qu'ai-je besoin d'honneurs , qiumd j'ai la gloire 
De voir mes vers inspirer l'amitié . 

Longtemps Paris, à son foyer brûlant 

Qui fait éclore et croître le génie. 

Te déroula, pour grandir ton talent. 

Des chants divins , ruisselants d'harmonie ! 

A ces trésors tu fus initié, 

Et je croirais, — car je sais ma faiblesse, — 



— 154 — 

Que tes couplets se sont trompés d'adresse. 
S'ils n'étaient point l'œuvre de l'amitié. 

Contre l'envie, à l'instinct malfaisant, 
Si j'ai lutté, dans ma modeste vie, 
mon ami, c'est que le ver luisant 
Semble une étoile aux regards de l'envie. 
Les envieux !... je les prends en pitié. 
Si contre moi leur rage se rallume. 
Je ne veux plus les frapper de ma plume. 
Puisque mes chants inspirent l'amitié. 

Pour me parler en vers délicieux 
Le peintre un jour daigne quitter sa toile , 
Et pour l'ami, comme pour l'envieux, 
Le ver luisant se transforme en étoile. 
Dans ta chanson l'éloge est de moitié. 
C'est ta bonté qui t'aveugle et me nomme : 
Toujours l'artiste est au niveau de l'homme. 
Et je suis fier, fier de ton amitié. 

mon ami , mon père était Français : 
Puis-je me plaindre, en ma reconnaissance, 
Que ta chanson me loue avec excès ? 
Elle m'apporte un écho de la France. 
De tes couplets l'éloge est oublié : 
Tout au bonheur que par toi Dieu me donne. 
Mon cœur s'exalte et ma lyre résonne... 
Et je bénis les vers de l'amitié. 



Juillet 1849. 



— 155 — 



MON BON CURÉ, PRENEZ BIEN GARDE A VOUS! 



Couplets à l'aiitpiir do VArmonnque dé Mans, qui, fl.ms «es puMicalioiis de \W^ 
et IHW, daigîKî parler avec clogc de mes c!;anî>ons. 



Air du Carnaval. — o. 



Dieu, qu'ai-je lu! UArmonaque me nomme 

Avec éloge une seconde fois. 

Par ses amis on peut juger dun homme : 

Mon bon curé, vous aurez sur les doigts. 

Poète obscur qu'un mot de vous éclaire. 

On veut me lire et j'en tremble pour nous. 

Votre almanach m'a rendu populaire : 

Mon bon curé , prenez bien garde à vous ! [bis.) 

J'aurais voulu vous parler , en poëte , 
Dans ce patois que tout Montois chérit , 
Mais, comme vous, pour être simple et bête. 
Non, je n'aurai jamais assez d'esprit. 
Sur des mots durs votre esprit se promène 
Comme un ruisseau roulant sur des cailloux : 
Je vais troubler son courant qui m'entraîne. 
Mon bon curé , prenez bien garde à vous ! 

J'eus pour Sorbonne une école primaire. 
Pauvre Campion, j'aime à penser à toi (i) ! 
Plein de savoir, cœur chaud, regard sévère. 
Tel que je suis il était fier de moi. 



(1) Pierre-Louis Campion, in^tilutcur primaire, décède à Mons le 26 décembro 
I8W, à l'âge de quarante-neuf ans. 



— 156 — 

Lorsqu'à des vers j'avais mis mon paraphe , 
Plus que l'auteur il s'en montrait jaloux : 
Il corrigeait mes fautes d'orthographe ! 
Mon bon curé , prenez bien garde à vous î 



Pour me placer si haut, sans ironie. 
Où votre goût va-t-il donc se nicher ? 
Hier je planais avec maint grand génie 
Juste au niveau du coq de mon clocher. 
Robuste oiseau, dans son essor agile. 
Votre almanach du vent brave les coups 
Descendez-moi, ma muse est si fragile : 
Mon bon curé, prenez bien garde à vous 



.- » 



Ah ! dans l'espace où l'amitié m'égare 
Si vous saviez quel vertige est le mien î 
Fol, éperdu, je crains le sort d'Icare : 
Mon bon curé , là-haut tenez-moi bien ! 
Car si je tombe et ferme les paupières. 
Pour mon repos vous devrez, entre nous, 
Gratis , hélas ! dire tant de prières ! 
Mon bon curé , prenez bien garde à vous î 



157 — 



LA MERE DU SOLDAT. 



Chanson ('crile sur ralLnm d'ANDRi: Van HaSSELT. 



Musique de M. Jules Denefve. — 4:,. 



Charmants oiseaux que mon fils a vu naître , 
Charmante fleur quil planta de .sa main, 
Pour le revoir en vain par la fenêtre 
Mon regard plonge au détour du chemin. 
On me l'a pris pour les rangs de rarmée : 
Je crois encore entendre le tambour ! " 
— Et les oiseaux et la fleur embaumée 
Avaient des chants et des parfums d'amour. 



" Il était beau ! folle ! j'en étais fière ! 
» Que ne vint-il au monde contrefait ! 
" Quand il quitta notre pauvre chaumière, 
» En l'embrassant chaque voisin pleurait. 
" On l'aimait tant ! j'en étais tant aimée ! 
'» Comme il plaisait aux filles d'alentour ! » 

— Et les oiseaux, etc. 

» Est-il vivant? n est-il plus?... ù torture! 

'' De mon enfant j'entends toujours l'adieu ! 

" Non, ceux qui font tuer la créature 

" Ne sont pas faits à l'image de Dieu. 

" Dieu dit : Amour ! — Guerre ! dit un pygmée. 

" Et moi, j'attends en ce triste séjour 1 « 

— Et les oiseaux, etc. 



— 15S — 

'■■ Dans sou enfance, ardente à le poursuivre, 
•• La mort semblait le marquer de son sceau, 

- Passant les jours à travailler pour vivre, 
'» J ai bien des nuits veillé sur son berceau, 
V Vieille , à ses soins j étais accoutumée 

•^ Car il devait me soigner à son tour ! --^ 

- Et les oiseaux , etc. 

" Oiseaux, chantez : de vos chants, à cette heure, 

•' Vos gais petits se font les doux échos ; 

•• Fleur du printemps, parfumez ma demeure : 

- Sur votre tige un bouton est éclos. 

M Seule , au bonheur ma pauvre àme est fermée ! 

- Mon cher enfant reviendra-t-il un jour ? •• 

- Et les oiseaux et la fleur embaumée 
Avaient des chants et des parfums d amour. 



1849. 



— 159 



A MM. HENRI CARION, BARROIS DE GRAMMONT 

ET A. MARULAZ, 



venus de Cambrai pour niR voir avec mon ami AUGUSTE PlOT , 
qui leur avait dit mes chansons. 



Air : Échos des bois errants dans ces talions. — 2g. 



Echo puissant de mes timides sons, 

La voix d'Auguste est d'un prestige immense 

A des Français il a dit mes chansons, 

Et pour me voir ils sont venus de France î 

S'ils m'ont trouvé pour me tendre la main, 

C'est qu'un ami les guidait en chemin. 



{ [bi^-) 



Pour me grandir, au plus faible couplet, 
Il aura mis un rayon de son âme. 
L'artiste alors m'entourait d'un reflet 
Qu'on aura pris de loin pour une flamme. 
Vous qui veniez pour me tendre la main , 
Sa voix en cor vous charmait en chemin. 

On voit la mousse aux vins les plus brûlants , 

Mousse aux flots purs qu'avec peine on apaise ; 

Ainsi le cœur a les plus chauds élans 

Sous le léger de la gaîté française. 

Un ami parle , et pour m'offrir la main , 

De bons Français le suivent en chemin. 

Sans hésiter j'acceptai tant d'honneur. 

A mon orgueil au moins n'allez pas croire ! 



— 160 — 

Vous m'apportiez la gloire et le bonheur : 
J étais htureux : je n'ai point vu la gloira ! 
Il me semblait rencontrer en chemin 
D'anciens amis qui me prenaient la main. 

Non , ce n'est pas l'orgueil qui m'animait ! 
"Vous arriviez de la France si chère. 
Je sais combien mon vieux père l'aimait : 
Si vous saviez combien j'aimais mon père ! 
Du haut des cieux, il guidait en chemin 
Ces bons Français qui m'ont tendu la main. 

A ces amis dans mon àme , avec feu , 

Je veux garder un souvenir suprême : 

Point n'ai besoin qu'on m'admire, ù mon Dieu ! 

Mais , o mon Dieu ! j'ai besoin que l'on m'aime ! 

S'ils m'ont trouvé pour me tendre la main, 

C'est que leur cœur les guidait en chemin. 

Décembre 184P. 



— ICI — 



COUPLETS 



clmnlos ail Itanquet offert à l'auleur, à Mon^, le 20 mai 18^0. 



Air : En amour comme en amitid. — 44. 



Je viens masseoir à ce banquet nouveau : 

Il m est offert dans ma cité chérie. 

Ma mère vint y poser mon berceau : 

Je n'ai jamais connu d'autre patrie. 

Jugez pour moi combien ce jour est doux : 

Vous m'appelez ! — Mon cœur bat , mon œil brille , 

Car en ces lieux je me crois en famille : 

Je suis heureux de chanter avec vous, {bis.) 

Nul parmi vous ne m'accueille à demi 

A cette fête où ma joie est immense, 

( )ù dans chacun je rencontre un ami , 

Et dans plusieurs un compagnon d'enfanc(». 

L'émotion ici plane sur nous. 

Car nous avons , nous que le sort rassemble , 

Aimé, souffert, espéré tous ensemble : 

Je suis heureux de chanter avec vous. 



Un verre, amis, un verre à l'ouvrier : 
Chacun ici voudra vider son verre. 
Couvrons d'honneur Thonnète tablier : 
Moi, je suis fier de celui de mon père ! 



12 



— 102 — 

Les ouvriers par moi vous chantent tous : 
Ils ont au cœur un orgueil légitime 
Quand à l'un deux vous montrez tant d'estime 
Je suis heureux de chanter avec vous. 



19 mat 1850. 



— 1G3 — 



REPONSE 



a un Inast i)Oité par des officiers de rarméc aux lionnétos ouvriers. 



Air de la Sentinelle. — ii. 



Quoi ! VOUS buvez aux dignes travailleurs , 
Et c'est le cri dune âme grande et vraie : 
Dès quun chômage a fait couler des pleurs, 
Chacun de vous ofl're un jour de sa paie. 

A votre toast, nobles soldats. 

Je répondrai sans flatterie : 

Du pays vous êtes le bras, 

Mais comme nous, netes-vous pas 

Aussi le cœur de la patrie , 
De la patrie ! 

Dans mes refrains j'ai tant chanté la paix. 
Dans mes refrains j'ai tant maudit la guerre ; 
Mais croyez bien que je l'appellerais 
Pour conserver la liberté si chère ! 

Ma lyre, en de pareils combats. 
Du canon aurait la furie. 
Alors nous serions tous soldats : 
La tète , le cœur et le bras , 
Ah ! tout serait à la patrie , 
A la patrie ! 



3 juin 1850 



— 101 — 



LES I-IPIS. 



FA RLE. 



Air : Tovt le lonff de la rivière. — 2:.. 



Un haut épi , des plus hautains , 
Traitait tous les autres de nains : 
Bien qu'en tout il parût burlesque . 
C'était un épi gigantesque ! 
Il eût fait honte, en son essor, 
Au plumet d'un tambour-major. 
Mais (à ces mots mon œil devient humide) , 
Cet épi si haut n'était qu'un épi vide , 
Hélas ! c'était un épi vide. 

— " Qui là-bas marche de travers 

•' Sous le lourd fardeau de ses vers ( 
•• C'est un fruit de l'Académie : 
V Adieu donc , Moisson , n ma mie ; 
•' Je vais rejoindre cet auteur 
•' Qui sut se mettre à ma hauteur ! 
• De parvenir aussi je suis avide. •• — 
Ainsi s'exprimait cet épi fier et vide. 
Ainsi ])arlait (M^t t'pi vide. 

Un faucheur vint (c'était la Mort,) 
VA dit : '' Pounpioi crier si fort ^ 
" Réponds, ù vaine créature, 

- A quoi sers-tu dans la nature l 



— 105 — 

• Au soin (le ton vaste néani , 
" Dieu ne t'apereoit pas , géant î 
Mais il sourit au plus humble qui passe 
Quand d'un peu de bien il laisse ici la trace, 
" Dieu sourit à l'humble qui passe î " 



2i juin 18ÔU. 



— 160 — 



AH! LAISSEZ-MOI CHANTER AU COIN DU FEU, 



Air du Carnaval. — o. 



Je le sens bien , c'est trop de sérénades , 
Trop de banquets donnés par lamitié : 
mes amis, mes anciens camarades. 
Tel que je suis laissez-moi par pitié ; 
Pour moi toujours votre cœur est le même : 
Faut-il tout haut m'en faire ainsi l'aveu ? 
Par trop delan on nuit à ceux qu'on aime : 
Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu. [bis.) 



Oui , laissez-moi mon humble solitude ; 
Dans vos banquets trop vite mon cœur bat. 
Vous me forcez à tant de gratitude 
Que malgré moi vous me rendrez ingrat. 
Jusqu'à présent du mot reconnaissance 
Le chansonnier ne s'est pas fait un jeu : 
Dieu ! j'oubliais ceux qui m'aiment en France ! 
Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu. 



lîons ouvriers, éj)ari:nez-moi de irràce. 
"Vous m'avez fait un manteau de géant : 
Dans ses longs plis si mon pied s'embarrasse. 
Je vais , hélas ! rentrer dans le néant. 
N'étouffez pas les ac^'ords de ma lyre ; 
Je voudrais tant vous éclairer un peu : 
Quand j'ai pour vous tant de choses à dire. 
Ah î laissez-moi chanter au coin du feu. 



— 167 — 

De nos soldats la voix aussi me crie 

Qu'en moi l'auteur remplit bien son mandat , 

Pour quelques vers donnés à la patrie : 

Non , rien n'est bon comme un cœur de soldat ! 

Pour me fêter ils déposent leurs armes. 

Ils sont du peuple encor sous lliabit bleu. 

A leurs accents j'ai versé tant de larmes : 

Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu. 

Bons ouvriers, soldats de notre armée. 
J'entends encor vos hvmnes si touchants : 
Deux autres voix dans mon âme charmée 
Mêlent soudain leurs échos à vos chants. 
Tendres échos ! quel doux nom ils épellent ! 
Plus que la gloire ils sont chers , ô mou Dieu ! 

— Ce sont, amis, mes enfants qui m'appellent 
Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu. 

Un faible oiseau chantait sur une branche, 
Près de son nid , à quelques pieds du sol ; 
Un aigle approche , il écoute et se penche , 
Et sur les monts l'emporte dans son vol. 
L'aigle s'écrie : •• Au sein de l'étendue 
Règne avec moi : chante près du ciel bleu. « 

— Si loin du nid sa voix était perdue ! 

— Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu. 



— ll)-^ — 



LA PLUME D'Oll. 



A LA SOCIÉTÉ i>E CHOEURS : Les Ouvricrs monlois. 



Musique de M. Hippolyte Héro. — 46. 



lions ouvriers , leur cœur est dor aussi î 
Présent si noble et si digne d'envie, 
plume d"or , pour leur dire merci , 
Je veux te prendre une fois dans ma vie : 
Plume chérie, écris entre mes doisrts 



Pour la première et la dernière fois. 



I [bis. 



Ma main hésite et te guide en tremblant ; 
Et c'est pourtant le bonheur qui m'anime. 
Non, je ne puis élever mon talent 
A la hauteur d'un tel gage d'estime ! 
Plume chérie, etc. 

Le ixniple, lui, ne l'ait rien à demi : 

En écrivant la chanson populairi' , 

A l'ouvrier je parlais en ami, 

Va l'ouvrier me répond comme un frère. 

Plume chérie, etc. 

Des travailleurs je tiens ma plume d'or. 
De leur famille elle est aussi riiommaue : 
Les braves gens! pour payer ce trésor. 
Ils épargnaient dans leur petit ménage. 
Plume chérie, etc. 



— ino — 

Du calme heureux (lui charme mon séjour, 
Si Dieu voulait que je dusse descendre. 
Relique sainte, on me verrait un jour 
Mourir de faim plutôt que de te vendre ! 
Plume chérie, etc. 

Si par mon nom tu ne peux ici-bas 
Sortir du coin où ma nuise t'entraîne , 
Mon nom du moins ne te flétrira pas : 
Ma voix jamais ne prêchera la haine. 
Plume chérie, etc. 

Je te suspens, haute marque d'honneur, 
Dans riiumble asile où mon étau résonne : 
Quand l'ouvrier y trouve le bonheur , 
Garde toujours la place qu'il te donne. 
Plume chérie, écris entre mes doigts 
Pour la première et la dernière fois. 



1851 



— 170 - 



LES CHANTS DU TÀYS. 



COUPLETS A ACHILLE JUBINAL. 



Air du Carnaval. — o. 



Dans ton pays ta voix noble et puissante 
Se fait l'amie et lecho de nos voix : 
Le chansonnier, muse reconnaissante, 
Te parle au nom des poëtes montois. 
Pour le plus faible on a plus d'indulgence : 
Mon cœur me dit de parler : j'obéis. 
Echo si doux qui les portes en France, 
Redis encor les chants de mon pays, {bis.) 

De nos auteurs daigne élargir la route : 
Ne sont-ils pas nos frères bien-aimés ? 
Flamands, Wallons, dans le cercle du doute 
Pendant longtemps on les a renfermés. 
Brise autour d'eux la fi-oide indifï'érence : 
Révèle au jour leurs trésors enfouis : 
Echo si doux , etc. 

Que de frondeurs à h^iière nature. 

Gens qui de tout décident sur un mot , 

Avaient nié notre littérature. 

Ou la montraient dans les strophes d'un sot î 

Mais ta justice a repris la balance. 

Et la Belgique est Hère de ses lils ! 

Echo si doux, etc. 



— 171 — 

Petit ou grand, nul peuple sur la terre 
N a seul le lot des talents merveilleux ; 
Pour le génie il nVst point de frontière : 
Dieu n a pas mis de douane dans les cieux î 
Sa main splendide ouvre à l'intelligence 
L'immensité du monde des esprits. 
Écho si doux qui les portes en France, 
Redis encor les chants de mon pays. 



— 17-J — 



' LE RETOUIl DE PALUS. 



COUPLETS A M -N AMI ACHILLE J U B I N A L 



Air : Mon père était pot. — 47. 



Ami , voilà mon nom , par toi , 

Lumineux comme un phare 
Ta renommée a tait pour moi 

Retentir sa fanfare. 

(rrand Dieu ! si l'orgueil 
Était mon écueil. 

Sur moi quel anathème ! 

Non, non, me voici : 
Dieu m'a fait ainsi , 

Je suis toujours le même. 

Tes amis, glorieux succès. 
Dans ta France chérie. 
Mont sacré poète français 
Aux yeux de ma patrie. 
Près de mon étau , 

Au bruit du marteau , 
Après un tel baptême. 
Moi , je chante ici : 
Dieu , etc. 

J'étais, au retour de Paris. 

Rien (pie j'aime la France. 
Heureux de revoir le ciel gris 

Des lieux de mon enfance. 



— 17:^. — 

Mon cœur y renaît , 
Chacun m'y connaît. 

J'en sais plus d'un qui m'aime. 

Je les aime aussi : 
Dieu , etc. 

Ce monde est plein d'infirmités, 

De natures informes : 
Pour dix petites qualités , 

J'ai vingt défauts énormes. 

Mais Dieu , par bonheur , 
M'a donné du cœur 

Dans sa bonté suprême. 

mon Dieu , merci ! 
Tu m'as fait ainsi ; 

Je suis toujours le même. 



1851, 



— 174 — 



LA FOURMILIÈRE. 

Air : A coups et 'pied, à coup cV poing. 



— 48. 



A tout Dieu donnait une voix. 
Seul, je rêvais au fond du bois, 
Assis sur l'herbe printanière , 
Quand je vis d'un tout petit trou , 
Vingt fois moins grand qu'un petit sou , 
Sortir, amis. 
Un peuple de fourmis : 
Oh ! la drôle de fourmilière ! 

Jusque dans le moindre détail 

L'ordre présidait au travail 

De la peuplade tout entière ; 

N'ayant pas d'intérêt jaloux , 

Chacun songeait au bien de tous. 
mes amis , 
Les drôles de fourmis , 
Oh ! la drôle de fourmilière ! 

Un autre peuple indépendant 
Non loin travaille, et cependant 
Point de douaniers à la frontière ; 
Chacun échaugo librement 
Houille, bétail, vin et froment. 
mes amis , etc. 

Un insecte avec son ûirdeau 
Glissa dans une goutte d'eau : 
Pour lui c'était une rivière. 



— 175 — 

Soudain tout le monde arrivé 
Fait la chaîne : un frère est sauvé ! 
mes amis, etc. 

La mort frappe un des travailleurs 
Et son enfant verse des pleurs : 
Le voilà sans père ni mère. 
L'enfant , sublime charité ! 
Par la peuplade est adopté. 
mes amis, etc. 

Au souper un vieil ouvrier 
Qui ne pouvait plus travailler 
Des parts de tous eut la première ; 
Plein de respect pour ses vieux ans. 
On soutenait ses pas tremblants. 
mes amis, etc. 

Puis, le soir venu, les fourmis 
Avant de rentrer au logis 
En commun ont fait la prière : 
C'était un petit chant si doux 
Que je me suis mis à genoux. 
mes amis, etc. 

Et le cœur tout gros je me dis : 
Mais les infiniment petits 
Aux grands porteraient la lumière. 
Ah ! que nous sommes loin de Dieu ! 
Quand pourrons-nous vivre en ce lieu 
Heureux, amis. 

Ainsi que les fourmis 

Dans chaque humaine fourmilière ^ 



1851. 



176 — 



LA MESSE DU SAINT^.SPRIT. 



1851. 



AïK (le la Sentinelle. — 31. 



De beaux enfants, au regard triste et doux. 
Disaient entre eux en allant à 1 école : 
" Notre curé n'invoque point pour nous 
•• Le Saint-Esprit, par sa haute parole. 

Nul de nous, dans l'ardeur du jeu. 

Ce matin n'a peiné sa mère ! 

Et l'on nous ferme le saint lieu : 

Qu'avons-nous donc fait au bon Dieu 

Pour refuser notre prière, 
" Notre prière ? •' 

Priez, enfants, leur dis-je alors tout bas. 
Un jour le Christ, toujours bon pour les autres 
Vit des enfants qui couraient sur ses pas 
Et que voulaient repousser ses apôtres. 
— •• Les chasser, je vous le défends, 

• Dit le Christ : auprès de mon père 

• Les faibles seront triomphants ! 

• Venez à moi, petits enfants. 
'• .l'accueillerai votre prière, 

'• Votre j)rière ! •' 

N'accusez point de l'erreur des prélats 
L'iunnble pasteur (pii vous guide et vous aime ; 



4 



177 



Priez, enfants, ne leur en voulez pas : 
Soyez cliréiiens malgré leur anatlième. 
" Plaipiiez-les , ils sont malheureux : 
" Que Dieu leur rende la lumière ! 
- Enfan-ts , cœurs vrais et généreux , 
" Ah ! priez le bon Dieu pour eux : 
•• Il entendra votre prière, 
" Votre prière ! « 



13 



à 



— ITS — 



COUPLET. 



Air de la Sentinelle. — 3i. 



Grands discoureurs, géants de la raison, 

Qui , du chaos d une lutte inféconde , 

Faites surgir des chartes à foison , 

Changez les mœurs, vous changerez le monde. 
Qu'un frère demande son lot. 
De son honneur pesez la somme ; 
L'honneur seul régnera bientôt 
Et vos chartes n'auront qu'un mot : 
Notre peuple , c'est l'honnête homme , 
L'honnête homme ! 



1848. 



170 — 



CE QUE VEUT L'OUVRIER. 



Musique de M. Hippûlyte Ilcro. — jo. 



Que l'ouvrier, en sa rude sagesse, 
Montre le but qu'il poursuit aujourd'hui : 
Qu'on sache ])ien qu'il maudit la paresse 
Et ne veut pas ce qui nest point à lui. 
Son cœur l'éveille à l'heure de l'ouvrage 
Il ne pourrait vivre sans travailler ; 
Manger le pain qu'il doit à son courage, 
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier. 

Sans se jeter avec des cris de haine , 
Comme un fléau sur la société. 
L'ouvrier pur n'exclame à gorge pleine 
Que deux mots saints : travail et liberté ! 
Mais dans ses yeux lorsque la fièvre brille 
Ou quand l'hiver a fermé l'atelier , 
Un peu de pain pour nourrir sa famille,- 
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier. 

Honte à ce siècle! Il fait encor la guerre. 
Quand le tambour les appelle en passant, 
Le fils du pauvre , hélas ! quitte sa mère ; 
Le fils du riche achète un remplaçant. 
Coutume horrible, à jamais sois flétrie : 
Que riche ou pauvre on doive tous payer 
L'impôt du sang qu'exige la patrie ! 
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier. 



I ihis.) 



— 180 — 

Si lartisan veut sortir de sa sphère , 

De vos grands airs, siècle, cest là le prix : 

L'enfant rougit du métier de son père , 

Car ce métier nobtient que vos mépris. 

Loin que ce soit l'habit seul qu'on renomme, 

Ou sous la toge, ou sous le tablier, 

Dans l'homme enfin qu'on n'estime que l'homme ! 

Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier. 



Non, l'ouvrier ne veut pas de l'époque 
A son profit absorber les pouvoirs ; 
Enfant de Dieu, lorsque sa voix l'invoque. 
Comme ses droits il comprend ses devoirs. 
L'erreur flétrit, la lumière féconde : 
A ses regards, hommes, laissez briller 
La vérité qui sauvera le monde 1 
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier. 

Maints généraux qui n'ont point vu la guerre , 
Maints remplisseurs d'inutiles emplois , 
Si grassement payés pour ne rien faire , 
Devenus vieux ont pensions et croix. 
Et dans cet or qu'on gaspille sans cesse 
Trouver un jour, sans l'aller mendier. 
Le pain sacré qu'on doit à sa vieillesse , 
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier. 



Oui, l'ouvrier sait bien que la soutlrance 
Est notre lot à chacun ici-bas ; 
Que le bonheur est tout dans l'espérance , 
Qu'à l'homme enfin le pain ne suffit pas. 
Ah ! de son cœur n'étouff'ez pas la flamme , 
Au joug des sens n'allez pas le lier : 
.lusfiues à Dieu faites monter son àme ! 
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier. 



— ISl — 

I 

Puissants du jour, de la commune cause 

N écartez pas l'ouvrier en sarrau ; 

Qu'il soit par vous compté pour quelque chose : 

Faites enfin un chiffre d'un zéro ! 

Ne craignez rien en lui que l'ignorance, 

Dans son cœur pur l'honneur est tout entier : 

Donnez l'essor à son intelligence : 

Voilà , voilà ce que veut l'ouvrier ! 

Juin 1848. 



» 



182 



LIVROGNE. 

Air : En avant , Fan fan la l^dipe. — 50. 

Hier, malgré notre détresse, 
Jérôme , encor tu r vins gris ; 
Et des coups de ton ivresse. 
Vois... mes bras sont tout meurtris. 
Tes enfants, en ta pauvre demeure. 
Pour leur mèr te suppliaient en vain ! 

Ils d'mandaient du pain, 

Du r vers de ta main 

Tu frappais. 

Je pleurais 

Comm' je pleure ! 

— Ouvrier, 
Agis comme 

Un brave homme, 
Pour crier : 
Honneur au tablier ! 

Loin que ton retour amène 
Le bonheur en ce séjour. 
Le prix de six jours de peine 
Tu le bois en un seul jour ! 
Chaque soir tes enûints et ta femme, 
Comm' si tu n pouvais plus travailler. 

S'en vont mendier 

L' pain (ju' tu sais gagner : 

Artisan , 

Conviens-en, 

C'est infâme ! 

— Ouvrier, etc. 



— 18:{ — 

Tes actions sont contraires 
Aux princip's que tu défends : 
Tu dis qu' les liomm\s sont tous frères 
Et tu frappes tes enfants. 
Ton garçon et ta petite fille 
Devant toi tremblent à mon cùté : 

Par fraternité, 

J aim' riiumanité ; 

Mais, sans r'mord, 

J'aim' d'abord 

Ma famille. 

— Ouvrier, etc. 

Tu veux qu' celui qui sait lire , 
Riche ou pauvr , soit électeur ; 
Jérôme, il faut donc f instruire 
Et surtout former ton cœur. 
Au lieu d' boir, lis avec moi, Jérôme, 
L'Evangir que je lis si souvent ; 
Tu diras content : 
" Tout comme un savant, 
" Sans m' flatter, 
" J' puis voter : 
" J' suis un homme ! " 

— Ouvrier, etc. 



Au commenc'ment d' notr mariage. 
Tu n'avais pas c' vice affreux : 
Song dans notr' petit ménage 
Combien nous étions heureux. 
Nous avions, pour nous promner F dimanche 
C que pour vivr' nou§ avons mis en plan : 

Ton pantalon blanc. 

Ta montre d'argent. 

Ton castor. 

Ma croix d'or, 



— 181 — 

Ma rob' blanche î 

— Ouvrier, etc. 

Qnéqu Judas, pour mes alarmes. 
Aura gâté ton cœur dor... 
Quoi, Jérom\ tu vers's des larmes : 
J' puis donc espérer eucor ! 
Cach" tes pleurs , car nous te ferions grâce 1 
Est-c' possibr , quoi ! Jérôm' nous r Viendrait ? 

On te chérirait. 

On t'embrasserait... 

Tout est dit : 

On t' chérit. 

On t'embrasse ! 

— Ouvrier, etc. 

— Entants, bénissez votr' mère. 
J' n'irai plus, com*ie autrefois. 
Puiser dans le fond d'un verre 
L'éloquence de nos droits ! 
Plus de coups , car plus de liqueurs fortes ! 
A chaqu' frèr' qu'abrutit la liqueur. 
Je crh'ai du cœur : 
^- Rehauss' par l'honneur, 
" Ouvrier, 
*' L' tablier 
" Que tu portes ! 
" — Ouvrier , 
•' Agis comme 
" Un brave homme, 
" Pour crier : 
'• Honneur au tablier! ^- 



ivril 1840. 



— 185 — 



FLAMANDS, WALLONS. 



CHŒUR. (1) 



Belges, chantons : Dieu reçut nos serments! 
Les vieux échos de basses infamies , 
Pour diviser les Wallons , les Flamands , 
En font encor deux races ennemies 

Halte-là! sur nos bataillons 

Le même étendard flotte et brille. 

Soyons unis!... Flamands, Wallons, 

Ce ne sont là que des prénoms ; 

Belge est notre nom de famille. 
De famille! 

Flamands, Wallons, en secouant les fers 
Dont les chargeait le Temps aux mains ridées , 
Ont su traduire en langages divers 
Les mêmes lois et les mêmes idées : 
Sur la liste des nations 
Un nom de plus se grave et brille. 
Soyons unis , etc. 

Pour agrandir quelques vastes États, 
Si contre nous l'on brûlait une amorce , 
Flamands, Wallons, nous serions tous soldats 
Au cri sacré : L union fait la force ! 



Il) Ces Irois couplels, dont M. Dclaiiiioy a lail un cliuur. dovciui |)0|)ulairc a 
Mons et dans le Borinage, sont cxliails de la cliaiiiion intitulée : Le iS'om de 
Famille, rcponsp d'iin Belt'e aux journaux alioinauds. 



— 186 — 

Qui de nous craindrait les canons ? 
Dans les cieux la liberté brille! 
Soyons unis!... Flamands, Wallons, 
Ce ne sont là que des prénoms; 
Belge est notre nom de famille. 
De famille. 



— 187 — 



LE PARESSEUX. 

Air : Suzon sortait de son village. — 51. 

Pierre , dans ta fainéantise , 
En priant dun air inspiré, 
Tu. viens mendier dans l'église. 
Pierre, crois-en ton vieux curé : 

Fuis la paresse. 

Dans ta jeunesse 
Relève-toi comme un homme de cœur ; 

Remplis ta tâche , 

La voix d'un lâche 
N'arrive pas au trône du Seigneur ! 
Même prosterné sur la pierre 
Tu fais la honte du saint lieu : 
Le travail est aux yeux de Dieu 

La meilleure prière ! (bis.) 

Jean, ton frère est mort, et sa veuve, 
Hélène , pour manger du pain , 
Sous le poids d'une telle épreuve , 
N'a pas encor tendu la main. 

Suis son exem.ple , 

Quand dans ce temple 
Dans tes haillons sans pudeur tu t'étends, 

Par fierté d'âme 

La sainte femme 
S'épuise , hélas ! pour nourrir ses enfants . 
Elle mourra, la pauvre mère, 
Si tu ne vas l'aider un peu. 
Le travail, etc. 



— 18cS — 

A renfant (jne l'on abandonne, 
A l'ouvrier tout mutilé, 
Songes-y , le pain qu'on te donne , 
Pierre , c'est du pain volé î 

Ce mot te peine : 

Vite, d'Hélène 
Sois le soutien , et tout est pardonné î 

Qu'en ton délire 

Tu puisses dire : 
Comme il est bon le pain qu'on a gagné 
Et de ton bonheur sur la terre 
Tu me feras bientôt l'aveu. 
Le travail, etc. 

Et quand la mort viendra te prendre 
Tu verras, avant de finir. 
Un ange de paix pour tattendre 
Et des parents pour te bénir ! 

De leurs alarmes 

Les chaudes larmes 
En tattristant charmeront tes douleurs : 

Ton mot suprême 

Sera : '^ L'on m'aime ! " 
Et tes neveux s'écriront tout en pleurs : 
- Travaillons pour réjouir Pierre, 
" Pierre qui nous a dit adieu ! 
•' Le travail est aux yeux de Dieu 

" La meilleure prière ! •• 



Mai 1849. 



— IW» — 



LES CAISSES DE RETRAITE 



LRS OUVRIERS NE .SONT PAS DES INGRATS. 

Musique de M. JiOefi Denefce. — 52. 

Bons travailleurs , chantons ; ma lyre est prête 
Écho du peuple elle doit tressaillir : 
On a voté nos caisses de retraite : 
Les ouvriers pourront enfin vieillir, {bis). 
Quand le pouvoir à nos vœux est propice , 
Lorsque pour nous il ouvre les débats , 
Nous bénissons un acte de justice. 
Les ouvriers ne sont point des ingrats. 



{hh. 



Répondez tous au transport qui m'anime : 
Lorsque sa voix monte à l'autorité , 
Dans l'apostrophe où l'artisan s'exprime , 
Avec rudesse il dit la vérité. 
Puisque tout haut il lance la satire, 
Pourquoi tout haut ne dirait-il donc pas 
La vérité quand elle est douce à dire ? 
Les ouvriers, etc. 

Les ouvriers furent , dans un autre âge , 
Déshérités comme les pauvres noirs : 
Quand de leurs droits on déchirait la page. 
On surchargeait celle de leurs devoirs. 
Mais le présent a des jours plus prospères : 
Que nos enfants soient heureux ici-bas. 
Nous oublions les tourments de nos pères. 
Les ouvriers, etc. 



— 190 — 

Maint peuple encor doit souffrir et se taire 
Ou le canon répond à ses accents ; 
Mais la Belgique est une bonne mère 
Qui veut donner du pain à ses enfants. 
Qu'on la menace, et que sa voix chérie 
Fasse un appel à nos coeurs, à nos bras ; 
Le sang d'un Belge est tout à la patrie ! 
Les ouvriers, etc. 

— '' Sois la fourmi qui jamais ne gaspille. 
" Tu vieilliras : fonde ton capital ; 
» Car l'ouvrier qui chérit sa famille 
" Ne devra plus mourir à l'hôpital. '» — 
Ah ! chaque mot de ce penser nous charme : 
Un ange au cœur nous le chante tout bas. 
Et pour réponse il reçoit une larme ! 
Les ouvriers, etc. 

Vous dont la main tient la puissance humaine , 
Puisez toujours au sentiment chrétien ; 
L'ange du mal s'accroupit dans sa haine 
Quand vous suivez ainsi l'ange du bien. 
Dans le chemin où sa voix vous, appelle 
Avec ardeur allez porter vos pas : 
Dieu vous sourit, et la route est si belle ! 
Les ouvriers ne sont point des ingrats. 



1849. 



— 191 — 



LA TIREUSE DE CARTES. 



Am : Une fille est un oiseau. — 53. 



" Marthe, voyons ce soir 

" Si le sort m'est favorable : 

" Les cartes sont sur la table 

" Ainsi que le café noir. 

" A mes vœux rien ne s'oppose : 

" Ma fille en son lit repose, 

« Marthe, et ma chambre est bien close. 

^ Si j'en dois croire Thomas, 

» Au cabaret il s'amuse, 

" Et je crains qu'il ne m'abuse. 

'» Marthe, ne me trompe pas! [bis.) 

» Thomas semble m'aimer tant 

» Et tu m'appris , chose étrange , 

" Que mon mari se dérange : 

" Il m'embrassait en partant ! 

» Thomas a beaucoup d'ouvrage , 

V C'est un homme de courage ; 

" Depuis notre mariage 

" Le bonheur suivait mes pas. 

" Mais, par toi, Marthe, je doute : 

" Parle, parle, je t'écoute : 

" Marthe, ne me trompe pas ! '• 

Marthe dit d'un ton moqueur : 

— " L'homme est plus léger que l'onde : 

« Votre époux aime une blonde : 

" Voici la dame de cœur. 



— 102 - 

•' Trois valets , ma pauvre Adèle , 
•^ M apprennent que linfidèle 
•' Pour la blonde se querelle : 
•". Que les hommes sont ingrats î 
" Vite, finissons nos tasses : 
•' Le café laisse des traces 
•• Qui ne me tromperont pas. •• 

— ". Buvons, Marthe, car il faut 
•• M éclairer par ta science. 

•• Marthe, un moment de silence : 

- Ma fille parle tout haut, 

•• Que son sommeil se prolonge. 
■' Pour moi l'enfant prie en songe. 
•• Ta science est un mensonge 
•• Qui megarait ici-bas. 
•• Dans ce rêve Dieu m'envoie 
^ Un rayon qui fait ma joie. 
" Mon mari ne revient pas ! 

— •' Femme je suis revenu. 
•• On m'accusait de la sorte 
•• Et j'écoutais à la porte : 
•• Adèle, on m'a prévenu. 

•• Ma tristesse était profonde ! 
" Mais Dieu d'un rayon t'inonde, 
•ï Quand par malheur en ce monde 

- Désormais tu douteras, 

" Songe à notre fille, Adèle, 
•• Fais ta prière comme elle : 
" Le bon Dieu ne trompe pas î ^ 



vxi 



LE PAYSAN. 



A m iVAristippe. — c. 



paysan à lalliire virile, 

Nerveuse main, pas pesant, Inimble front, 

Avec transport au milieu de la ville 

Les ouvriers, frère, te chanteront. {Im.) 

Ta joue est rouge et notre joue est blême ; 

Toi , c'est la force , et nous sommes lelan ; 

Dieu nous unit, car notre âme est la même. 

— Bons ouvriers, chantons le paysan, {bis.) 

L'homme esprit fort, hautaine créature, 
Dans son orgueil se consume en ce lieu ; 
Mais rhomme simple, enfant de la nature, 
Pénètre loin dans les œuvres de Dieu. 
La foi suprême à son âme ingénue 
Par le ruisseau révèle l'océan : 
Il a le don de la seconde vue. 

— Bons ouvriers, chantons le paysan. 

La cloche sonne au hameau : c'est dimanche. 

Un beau vieillard semble ouvrir le chemin 

A deux époux , à la figure franche , 

Tenant chacun deux enfants par la main. 

La cloche sonne , et la famille entière 

Vient en commun , aux pieds du Tout-Puissant , 

S'agenouiller dans sa sainte prière. 

— Bons ouvriers, chantons le paysan. 

14 



— 194 — 

Un paysan , dont le pauvre ménage 

Comptait déjà cinq filles, un garçon, 

Un soir d'hiver trouve sur son passage 

Un nouveau-né tout près de sa maison. 

Prenant Fenfant qui gémit sur la terre 

Et dont un crime est le sombre artisan : 

" Femme, dit-il, tiens... il n'a pas de mère! - 

— Bons ouvriers, chantons le paysan. 

Roi de rÉden , sa première patrie , 
Autour d'Adam rien ne devait périr. 
Au souffle impur sa grande âme est flétrie : 
Comme elle , hélas ! tout semble se flétrir. 
La terre en vain veut rester inféconde. 
Tant de sueurs tombent du front d'Adam ! 
Sublime enirrais , tu nourriras le monde : 

— Bons ouvriers, chantons le paysan. 

Quand sa charrue et ses bœufs dans les herbes 
Fouillent le champ qu'il a le droit, d'aimer , 
Que sont pour lui les rêves des superbes 
Si Dieu féconde où ses mains vont semer ? 
Mais, en héros, quand la guerre, en furie, 
Fond sur le sol ainsi que l'ouragan , 
Il dit soudain : « Le sol , c'est ma patrie ! •■> 

— Bons ouvriers, chantons le paysan. 

Quand d'un pays l'arbre immense s'incline 
Las de porter ses rameaux amaigris. 
C'est le plus humble , ainsi que la racine , 
Qui rend la sève à l'arbre du pays. 
Loin des cités où l'àme est asservie. 
Le peuple fort, libre, simple et puissant. 
De son cœur pur sent déborder la vie. 

— Bons ouvriers, chantons le paysan 



1850. 



— 10" 



LA PARTICULE. 



Air : Vautre jour le hiau Colas. — j4. 



•' Vieux gardien de la maison, 
Colas, toi qui mas vu naître. 
Je vais , en changeant mon nom , 
Te grandir avec ton maître. 

— Changer, dit tout bas Colas, 

L' nom d' son père , 

Ça n grandit guère. 
Changer, dit tout bas Colas, 
L' nom d' son pèr, ca n grandit pas. 

V Mon père avait nom Dûment , 
Cest du Ment que je me nomme : 
J obtiens, par ce changement. 
Un faux air de cjentilhomme. 

— Changer, etc. 

" J'illustre un nom roturier. 
Sans craindre le ridicule ; 
Quand mon voisin lepicier 
Tranche de la particule. 

— Changer, etc. 

" Devant certain malotru 
(T'avoùrai-je ma iaiblesse ?) , 
Pour faire passer mon du. 
Je décrirai la noblesse. 

— Changer, etc. 



— lOG — 

-^ Dans cette époque en renom. 
Les hommes, (progrès étrange,) 
Lorsque tout change de nom, 
S'imaginent que tout change. 

— Changer, etc. 

'1 Quelques-uns me railleront : 
Quel jour brillant n'a son ombre ? 
Mais les sots m'admireront : 
Les sots sont en si grand nombre ! 

— Changer, etc. 

» Peste soit des ignorants 
Qui blâmeraient mon paraphe ( 
Les noms propres, de tout temps. 
N'ont jamais eu d'orthographe. -^ 

— Changer, etc. 

Puis Colas, les yeux en eau : 
« Pourquoi singer 1' gentilhomme ? 
L' nom d' vot' pèr m' semblait si beau 
C'était r nom d'un honnête homme. 
Changer, dit le vieux Colas, 

L' nom d' son père, 

Ça n' grandit guère ; 
Monsieur, dit le vieux Colas, 
Croyez-moi, ne V changez pas. n 



Septembre I8I8. 



— 197 — 



L'HIRONDELLE, 



A BENOIT QUINET. 



Air des Trois Couleurs. — 35. 



C'est l'Italie !... hirondelle légère. 
D'un sol plus froid l'automne te bannit : 
Tu vas toucher à l'Éden de la terre : 
Dieu ! le canon vient d'v briser ton nid. 
Tu viens de loin et tout endolorie, 
Tu renaissais sous un ciel radieux ; 
Console-toi, le monde est ta patrie!... 

— Le pauvre oiseau (bis) volait vers d'autres cieux. 

C'est ribérie et ses riches campagnes. 

Petit oiseau , vois ses fleurs , ses fruits d'or ; 

Repose-toi sous l'azur des Espagnes... 

Eh quoi ! du sang... partout du sang encor ! 

Guerre civile, au bûcher fanatique. 

Pourquoi viens-tu succéder en ces lieux ? 

Le doigt de Dieu montre encor l'Amérique ! 

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux. 

C'est l'Allemagne ! . . . Un destin plus tranquille , 

Petit oiseau, t'attend de ce coté. 

Quoi ! le Germain , si longtemps immobile , 

Brise ses fers au grand cri d'unité. 

De ce mot saint un Dieu s'est fait l'apotre ; 

Mais à la voix des czars, ces demi-dieux. 

Les Allemands s'arment l'un contre l'autre .. 

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux. 



— 198 — 

C'est TAngleterre , une noble retraite ; 

Ses hauts barons, des noirs aux bras sanglants, 

Par un décret abolissent la traite : 

C'est bien assez de la traite des blancs. 

Sa liberté, liberté de commande. 

Rude aux petits, douce aux lords orgueilleux. 

Tu la connais, ô peuple de l'Irlande!... 

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux. 

La France enfin... C'est la France héroïque, 
Libre à l'abri de nouveaux étendards. 
Libre! qui sait, hélas? — sa République 
Semble un coursier tout prêt pour les Césars. 
France , ton sang doit-il couler sans cesse 
Pour n'arroser qu'un cercle vicieux?... 
Peuple chinois , serais-tu la sagesse ? 

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux. 

Non, l'homme marche et l'univers enfante. 

De ce volcan de pleurs, de sang, de feu, 

La Liberté sortira triomphante : 

La Liberté, c'est la cause de Dieu. 

Fille du ciel, cette vierge féconde. 

Peuples souffrants , pour s'offrir à vos yeux , 

Vient de choisir un petit coin du monde... 

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux. 

L'oiseau volait , faible et l'aile meurtrie ; 
Ce coin de terre il le cherchait encor... 
Mais le voih\ planant sur ma patrie : 
La Liberté sourit îl son essor. 
Il hésitait : — l'hiver allait paraître : — 
Quand une femme, un ange gracieux, 
En l'appelant entrouvrit sa fenêtre ; 
Le pauvre oiseau s'abrita sous nos cieux. 



Novembre 1S48. 



— l'M — 



COMMENT JOSEPH ENTEND LE COMMUNISME, 



AïK : Bonjour, mon ami Vincent. — 55. 



— Paul , j'apporte de Paris 
Cheveux et barbe d'artiste ; 
J'ai lu tant de bons écrits 
Que je reviens communiste. 

— Avec nous , Joseph , viens-tu travailler ? 

— Paul, j'étoufferais dans un atelier; 

Dans les champs je sens que j'existe 
Et je vais m'étendre au soleil d'été. 

Dans l'humanité , 

Par fraternité, 
Je voudrais bien vivre en communauté. 

Voyez ces moines barbus. 

En commun au monastère. 

Devenir gras et dodus 

Dans le jeûne et la prière. 
Puisqu'on peut ainsi grossir en jeûnant. 
Pourquoi s'échiner le tempérament? 

En commun vivons sur la terre 
Et je bénirai la société... 

Dans rimmanité , etc. 

Inutile en sou chemin 

De chercher à trouver lémme : 

On prend celle du voisin 

Dès qu'on a famour dans l'àme : 

Tout sera pour tous et rien pour chacun ; 

Et , quand nous aurons tous le sens commun , 



— -200 — 

Du génie étouffons la flamme : 
Ce serait contraire à Tégalité. 
Dans l'humanité, etc. 

Plus de révolutions : 

On pourra suivre , sans guerre , 

Ses goûts et ses passions : 

Jai du goût... pour ne rien faire. 
Paul, en travaillant tu te dis heureux : 
Double ton bonheur, travaille pour deux ; 

Ma part de tes travaux , mon frère , 
Moi, je boirai tout... mais à ta santé! 
Dans l'humanité , etc. 

— Tu veux que le genre humain, 
Joseph, te nourrisse et taime. 
Dieu dit : " Pense à ton prochain. - 
Tu ne penses qua toi-même. 

Si chacun de nous faisait comme toi , 

Que deviendrais-tu, Joseph, réponds-moi^ 
Qu'on pratique un jour ton système , 

On aura , Joseph , la félicité 
Dans l'humanité , 
Par fraternité , 

De se voir mourir en communauté. 



Juin 1S40. 



201 — 



LA CHANSON PENDANT LORAGE. 



Aui des Trois Couleurs. — 35. 



L'orage éclate ! . . . et la guerre , la guerre 
Mêle sa voix aux voix de l'ouragan.. . 
Au bruit des vents , du canon , du tonnerre , 
Le globe entier semble sur un volcan. 
Mais , quel espoir ! le plus sombre nuage 
Cache des cieux que rien ne peut ternir... 
Chantons, amis, au plus fort de l'orage : 
Il est un Dieu : (bis) buvons c\ l'avenir ! 

C'est aux clartés de la foudre qui gronde 
Qu'on voit lutter dans notre humanité 
Deux champions aussi vieux que le monde : 
Le bien , le mal , l'erreur , la vérité ! 
Le jour, la nuit se disputent la terre... 
L'obscurité pourrait-elle venir ? 
Non , c'est du ciel qu'arrive la lumière... 
Il est un Dieu : buvons à l'avenir ! 



Tout conquérant croit qu'une grande armée 
Suffit pour mettre un peuple en interdit : 
Résiste-t-il , la poudre est enflammée. 
Le boulet passe, il tue... et tout est dit. 
Tout n'est pas dit !... De sa tombe gla2ée 
Quelque penseur se lève pour punir ; 
Car le boulet n'atteint pas la pensée : 
Il est un Dieu : buvons <\ l'avenir ! 



— 202 — 

Chantons au feu des éclairs , de la poudre ; 
Chantons ensemble et le verre à la main. 
Si c'est sur nous que doit tomber la foudre : 
Pour nous du ciel qu elle ouvre le chemin ! 
Le vin au cœur sait réveiller la flamme 
Quun monde froid s'efforce à contenir. 
Un ange alors vient sourire à notre àme : 
Il est un Dieu : buvons à l'avenir ! 

Depuis que l'homme, un nain de trois coudées, 

N'a plus pour guide un sentiment pieux , 

En mille sens un déluge d'idées 

Roule partout son cours impétueux. 

Battu des flots , si le monde en sa marche 

Un jour encor menaçait de finir , 

Quelque Noé reconstruirait une arche... 

Il est un Dieu : buvons à l'avenir ! 



20:j 



L'IIJilUTAGE, 



COMMENT l'oK PEUT FAIRE LE HONHEUK. 



AïK : Verse, verse bon v in de France. — 33. 



" Pierre , quand j étais ouvrier , 
- Que je menais joyeuse vie ! 
" Chacun m'appelait, sans envie, 
" Le rossignol de latelier. 
» Aujourd'hui je suis un Crésus ; 
" Dans les Indes j'avais un frère : 
" Héritier de tous ses écus, 
" Me voilà sorti de ma sphère , 

" Sorti de ma sphère !.. 
" Depuis que je vis à rien Caire, 
» Pierre, je ne chante plus. 



[Ins.) 



Au faubourg quand il faisait bon. 
Ma femme et moi, chaque dimanche, 
Nous prenions de la bière blanche. 
Le petit pain et le jambon. 
Heureux bras dessous, bras dessus. 
Nous fredonnions dans la campagne... 
On me sert des mets superflus 
Et des vins de France et d'Espagne, 

" De France et d'Espagne !... 
Depuis que je bois du Champagne, 
Pierre, je ne chante plus. 



— 204 — 

•■ Et même devant du pain noir 
" Jeanne chantait à gorge pleine ! 
'» Après tout un long jour de peine, 
" Comme on était heureux le soir ! 
'' Heureux !... je croyais Tètre plus 
" Quand je quittais avec m^ femme 
» Le coin où par l'amour reclus 
" Nul chasrrin ne troublait notre âme 

» Ne troublait notre âme ! 
" Depuis que Jeanne est grande dame , 
M Pierre, elle ne chante plus. 

" Adieu, Pierre : Jeanne m'attend. 
» Adieu ! j attriste ceux que j aime ! 
" Ton ami Paul n'est plus le même : 
" Tu soupires en l'écoutant... 
'• Redis les doux airs que j'ai sus : 
" Je pars, moi qui te désenchante... •' 
En chemin, les traits abattus, 
Paul disait dune voix touchante. 

D'une voix touchante : 
^' Devant moi personne ne chante , 
" Depuis que je ne chante plus. 

Mais Paul voit, au cri d'un huissier. 

Au seuil d'une triste demeure 

Toute une famille qui pleure : 

On va vendre son mobilier ! 

Et Paul soudain : -^ Mais mon trésor 

M Pour moi peut donc avoir des charmes î 

" Ne vendez pas, voici de l'or : 

" Braves gens , ici plus d'alarmes , 

V Ici plus d'alarmes ! 
" Au revoir, et séchez vos larmes : 
V Ali ! vous pourrez chanter encor î « 

Paul rentre, et ses yeux triomphants 
De Jeanne ont fait rayonner rame. 



— 205 — 

A leurs pieds hieiilôt une leinnie 
S agenouille avec ses enfants : 
" Dieu, fit-elle, entendra nos voix : 
» Du pauvre il aime la prière ! ^ 
Et Paul dit : « Jeanne, tu le vois, 
M Le bonheur nous revient, ma chère, 

» Nous revient, ma chère ! 
V En faisant du bien sur la terre 
'' Nous chanterons comme autrefois. ■>? 



1850. 



— 20G — 



VIVE LE MÉTIER DE NOS PERES 



Air de la belle fo'mière. — 5c. 

Il faut chanter : eli bien , vivat ! 
Aujourd'hui, puisque c'est dimanche. 
Portons un toast à notre état, 
Un toast à notre amitié franche ! 
Bêche , lime , aiguille ou ciseau , 
Truelle, maillet ou marteau. 
L'outil d'un père est le plus beau ! 

Amis , vidons nos verres , 
Vive le métier de nos pères ! [bis.) 

Le travail donne la gaîté, 
La paix , le sommeil , la sagesse ; 
Le travail donne la santé, 
Et la santé, c'est la richesse. 
Le travail qu'il fait de bon coeur 
De l'homme double la vigueur. 
Le travail donne le bonheur. 
Amis, vidons nos verres. 
Vive le métier de nos pères ! 

Il est des hommes, des enfants. 
Qu'un horrible labeur rassemble 
Dans des cloaques étouffiints ; 
Pour eux réclamons tous ensemble ! 
Qu'on leur fasse un destin plus doux. 
Plein d'air pur que Dieu lit pour tous ! 
Heureux, qu'ils disent comme nous 
Le dimanche, il pleins verres : 
Vive le métier (!(' nos pères ! 



I 



— 207 — 

J'entrevois un siècle plus beau, 
Où, pour honorer son courage, 
Chacun ùtera son chapeau 
A l'ouvrier sur son passage. 
Travailleur de l'éternité, 
Dieu réserve à riiumanité 
Le saint travail pour royauté 

Dans des jours plus prospères ! 
Vive le métier de nos pères ! 

Ange de la rébellion, 

Nous secourons ta chaîne immonde... 

Formons la chaîne d'union : 

Que l'amour embrase le monde ! 

Que, brisant le fer des combats. 

Le travail seul ait des soldats. 

Et que nos enfants ici-bas 

Puissent crier en frères : 
Vive le métier de nos pères ! 

Amis , c'est assez de chansons ; 
C'est le soir, l'étoile scintille ; 
Partons, nous qui nous amusons 
Sans nuire au pain de la famille. 
Mais , avant de nous dire adieu , 
Au travail buvons en ce lieu ; 
Boire au travail , c'est boire à Dieu ! 

Amis, vidons nos verres : 
Vive le métier do nos pères ! 



1851. 



— 208 — 



L'AÏEULE. 



Air : Donnez -vous la peine d^attendre. — 30. 



\ 



Du travail de tes jolis bras , i 

Rose , tu nourris ton aïeule , 

Car Dieu, mon enfant, ici-bas 

Pour te guider me laissa seule. 

Arthur vient ici chaque jour : 

Il est riche et roule équipage ! 

Qui donc lamène en ce séjour ? 

Rose, il doit te parler d'amour : 

Te parle-t-il de mariage ? {bis.) 

Comme tu n'as que dix-sept ans, 
Je vais te conter, pour t'instruire, 
L'histoire de mon jeune temps : 
Rose , à mon âge on peut tout dire : 
A seize ans un jeune seigneur 
M'adressa tendre verbiage ; 
Mais ma mère, pour mon bonheur, 
M'avait si bien parlé d'honneur, 
Que je parlai de mariage. 

Ce mot a fait fuir l'amoureux... 

— Je trouvai bientôt sur ma route 
Un joaillier si généreux , 

Rose, qu'il a fait banqueroute : 

— D'un amour qui m'a rendu fou, 

•' Dit-il, qu'un joyau soit le gage! » 

— " Monsieur, eussiez-vous le Pérou, 



— 200 — 

^- Je n'accepterais qu'un bijou : 

V C'est un anneau de mariage. *^ 

Ce mot fît fuir le joaillier : 
Mais, tentation sans pareille, 
La voix et lor d'un financier 
Retentissent à mon oreille. 
— " Voyez, dis-je , vers le saint lieu 
^ Cheminer couple jeune et sage : 
•' Votre or peut résonner... Adieu! 
" J'entends là-bas la voix de Dieu : 

V C'est la cloche du mariage. ^ 

Puis vint un honnête ouvrier : 

Cet ouvrier fut ton grand-père ; 

Et Dieu daigna nous envoyer 

Une fille qui fut ta mère. 

Ta mère... J'y pense toujours : 

En toi Dieu me rend son image. 

Comme elle, crois en mes discours : 

Je voudrais tant dans mes vieux jours 

Bénir aussi ton mariage ! 



2 février 1850. 



15 



— 210 



LA LOI. 



Air : Échos des bois errants dans ces vallons. — 2.;. 



- Bon gré, mal gré, je prendrai ton moulin, - 
Dit Frédéric. — Sans-Souci répond : '^ Sire , 

'> -Oui , s'il n'était des juges à Berlin ! •> 

— Mot populaire , on aime à le redire. 
Pour qu'un pays dans l'avenir ait foi , » 
Nul n'y doit être au-dessus de la loi. < 

Que de la loi rien n arrête le cours : 
Malheur à qui nous la rendrait suspecte ! 
Grands, avant tout, respectez-la toujours, 
Pour que toujours le peuple la l'especte. 
Pour qu'un pays, etc. 

Jamais l'épée avec impunité 
Ne doit oser menacer la parole ; 
De la tribune ùtez la liberté 
Et du pays la liberté s'envole î 
Pour qu'un pays, etc. 

Le code en main , (pi'on se montre indulgent 
Pour l'ignorant que la misère accable. 
Mais l'homme riche ou l'homme intelligent , 
Plus il est grand et plus il est coupable. 
Pour (lu'un pays , etc. 

Oui , du puissant qui manque à son devoir , 
Que sans pitié la faute soit flétrie ! 



\ 



— 211 — 

Nous ne donnons tant de force au pouvoir 
Que pour garder les droits de la patrie. 
Pour quun pays, etc. 

Devant la loi qu on s'incline en tout lieu , 
Lorsque du peuple elle est la voix suprême. 
Tous les mortels sont égaux devant Dieu : 
Devant la loi qu ils soient égaux de même ! 
Pour qu'un pays dans l'avenir ait foi, 
Nul n'v doit être au-dessus de la loi. 



1851, 



— 212 — 



LA RICHESSE DU PAUVRE. 



Air d'Yelva. — is. 



— .' Mon oncle est riche et sa fille à la ville, 
" Père, tu sais, ma fait rester huit jours ; 

" Mon oncle voit par les yeux de Cécile : 

— Ses moindres vœux sont exaucés toujours. ^ 

— " Instituteur dans ce petit village, 

" J'ai, chère enfant, peu d'or à dépenser, 

" Mais de l'amour nul n'en a davantage : 

V Dieu ma fait riche, enfant, viens m'embrasser ! 



{bis), 



— •' Père, eu ce jour je partage ta joie : 
" De te revoir quel bonheur est le mien î 
" Bon petit père , en sa robe de soie 

" Si tu voyais comme Cécile est bien! •• 

— - Ma pauvre enfant , mais n as-tu pas comme elle 
•' Robe d'honneur qu'un ange aime à tisser ? 

'♦ Vêtue ainsi , que tu me semblés belle ! 

" Dieu m'a fait riche , enfant , viens m'embrasser î •• 



— " Bon petit père, avec impatience 

». Mon oncle attend ses parents adorés : 

" Dans ses salons quelle magnificence : 

" Rideaux de pourpre et lambris tout dorés ! - 

— •• Je te revois et le printemps te fête : 
•' Son doux soleil qui vient nous caresser 

•' De pourpre et d'or remplit notre retraite : 

'> Dieu m'a fait riche, enfant, viens m'embrasser ! ^ 



— 213 — 

mon enfant, garde-toi de l'envie. 

Son souffle impur flétrit tous nos plaisirs. 

L'humble ouvrier est riche en cette vie 

Quand sur son gain il règle ses désirs. 

J'ai pour trésor et ma femme et ma fille ; 

(Quels biens plus grands pourraient les remplacer 

Et j'ai du pain pour nourrir ma famille : 

Dieu m'a fait riche , enfant , vien3 m'embrasser ! 

•' Le pauvre est riche au sein de la nature 

'• Alors qu'il sait aimer , entendre et voir. 

" Ecoute : oiseaux, arbres, fleurs, onde pure, 

^ Font en commun leur prière du soir. 

- Vois, l'horizon est frangé de lumière : 

" Vers d'autres bords le soleil va passer... 

'' Ta mère t'aime et tu chéris ta mère : 

" N'es-tu pas riche, enfant?... viens m'embrasser! ^ 

Avril 1850. 



— 214 



COUPLET 



ADRESSE A ANTOINE-JOSEPH PRUD HOMME , 



ouvrier ly|)Ograplic clicz M. I . !Mon.jof rtcintis ciii'iiiante-quatrc ans, le jour 
où il reçut la décoration des Iruvaillcurs. 



AïK du Vaudeville de la Petite Gouvernante. — i?. 



L'ouvrier que Ion récompense 
Par l'ouvrier sera chanté. 
Deux mots disent son existence : 
Le travail et la probité. 
Et du Pays la main chérie 
Met la croix à son tablier... 
Honneur, honneur à la patrie 
Qui récompense Tcnivrier ! 



23 février 1S51. 



I 



— 215 — 



LE TYPOGRAPHE PRUD'HOMME. 



A ANTOINE-JOSEPH PRUD HOMME, 



rJoyen de la typographie monloise, ouvrier chez M. L. Monjol depuis cinquvnlc- 

qualre ans et qui, le lendemain du dimanche 23 février 18."J1. 

où la décoration industrielle lui tut remise, arrivait le premier à l'imprimerie . 

bien qu':i?é de soixante et onze ans. 



AïK de la Colonne. — 12. 

Le cœur rempli dun orgueil légitime. 
Le vieux Prud'homme avait reçu la croix ; 
Nos imprimeurs par leur marque d estime 
Le décoraient une seconde fois ! {bis.) 
Un long cortège indiquait son passage... 

— Le lendemain à l'atelier 
Prud'homme arrivait le premier 
Toujours le premier à l'ouvrage, {bis.) 

I C'est un dimanche. Au loin l'écho répète , 
Par un beau jour du plus doux des hivers. 
Les airs joyeux, les cris, les chants de fête : 
Au décoré l'on adresse des vers ; 
Des pleurs de joie inondent son visage. 

— Le lendemain , etc. 

C'est un dimanche. Un peuple avide, immense. 
Pour voir Prud'homme est partout sur ses pas 
Et le patron dont il berça l'enfance, 
Avec transport le presse dans ses bras î 
Et quel accueil le soir dans son ménage ! 

— Le lendemain , etc. 



— 216 — 



Oui, le premier : exemple populaire. 
C'était pourtant le grand jour du lundi : 
Que d'ouvriers, pour boire leur salaire, 
Le font durer jusqu'au soir du mardi. 
Du vieux Prud'homme admirons le coura 
Et les lundis à l'atelier 
Que chacun de nous le premier 
Soit fier de se mettre à l'ouvrac^e 



I 



•217 — 



LE TRAVAIL, C'EST LA SANTÉ. 



AïK des Comédiens. — 32. 

" Dieu ma donné ce petit coin de terre , 
Par mon trayail j'y vis en liberté. 
Fouille-le bien , ainsi que fait ton père : 
J'y trouve, enfant, un trésor : la santé. 

M Sur cette côte, à l'écart du village. 
L'air le plus pur coule en toute saison ; 
J'ai soixante ans et suis fort pour mon âge : 
Longtemps encor je dirai ma chanson. 

" Pour travailler l'ouvrier qui -s'éveille 
Des passions n'a rien à redouter. 
En vain Satan veut charmer son oreille 
Il n'a jamais le temps de l'écouter. 

" L'homme ici-bas marche en semant sans cesse 
Et ce qu'il sème il doit le recueillir, 
J'ai soutenu mon père en sa vieillesse : 
Ton père , enfant , n'a pas peur de vieillir. 

« Tes dix-huit ans pensent au mariage. 
Si la raison peut conduire au bonheur. 
Fais comme moi : l'amour est le plus sage 



— 218 — 

V Que mon labeur soit pour toi plein de charmes ; 
Et puisses-tu, dans le coin où je vis. 
Heureux, les yeux remplis de douces larmes. 
Vieux comme moi dire un jour à ton fils : 

V Dieu ma donné ce petit coin de terre , 
Par mon travail j'y vis en liberté. 
Fouille-le bien, ainsi que fait ton père : 
J'y trouve, eniant, un trésor : la santé. •• 



1851. 



— -310 — 



LE I5RAC0NNIER 



AïK de Lantara. — 57. 



" Quoi! tu cours encore à la chasse !... 

" Ecoute un père en cheveux blancs : 

" Le travail te pèse et te lasse ; 

" Tu braconnes depuis deux ans. (bis.) 
Sans ton labeur notre terre est aride ; 
Je suis trop vieux , hélas ! pour travailler ; 
L'hiver approche et notre bourse est vide ; 
'• Brise larme du braconnier ! 



V Abattre le lièvre qui passe 

" Lorsque sur son champ on le voit ; 
•' Tirer la perdrix dans l'espace, 

V Ma raison me dit : C'est un droit. 
Mais le devoir me parle davantage : 
Pour un plaisir fatal à l'ouvrier 
Dois-tu risquer le pain de ton ménage ? 

" Brise l'arme du braconnier ! '» 



" On me l'a dit, mon fils, prends garde : 
" Jacques, qui t'entraîne avec lui, 
•' Hier de mort menaça le garde : 
" Ne va pas chasser aujourd'hui. 
Mon nom (hi moins est un nom qu'on estime 
Il deviendrait celui d'un meurtrier ! 
Ta passion peut te pousser au crime.... 
» Brise l'arme du braconnier ! " 



I [bis. 



— 220 — 

•• — Du riche, père, je me fiche : 
" Et contre moi tu le défends ! ^ 

— - Non, je ne défends pas le riche : 
^' Je songe à tes petits enfants. 

" A Madelon, femme qui pleure et taime, 
•' Et de tes fils allaite le dernier ; 
'' Je te défends enfin contre toi-même : 
" Brise l'arme du braconnier ! ^ 

" Mon champ, mon logis sont à vendre : 
'• Le travail nous les a donnés ! 
» Un autre viendra nous les prendre : 
•» Tous les deux nous v sommes nés ! 
•' La pauvreté pourra peu me poursuivre : 
- Vieux, j'entrevois un ciel hospitalier... 
•' Mais tes enfants ont tant de jours à vivre ! 
'» Brise l'arme du braconnier ! *» 

— ♦* Quoi ! mes enfants dans la misère ! 
•» Insensé ! je partais joyeux... 

" Père, je garde ta chaumière : 
" Le bonheur fermera tes yeux. 
•' Prends mon fusil... C'est le fusil d'un maître 
•' Que de perdrix il mit dans mon carnier ! 
•' Père, demain je chasserais peut-être... 
'» Brise l'arme du braconnier ! ^ 



Juin 1S51. 



221 — 



I.E CONSCRIT. 



Air de la Sentinelle. — si. 



« Quel bruit fatal... Il t'appelle au combat ! 
" Je le savais : depuis hier je veille. 
- Vite debout, enfant, le tambour bat, 
« Mais ce n'est pas le riche quil éveille. 

" Le fils du riche ne doit pas 

" Quitter une mère chérie... 

V Dieu seul sait si tu reviendras 
M Sourire encore dans mes bras : 

V Adieu ! . . . défends bien la patrie , 

" La patrie. " 

L'enfant partit. Loin d'elle avec fierté 
Il put songer à sa mère éplorée : 
Il combattait, mais pour la liberté : 
C'était du moins une guerre sacrée ! 
Chaque jour la vieille au saint lieu , 
Priant comme une mère prie, 
Disait : '^ Tu ne veux pas , mon Dieu î 
" Que ce soit un dernier adieu : 
'' Sauve mon fils et la patrie , 
" La patrie ! " 

Dieu l'entendit... La vieille mère un jour 
Soudain tressaille à des chants de victoire ! 
Qui donc pénètre en son pauvre séjour ? 
L'heureuse mère ose à peine le croire : 



990 



Un jeune officier sur son cœur 
La presse, sourit et s écrie : 
^ mère , \ois ma croix d'honneur ! 
" Plains ceux qui nont pas le bonheur 
M D avoir défendu la patrie, 
•• La patrie ! •> 



— 223 — 



CE QUE JE VIS SUR LA GRANDTLACE DE MONS 



UN JOUR DE FOIRE. 



Air : Ce que je vis. — ôs. 



Au son de la musique , 

Pauvre enfant inconnu, 

Sur la place publique 

Tu danses presque nu. 

C'est l'hiver : sur tes planches 

Le froid rougit et fend 

Tes mains que Dieu fit blanches , 

Pauvre petit enfant ! 



Tout son corps se dessine 
Sous un mince coton ; 
Clinquant et mousseline 
Lui forment un jupon. 
Quelle bise à cette heure!.. 
En vain je m'en défend : 
il danse , et moi je pleure î 
Pauvre petit enfant î 

Paillasse sur la caisse 
Appelle les badauds , 
Et la foule s'empresse 
Autour de ses tréteaux. 
C'est d'un heureux augure : 
Paillasse est triomphant ! 



{ (^^^.) 



224 

Il presse la mesure : 
Danse , mon pauvre enfant ! 

Mais Paillasse s'arrête 
Essoufflé , Dieu merci ! 
En inclinant la tète. 
L'enfant s'arrête aussi. 
Dieu ! son corps qui transpire 
Se glace au froid du vent... 
Il doit pourtant sourire : 
Pauvre petit enfant ! 

L'annonce est commencée : 
L'enfant ne s'en va pas , 
Nulle mère empressée 
Ne le prend dans ses bras. 
A ses petits l'hyène 
Offre un sein réchauffant : 
Quelle mère est la tienne , 
Pauvre petit enfant? 

Un homme en blouse passe 
Et dit, tout près de moi, 
A son fils qu'il embrasse : 
.* Je travaille pour toi. 
•• Tu grandiras, j'espère ; 
'• Ah ! quand tu seras grand , 
" Travaille pour ton père, 
V Heureux petit enfant ! •' 



Décembre 1S50. 



•)')' 



NUL NE DOIT ROUGIR DE SON PERE. 



AïK (le la Sentinelle. — 3i. 

•' Jacques , vois donc : l'air triste , Tœil hagard , 
Dans son sarrau, c'est ton père qui passe. 
Quoi ! pas un mot , un geste , un seul regard : 
Ton bel habit te fait un cœur de glace ! 

Te voilà, grâce à ton savoir. 

Sous-chef dune école primaire. 

Je te rappelle à ton devoir : 

Ah ! déchire ton habit noir 

S'il t empêche d'aimer ton père. 
Ton vieux père ! 

'• J'ai bien le droit de te parler ainsi : 
Ne suis-je pas ton vieux maître d'école? 
Quand tes parents t'ont fait instruire ici , 
Du pauvre, hélas! ils m'apportaient l'obole. 
Ils me disaient d'un ton si doux, 
Lorsqu'ils me donnaient mon salaire : 

— " Notre cher fils sera , par vous , 
Plus riche et plus heureux que nous ! - 

— " Ingrat! tu rougis de ton père, 

De ton père ! 

^- Ta mère meurt; pour toi ton père, un jour. 
Ne pouvait plus payer, dans sa détresse. 
— Je l'instruirai, lui dis-je, avec amour : 
Jacques sera l'appui de ta vieillesse. — 
Mais il n'obtient que ton mépris : 
En qui faut-il donc qu'il espère i 

IG 



226 



De tant de soins voilà le prix : 
Ingrat , t'ai-je jamais appris 
A rougir ainsi de ton père , 
De ton père ? 

" Jacqu^, en pensant à ce digne ouvrier. 
Quand tu rougis , ah ! rougis de toi-même . 
Si son langage est un patois grossier. 
Il est divin pour te dire : Je taime ! 
La loi sublime du chrétien 
Dans chaque homme te montre un frère. 
C est ton père , songes-y. Lien : 
Pauvre , il sait être homme de bien , 
Et tu ne chéris pas ton père , 
Ton vieux père ! 

" Ta mission , bien qu'on l'honore peu , 
Est haute et sainte, apprends à le connaître 
L'instituteur est aux yeux du bon Dieu , 
fils ingrat , presqu'au niveau du prêtre ! 
Soyons purs, nous qui sommes grands : 
Grandeur oblige sur la terre ; 
Soyons moraux plus que savants : 
Nul n'instruira bien les enfants. 
S'il n'est pas béni de son père, 
De son père ! 

" Pour t'éclairer à la voix du remord , 
C'est de là-haut ta mère qui m'inspire. 
Ton père est vieux... A l'heure de la mort, 
Malheureux fils , s'il allait te maudire ! 
On nous voit du ciel radieux. 
Juge des tourments de ta mère : 
Au sein de la splendeur des cieux , 
Des larmes coulent de ses yeux, 
Lorsque tu rougis de ton père. 
De ton père ! 



227 

— Mais Jacques pleure... Et son maître aussitôt 
Se (lit : " Les pleurs ont sauvé Madeleine ! m 
Soudain il sort, il s'élance, et bientôt 
Suivi d'un homme il revient hors d'haleine. 
Jacquey à genoux , tremblant d'émoi , 
S'écrie , en sa tristesse amère : 
'' mon père , pardonne-moi ! ^ 
Uliomme répond : » Jacques , tais-toi , 
« Et viens dans les bras de ton père, 
" De ton père ! ^ 

Janvier 1850. 



— 228 — 



^[OX KTAU. 



Aiu : Mon Ut, mon lit, mon pauvre lit. — -9. 



Ne ùiso pas, mon vieil étau : 

Le sort nous rassemble. 

Travaillons ensemble. 
Sous ma lime et sous mon marteau , 
Ne ruse pas, mon vieil étau : 

Tu servis longtemps à mon père 
Et semblés faiblir aujourcVhui ; 
Tu me resteras, je l'espère : 
Quand je te vois, je pense à lui ! 
T aurais-je blessé par raégarde ^ 
Je te chéris... et cependant 
Parfois, quand nul ne nous regarde. 
Moi je pleure en te regardant ! 

Ne Tuse pas, etc. 

.1//7 huit coit fin (Il esî une date 
<^ue mon père grava sur toi : 
Te voilà donc, je le constate. 
De quatre ans plus jeune que m(»i. 
Mon père, bras et cœur délite. 
Sur toi s'escrimait en chantant : 
Il t'a donc fait vieillir bien vite ^ 
Pauvre père, il ti-availlait tant!... 

Ne t'use pas, etc. 



— 220 — 

Comme il se plaisait à me dire 
Ces airs qu'il n'a pas assez dits : 
Vigoureux refrains de l'Empire 
Et doux refrains de son pays ! 
Guidant l'outil d'une main sure , 
Sa voix se réglait sur tes sons ; 
Au bruit de ta franche mesure 
Je crois entendre ses chansons ! 

Pan pan, pan pan, etc. 

Notre mission n'est pas mince : 
Pour notre labeur journalier. 
Baron, comte, marquis et prince 
S'empressent à notre atelier. 
Ils ont, aux grands jours de tapage 
Chasseurs que le cor appela. 
Coursier, chiens, piqueur, équipage. 
Je te préfère à tout cela î 

Ne t'use pas, etc. 

Mon père t'aimait et je t'aime. 
Tu sais mes rêves d'avenir, 
Et m'apportes ce bien suprême 
Qu'on appelle le souvenir. 
Ami , que ta vigueur renaisse ! 
Tu sus , en tes jours triomphants , 
Gagner le pain de ma jeunesse : 
Gagne celui de mes enfants ! 

Ne t'use pas, etc. 

Laissons l'ambitieux avide. 
Peu jaloux d'être homme de bien , 
Au sein de l'océan du vide 
Voguer vers quelqu'immense rien ! 



— 230 — 

Comme aux bords la vague profonde 
Se brise et retombe à la mer. 
Le flot des vanités du monde 
Se brise sur ton pied de fer. 

Ne t'use pas, mon vieil étau : 

Le sort nous rassemble, 

Travaillons ensemble. 
Sous ma lime et sous mon marteau, 
Ne t'use pas, mon vieil étau î 



1850. 






— 231 — 



LE BON & LE MAUVAIS RICHE. 



Air des Louis d'or. — 60. 

Au-dessus de tous le ciel brille : 
Dieu l'ouvre tout large aux petits. 
Mais cest par le trou d'une aiguille 
Que les grands vont en paradis. 
Ouvrier, prêchons la sagesse. 
Injustement ne frappons pas : 
C'est un poids lourd que la richesse 
Pour qui croit au ciel ici-bas. 
L'homme passe et Dieu le regarde. 
Agissons tous selon son vœu : 
Dans le salon ou la mansarde 
Les justes sont enfants de Dieu ! 

Tenez, voilà le mauvais riche : 
Crésus au vieil habit râpé, 
Il spécule, brocante et triche, 
Toujours fripon, jamais dupé; 
Son dieu , c'est la bourse qu'il cache ; 
Il est si dur pour l'indigent ! 
Tous les ans pour vivre il s'arrache. 
Sou par sou, quelque peu d'argent. 
Il meurt : son fils jamais ne compte 
Un or qui lui coûte si peu ; 
Mais il l'engloutit dans la honte... 
Ces riches sont maudits de Dieu ! 

Place au riche en grand équipage 
Avec ses laquais galonnés. 



/ 



Au sein dun fastueux tapage 

S'il entend Dieu qui dit : - Donnez î -^ 

Homme, il comprend que sur la terre 

De son magnifique trésor 

Il nest que le dépositaire 

Et qu'il doit faire rouler l'or. 

Son or, c'est pour le pauvre monde 

Le pain , la lumière et le feu ; 

C'est une source qui féconde : 

Ce riche est un enfant de Dieu! 

Veut-on coml)ler l'immense abîme 
Qu'ouvrent les révolutions. 
Réaliser un vœu sulilime : 
La sainte paix des nations ^ 
Partout que le riche dépense 
Avec honneur son revenu : 
Le pain arrive en abondance , 
11 n'est plus un seul pauvre nu. 
Plus de misère, plus de haine : 
Le travail seul règne en ce lieu : 
De l'amour nous formons la chaine ; 
Les hommes sont enli\nts de Dieu ! 



Décembre 1851. 



CHANSONS 



NOUVELLES. 



i 



I 



LA BIERE. 



Musique de V auteur. — ei. 



A plein verre, 

Mes bons amis, 
En la buvant , il fout chanter la bière. 

A plein verre. 

Mes bons amis, 
Il faut chanter la bière du pays! 

Elle a vraiment dune bière flamande 
L air avenant , 1 éclat et la douceur ; 
Joveux Wallons, elle nous affriande 
Et le faro trouve en elle une sœur. 

A plein verre, etc. 

Voyez là-bas la kermesse en délire : 
Les pots sont pleins : jouez, ménétriers! 



— 236 — 

Quels jeux bruyants et quels éclats de rire : 
Ce sont encor les Flamands de Téniers ! 

A plein verre, etc. 

Aux souverains portant tout haut leur plainte. 
Bourgeois jaloux des droits de la cité , 
Nos francs aïeux tout en vidant leur pinte, 
Fondaient les arts avec la liberté. 

A plein verre, etc. 

Quand leurs tribuns, à lattitude altière. 
Faisaient sonner le tocsin des beffrois. 
Tous ces fumeurs, tous ces buveurs de bière 
Savaient combattre et mourir pour leurs droits. 

A plein verre, etc. 

Belges, chantons! à ce refrain à l)(>ire. 
Peintres, guerriers qui nous illustrent tous, 
Géants couchés dans leur linceul de gloire, 
Vont seveiller pour redire avec nous : 

A plein verre, etc. 

Salut à toi , bièi'e limpide et blonde ! 
Je tiens mon verre et le bonheur en main : 
Ah î j'en voudrais verser à tout le monde 
Pour le bonheur de tout le genre humain. 

A plein verre , 

Mes bons amis, 
Kn la buvant, il faut chanter la bière. 

A plein verre. 

Mes bons amis. 
Il faut chanter la bière du i)ays ! 



1852. 



:^.u 



UN SOIR D'HIVER. 

Air : Fai't (V la vertu, pas trop n'en faat. — t;-2. 



Ce soir le tVoid est ricfoureux : : , . 

) (Ins.) 
Mon Dieu, que nous sommes lieureuxl ( 

C'est le soir ; il neige, et la bise 
S'engouffre dans le corridor ; 
Soupons , puisque la table est mise , 
Joyeux ainsi qu'à l'âge d'or. 

Ce soir, le froid est rigoureux : 

Mon Dieu , que nous sommes heureux ! 

Dans l'âtre le charbon pétille 
Et notre lampe éclaire bien. 
Comme l'existence en famille 
Ouvre le cœur et porte au l)ien î 

Ce soir, etc. 

A ce repas la ménagère 

Nous fait sourire à peu de frais : 

On nous sert de la bonne l)ière , 

Du pain, du beurre et des œufs frais. 

Ce soir, etc. 

Au risque de casser mon verre. 
Mes enfants sont mes échansons ; 
Si je veux prendre un ton sévère 
Ils me gazouillent mes chansons. 

Ce soir, etc. 



k 



— 238 — - 

Pendant le jour sur son ouvrage 1 

Votre mère eut le front penché. 
Enfants, elle a tant de courage : 
Vente et travail ont bien marché. 

Ce soir, etc. 

Bise du nord, en vain tu souffles 
Dans le corridor près de nous ; 
Les pieds fourrés dans nos pantouffles, 
Ce soir d'hiver nous semble doux. 

Ce soir, etc. 

Mais c'est l'heure de la prière. 
Mon cœur a tressailli soudain : 
Enfants , il est tant de misère ! 
Combien de gens ont froid et faim î 

Ce soir le froid est rigoureux : 
Prions Dieu pour les malheureux. 

1852. 



— 239 — 



LE VEAU D'OR. 



AïK des Trois Couleurs. - ?,:,. 



Tremble , Israël ! vois ce nuage sombre , 

Entends ce bruit formidable , inouï ! 

La nue est là ; Dieu se cache à son ombre : 

Il a parlé sur le mont Sinaï. 

Tenant en main la sainte loi promise , 

Moïse au peuple apporte son trésor ; 

Mais les Hébreux ont oublié Moïse : 

L'humanité (bis) rampe aux pieds du veau d'or. 

L'homme se crée une atmosphère infâme 
Pleine d'orgueil , de doute et de mépris ; 
Il a fermé les ailes de son âme ; 
Il veut de l'or, il en veut à tout prix. 
Sa soif d'honneurs , c'est de la frénésie ; 
L'agiotage est son triste mentor ; 
Plus de grandeur, de foi, de poésie ! 
L'humanité rampe aux pieds du veau d'or. 

Le vent du soir entraîne le nuage, 
Et l'océan, aux flots audacieux. 
Et la forêt, au sublime langage, 
Font retentir leurs échos jusqu'aux cieux. 
L'herbe frissonne et l'insecte murmure ; 
Un chœur immense enfin a pris l'essor : 
C'est l'Hosanna de toute la nature ! 
L'humanité rampe aux pieds du veau dor. 



240 — 



i 



Quels cris d effroi , de douleur , de furie ! 

(Jest le maudit qui hurle en se tordant : 

Il vient d'entendre un jeune enfant qui prie, 

Un laboureur qui travaille en chantant. 

Simples de cœur vers Dieu leur vœu s élance. 

Car le travail est la prière encor : ^ 

Labeur du pauvre, oraison de lenfaiice 

Pour nous sauver renversez le veau dor. 

1852. 1 



— 2)1 



UN JOUR FETE. 



Musique Oe Vauteur. — cî. 



('yomme tout semble heureux au sein de la nature! 

C'est que déjà leté vient dorer les moissons ; 

Il donne une autre vie à chaque créature : 

Les bois sont pleins d'amour, de parfums, de chansons. 

Mon cœur avec transport bénit la Providence. 

Aux clartés du soleil , roi du ciel pur et bleu , 

La terre ouvre ses flancs, ù splendide abondance : 

Tout ravonne et fleurit sous le resard de Dieu. 



De mes pensers si doux qui vient troubler le charme , 

Lorsque vers la cité je m achemine enfin ? 

C est un vieil ouvrier qui me cache une larme : 

Devant tant de splendeurs un homme dit : j'ai faim ! 

Partout l'homme a semé, mais c'est Dieu qui féconde : 

Songez, riches, songez que son regard de feu 

Fait croître dans les champs le blé pour tout le monde : 

Les grands et les petits sont frères devant Dieu. 

Quelle est donc cette femme ! Elle est vieille avant l'âge 

Veuve , Dieu lui laissait un enfant bien aimé ; 

Pour y gagner son pain elle allait au village 

Et l'enfant restait seul : le feu l'a consumé.... 

Regardez maintenant : la pauvre mère est folle 

Et vient errer ainsi chaque jour en ce lieu ; 

Et , lorsque la pitié lui donne son obole , 

Elle dit , l'œil hagard : ** N'approchez pas du feu ! *» 

17 



242 

Au nom du Dieu de tous, beaux messieurs, grandes dames. 
Qui trouvez ici-bas un destin triomphant , 
Ouvrez , par vos trésors , en magnanimes âmes , 
Un hospice au vieillard , une crèche à lenfant. 
Riches, quand sonnera votre heure solennelle, 
A tous vos biens si chers il faudra dire adieu. 
Fondez-vous dans les cieux une^ crèche éternelle : 
La prière du pauvre ouvre un chemin vers Dieu ! 

1852. 



— 243 — 



L'ETUDIANT. 



Air de la Treille de sincérité. — 04. 



•• De la plus humble des chambrettes 

- Pour faire un ravissant séjour, 
" Deux étudiants , deux grisettes , 

V Nous voilà quatre ; en ce beau jour 

- Le vin coule et vive l'amour ! 

V Regarde-moi : le meilleur livre, 
'• Suzette , vaut-il ta beauté ? 

" C'est près de toi que je veux suivre 
» Les cours de l'université. 

'» Aimer et boire , 

•' Voilà ma gloire ! 

- Demain la mort peut nous saisir : 
" Vivent le vin et le plaisir ! [bis.) 



Quand j'arrivai de mon village , 
Réservé, studieux, actif, 
Je comptais l'être davantage ; 
J'étais alors simple et naïf 
Ainsi que l'homme primitif. 
Mais un jour vient où la chenille 
Au papillon domie l'élan : 
Secouons comme une o'uenille 
L'enveloppe du paysan ! 

" Aimer et boire, 

" Voilà ma cloire ! 
Demain la mort peut nous saisir 
Vivent le vin et le plaisir ! 



— 244 — 

'' La terre tourne... en conscience 

•* Elle nous fait ses confidents... 

" La peste soit de la science , 

" Des discours froids et redondants ; 

" Le diable emporte les pédants ! 

- L'œil en feu, la face rougie, 

•• Le verre en main , l'ivresse au (*neur , 

'' Eclievelës comme l'orgie , 

« Tous quatre répétons en chœur : 

" Aimer et boire , 

V Voilà ma gloire ! 
M Demain la mort peut nous saisir : 
" Vivent le vin eî le plaisir ! " 

La porte s'ouvre , le chant cesse , 
Un vieillard , vêtu d'un sarrau , 
Entre, et murmure avec tristesse : 
" Pour te faire un destin plus beau, 
■' Mon fils, j'ai vendu mon troupeau. 
" Pour t'instruire, du nécessaire 
" Nous nous privons, ta mère et moi, 
•' Car tu fais l'orgueil de ta mère 
•' Et j'arrivais si fier de toi ! 

M Comme au village , 

M Joyeux et sage, 
" Mon fils, moi qui croyais te voir 
'» Aimant Thonneur et le devoir... ^ 

Mais un étrange éclat de rire 

Du vieillard étoufie la voix : 

A ses compagnons de délire 

Le fils de notre villa ^reois 

Dit : " Silence , ou tremblez tous trois î 

•' Ce rire insolent m'exaspère 

" Et me dégrise. Dieu merci ! 

" Vous oubliez que c'est mon père : 

'' C'est mon père !... sortez d'ici ! 



-- 245 — 

•• Parle , mon père , 

- Ta voix m'éclaire ! 
'• Me voilà seul, seul avec toi : 
» Bientôt tu seras fier de moi. " 

Et maintenant de sa famille 

L étudiant est le soutien ; 

Comme avocat, il plaide et brille; 

Ses vieux parents se portent bien ; 

Un enfant sourit : c'est le sien. 

Son cœur a fait choix d'une femme 

De tendresse riche surtout. 

A l'or qu'offre une cause infcime , 

II répond : '^ L'honneur avant tout ! " 

Dans son ménage. 

Joyeux et sage , 
Il s écrie , aux jours de loisir : 
•• Vivent le vin et le plaisir ! " 



18; 



— 24G 



LE BON PRETRE & LE MOURANT, 



AiH de la Sentinelle. — 31. 



" Je vais mourir , mon père ; en ce moment 
•' Délivrez-moi d'une charge importune. 
'' C'est un trésor, et par ce testament 
•'Je vous le lègue : acceptez ma fortune. " 

— '^ Mon fils, êtes-vous sans parents? 
" Ils vous ont offensé peut-être : 

" Oubliez leurs torts les plus grands, 
" Au nom du Dieu que je comprends : 
" Je suis chrétien et je suis prêtre , 
•' Je suis prêtre. " 

" Non, je n'ai plus de parents ici-bas, 
" Et ma fortune est dignement acquise. 
"■ Votre vieux temple est petit , n'est-ce pas l 
•' Prenez mon or et fondez une église. ^ 

— '^ Mon fils, pour ce hameau chrétien 
• Ce temple est tout ce qu'il doit être : 
" Nul bonheur n'est égal au mien 

" S'il est rempli d'hommes de bien 
•• Quand j'invoque Dieu comme prêtre, 
" Comme prêtre. ^ 

" Vous refusez ; et moi qui dans ce lieu 
" Jetais le bhlme îl celui qui gaspille... 
" Mon or est là : qu'en ferai-je , mon Dieu l 
^ Ah ! c'est afl'reux de mourir sans famille ! 

— " Sans famille ! Et l'humanité ? 

•' D'Adam Dieu nous a tous fait naître. 



^■ 



— 247 — 

- Ouvrez à votre parenté 
" L'asile de la charité 
•' Et je vous absous comme prêtre, 
•• Comme prêtre. - 

Le moribond accepte ; et de ses yeux 
Jaillit soudain un rayon de lumière ! 
C'était son àme : en montant vers les cieux 
Elle bénit le prêtre en sa prière. 
>sous aussi nous le bénissons : 
Celui-là de son divin maître 
Suit les admirables leçons. 
Ah ! sur la terre où nous passons 
Rien n'est plus grand que le bon prêtre , 
Le bon prêtre. 



1852. 



— 248 — 



COUPLETS 



A HARTIIELEMY FRISON 



à propos de lu slulue de Holaud de Utlrc ['. assus 



Musique de M. Hippolyte Héro. — 'is. 



C'est bien Lassus : il seml)le qu'il existe î... 

Vers lavenir marche , Barthélémy ! 

Ton œuvre est belle : aujourcriuii dans Tartiste 

Je suis heureux de trouver un ami. 

Comme à Gallait, Tournai, ta ville chère. 

Donna le jour à ton talent si vrai ; 

Elle se dit, en son orgueil de mère : 

Cest l'œuvre encor d'un enfant de Tournai. 

Avec bonheur j'aime à le reconnaître 

Et nul ici ne voudrait le cacher : 

Nous chérissons le lieu qui nous vit naiîro 

Sans nous borner à l'esprit de clocher. 

Par ce Lassus, dont tu créas l'image. 

Le nom montois l'ut élevé si haut 

Et nous disons, fiers de te rendre honunage : 

C'est l'œuvre encor d'un enfant du Hainaut. 

C'est bien Lassus , prince de rharmoni(* , 
Front ceint de gloire et d'immortalité : 
Il va noter une œuvre de génie. 
Au livre d'or de la postérité î 



24t) 



En ce beau jour la voix de la patrie 
Fait tressaillir nos cœurs épanouis : 
Avec amour je Tentends qui s écrie : 
C'est l'anivre encor d'un enfant du pays ! 



1853. 



250 — 



LES TITANS. 



AïK ; Quand un tendron vient eti ces lieux. — 66. 



Quel nuage plane sur nous? 
Frères, le temps est sombre : 
L'œuvre des Titans en courroux 
Sur nous projette une ombre. 
Ces géants , comme les démons , 
Veulent entasser sur les monts, 

Les monts ! 
L esprit sombre comme le temps. 
Lorsque j écoute les Titans, 

J'entends : 

— •' Titans, sous notre joug d'enfer 
'• S'égarent les pygmées ; 

•' A nous l'airain, le plomb, le 1er, 

•• Innombrables armées ; 

- Fusils, canons, grondez en feu 
•• Pour étouffer la voix de Dieu , 

" De Dieu! 

• Allons , Titans audacieux , 

• Il faut escalader les cieux, 

•• Les cieux ! 



Le monde est un vieillard courbé 
Dont la grandeur s'efface ; 
Son Dieu n'est qu'un soleil tombé 
Que notre or le remplace ! 
Les siècles s'écoulent en vain , 
L'homme espérait : il doute entin 



i 



ï 



— 251 — 

^ Enfin ! 
" Allons, Titans audacieux , 
" Il faut escalader les cieux , 

" Les cieux ! " — 

— II est sur ma tablette, en haut. 
Un petit christ de cuivre : 

Le matin je prie , aussitôt 
Ce christ me semble vivre ! 
Et sa croix, symbole infini, 
Porte un rameau de buis béni , 

Béni ! 
Et, dans son martyr dorieux, 
Il dit, en me montrant des yeux 

Les cieux : 

•' Les siècles de l'humanité 

" Sont pour la Providence 

" Un instant dans l'éternité : 

« L'œuvre de Dieu commence. 

" A travers le nuage épais 

- J'entrevois l'olivier de paix , 

" De paix ! 
•• Homme, travaille, prie, attends 
" Dieu va foudroyer les Titans ! " 

— J'attends ! 



1853. 



— 25-2 



PRIERE AU PRINCE ROYAL 



A L OCCASION DE SA MAJORITE. 



AïK : Muse des bois et des accords champêtres. — ii. 



A le fêter tout le pays s apprête ; 
Il voit en toi le premier de ses fils : 
Prince, au milieu de ces accents de fête . 
J'entends pleurer des enfants du pa3's. 
La voix dun fils, d'une femme, t'implore : 
Ils ont parlé des prisonniers de Huy... 
Dans son martyre un Dieu pardonne encore : 
Dans ton bonheur pardonne conmie lui. 

Prince, c'était pendant des jours d'orage. 
Pris de vertige , en un fiévreux transport , 
Près de l'écueil , témoin de leur naufrage , 
Les malheureux croyaient toucher au port. 
En revoyant le drapeau tricolore , 
Ils comprendront leur devoir aujourd'hui î 
Dans son martyre un Dieu pardonne encore : 
Dans ton bonheur pardonne comme lui. 

Ta mère (;l Dieu t'inspirent la clémence. 
Ton cœur est noble et ton père est si bon ! 
Songe aux captifs : par cinq ans de souffrance 
Prince, ils ont bien mérité le pardon. 



¥ 



258 — 



Dans le boaii jour qui pour nous doit éclore. 
Que sur des i)l6Hirs \o sohdl n'ait pas lui ! 
Dans son martyre un Dieu pardonne encore 
Dans ton bonheur pardonne comnie lui. 



1853. 



254 — 



LES BORDS DE LA MEUSE. 



Musique de Vauteur. — er. 



terre heureuse , 

Heureux pays, 
Salut , beau vallon de la Meuse ! 

terre heureuse, 

Heureux pays , 
Ah ! c'est vraiment un paradis. 

Jaime à voir, de Namur à Liège, 
Ces rochers vieux comme le temps : 
Ils semblent les débris du siège 
Oïl Ion foudroya les Titans ! 

terre heureuse , etc. 

Tout à coup, un site sauvage 
Change et déroule à l'œil surpris 
Riche villa, joyeux village : 
Puis reviennent les rochers gris. 

terre heureuse, etc. 

Souvent un roc, géant d'audace 
Que parfois couronne un château , 
Tient, dans sa plus sombre crevasse. 
Un arbuste où chante un oiseau. 

O terre lieureuse , o\i\ 



— 255 — 

Là-bas quelle gaîté s'épanche? 
Mon cœur en est tout réjoui : 
Le peuple y fête le dimanche 
Avec le petit vin de Huy. 

terre heureuse, etc. 



Le sol qu'on laboure, ou qu'on creuse. 
Produit des trésors en ce lieu ; 
Pour leur transport , voici la Meuse , 
Chemin que créa le bon Dieu. 

terre heureuse , etc. 



Quel feu le noir charbon de terre 
Fait jaillir de ce soupirail... 
Le saint travail tûra la guerre : 
Honneur au foyer du travail ! 

terre heureuse, etc. 



Hommes qui voulez en ce monde 
Du passé remonter le cours. 
Torturez votre œuvre inféconde 
Quand la Meuse coule toujours. 

terre heureuse, etc. 



Si les ruisseaux font les rivières 
Qua la mer Dieu veut réunir. 
Les peuples , malgré leurs frontières , 
Marchent vers un même avenir. 



terre heureuse. 
Heureux pays, 



— 250 



Salut , beau vallon de la Meuse ! 

terre heureuse. 

Heureux pays. 
Ah î c'est vraiment un paradis. 



1853. 



257 



LE CHANT DU LABOUREUR. 

Musique de Vauteur. — es. 

Ma charrue entame la terre : 
Tirez , chevaux , couple si beau ; 
Le vent agite leur crinière, 
Il s'engouffre dans mon sarrau ; 
Et les feuilles qu'il éparpille 
A mes pieds tombent en sifflant ; 
L'oiseau se tait sous la charmille : 
Quelle musique que le vent ! 

La moisson , mon Dieu , c'est si frêle : 
Quand la grêle passe dans l'air , 
Ah ! préserve-nous de la grêle 
Pour que le pain ne soit pas cher. 

Nous labourons pendant l'automne, 
Quand le terrain est bien fumé, 
Pour que la récolte soit bonne 
Où notre main aura semé. 
En guidant ses bêtes de somme. 
L'homme , en sueur , fouille en tout lieu ; 
Mais après le travail de l'homme , 
Laissons faire au travail de Dieu. 

La moisson , etc. 

Sous la neige l'hiver protège 
Le germe , trésor immortel ; 
Vient le printemps qui fond la neige, 
Et le blé croît sous un beau ciel. 

18 



— 258 — 

La nature , douce et superbe , 
Met, dans cette heureuse saison. 
Un rubis à chaque brin d'herbe , 
Un oiseau dans chaque buisson ! 

La moisson, etc. 

Le soleil dans un ciel limpide 

Nous rend les vastes horizons ; 

Les cieux , les champs , tout est splendide , 

Quand leté dore les moissons. 

Salut , Dieu de l'agriculture ! 

Automne, hiver, printemps, été. 

Dans l'atelier de la nature 

Tu fais tout pour l'humanité ! 

La moisson , mon Dieu , c'est si frêle : 
Quand la grêle passe dans l'air, 
Ah ! préserve-nous de la grêle 
Pour que le pain ne soit pas cher. 



1853. 



250 



LE PERE FARO. 



Musique de Vauteur. — 69. 



Je suis le Père Faro ! 
Mon verre est plein, ma pipe est bonne... 
Vive la bière , au diable l'eau ! 
Je suis content et rond comme une tonne : 

Je suis le Père Faro ! [bis.) 
Je suis content et rond comme une tonne ; 
Au diable l'eau! 

Je suis le Père Faro ! 

Mon père ne savait pas lire ; 
Brave homme, il chérissait son fils : 
Il me fit instruire gratis, 
Mais enfin il me fit instruire : 
Ah ! comme il chérissait son fils. 
Par l'ordre et par l'économie , 
D'ouvrier je devins bourgeois ; 
Et , bon homme comme autrefois , 
Le bon sens, voilà mon génie. 

Je suis le Père Faro î 
Mon verre est plein, etc. 

Sous mon épaisse corpulence, 
Fils du peuple , j'ai le cœur fier : 
J'ai su aaa'uer la croix de fer 
Jadis pour notre indépendance : 
J'ai su sfaiïner la croix de ter. 



— 260 — 

Mon cœur bat et mon œil rayonne 
Lorsque je vois nos trois couleurs ; 
Oui, mais je sens couler mes pleurs 
Lorsque j'entends la Brabançonne ! 

Je suis le Père Faro ! 
Mon verre est plein, etc. 

Bon ! voilà que je m'émancipe 

Au souvenir national : 

Ça fait plus de bien que de mal , 

Remplissons ma pinte et ma pipe : 

Ça fait plus de bien que de mal. 

La pipe et la bière écumante 

Viennent exalter mes esprits... 

Tant mieux! je sens, quand je suis gris, 

Mon ardeur de mil-huit-cent-trente ! 

Je suis le Père Faro ! 
Mon verre est plein, etc. 

Il part. La rue est solitaire. 

Notre buveur allait bon train , 

Quand une femme dit : " J ai faim ! 

»» Pitié, Monsieur, pour une mère : 

" Monsieur , mes enfants ont faim ! . . . -^ 

Père Faro suspend sa course 

Et lui donne tout son argent... 

Il s éloigne , et dit , en marchant , 

Le cœur léger comme la bourse : 

Je suis le Père Faro ! 
Comme il présent ma pipe est bonne... 
Vive la bière , au diable leau ! 
Je suis content et rond comme une tonne ; 

Je suis le père Faro ! (bis.) 
Je suis content et rond connue une tonne ! 
Au diable l'eau ! 

Je suis le Père Faro ! 



— 261 — 



LE VIEIL OUVRIER. 



Musique de l'auteur. — 70. 



Je n'ai jamais fait de mal à personne ; 
Vieil ouvrier je vous implore tous ! 
La charité sauve celui qui donne ; 
Jadis aussi j ai donné comme vous. 
Pour riiomme fort mendier c'est un vice ; 
L'âge affaiblit et mes yeux et ma main : 
En attendant que l'on m'ouvre un hospice, 
N'ai-je pas droit de mendier mon pain? 

Dans les beaux jours, quand la jeunesse amie 
A mon travail me trouvait si joyeux, 
Je n'ai pu faire aucune économie ; 
Je soutenais mes parents déjà vieux. 
Il me souvient quelle fut leur souffrance 
Quand une balle a déchiré mon sein : 
J'ai combattu pour notre indépendance ! 
N'ai-je pas droit de mendier mon pain ? 

Que de tourments cet hiver nous amène ! 
Quand il fait froid les besoins sont plus grands. 
Le pain est cher. L'ouvrier peut à peine 
Gagner assez pour nourrir ses enfants. 
J'avais un fils, bras de fer, âme pure. 
Dieu l'a repris... Je suis seul et j'ai fîiim ! 
Les chiens partout trouvent leur nourriture... 
N'ai-je pas droit de mendier mon pain ! 



— 262 — 

Retirez donc les ouvriers, vos frères, 
Partout du bouge où leur misère entra ; 
Fondez, puissants, des cités ouvrières : 
Craignez encor , craignez le choléra ! 
Dieu la voulu , nous sommes solidaires ; 
Tremblez , palais , car le bouge est malsain ; 
Le mal se gagne : oh ! les hommes sont frères î 
N ai-je pas droit de mendier mon pain ? 

Oui , j'ai ce droit ; tète et cœur , tout l'affirme : 
Le Christ un jour Tinscrivit dans sa loi. 
Sous mes haillons, vieillard caduc, infirme. 
Je suis un homme aussi bien que le Roi ! 
Rayon divin , mon àme est immortelle 
Ma pauvreté s'illumine soudain : 
En attendant qu'aux cieux Dieu la rappelle, 
J'ai bien le droit de mendier mon pain. 



1854. 



— 263 — 



I 



LE DOUDOU. 

Air jiopulaire Montais . — 7i. 

Montois, à pleine gorge, 
Chantons à l'unisson 
Le dragon et saint George 
Sur l'air du vieux Lumçon (i) ! 

Ce refrain 

Plein d'entrain 
Invite aux jeux, à la danse ; 
Et tout refrain heureux 
Réveille au cœur les instincts généreux. 

Chantons, mes amis, 
Cet air du pays 
Si cher à notre enfance ; 
Montois, sage ou fou, 
-Chantons le doudou ; 
Rien n'est plus charmant que le doudou. 

Quand Gilles prend sa lance (2) 
Et presse son coursier. 
L'affreux dragon balance 
Une queue en osier... 

On se bat : 

Quel combiit ! 
Le dragon faiblit, je pense... 



(I) C'est ainsi qu'en langage popiilaire on appelle le comlial du diairon et de 
saint r.eorge. 

i% r.illes de Cliin et saint George sont pour le peuple montois un même per- 
sonnage. 



— 264 — 

Grâce à Gilles de Chin 
Le voilà mort... jusques à Tan prochain. 

Chantons, mes amis, etc. 

Des soldats intrépides, 
Avec les Du Vivier, 
Au pied des Pyramides 
Ont dit ce chant guerrier. 

Une fois, 

Un montois, 
Blessé là-bas pour la France, 
Sans fléchir un instant, 
Avec transport disait en combattant : 

'' Chantons, mes amis, etc. ^ 

Quand, héroïque épée. 
Un Du Vivier passait (i) 
C'est saint George et Vpoupee (2) 
Que tout gamin chantait. 

Dans les mains 

Des gamins 
Tombait une récompense ; 
Et les malins gaillards 
Disaient gaîment en se montrant leurs liards 

« Chantons, mes amis, etc. ^ 

On peut montrer encore 
A tous nos chabourlets (3) 



(I) Les péncraux Vincent et Louis Du Vivier. 

{i) L'pouppc c'est la statue de la Vierge. U n'y a pas si longtemps encore, relie 
statue prctctlail saint Geori:e à la procession, ainsi «lue le dit ce couplet populaire; 

ISos irons vir l'car dor 
A Tproccssion de Mon; 
Ce s'ra rpoupée saint Georg' 
Qui no' suivra de Ion. 
(3) On donne à Mons le nom de chabourlets cl cliabourlcltcs aux élran?crs cl 
étrangères invités au.\ fètcs de la kermesse. 



— 265 — 

Un drapeau tricolore 
Troué par les boulets. 

Ce lambeau 

De drapeau, 
Gage saint d'indépendance, 
Au plus fort du péril 
Qui le portait? c'est Pierre Du Ménil (i) 

Chantons, mes amis, etc. 

Quand se tait la parole 
Sous un joug détesté. 
On voit par un symbole 
Surgir la vérité : 

Le dragon 

Du Lumçon, 
C'est le joug, l'intolérance ; 
Et saint George indompté, 
mes amis , c'est bien la liberté ! 

Chantons, mes amis, 
Cet air du pays 
Si cher à notre enfance ; 
Montois , sage ou fou , 
Chantons le doudou : 
Rien n'est plus charmant que le doudou. 



1853. 



(1) Au combat de Hcrchem (1830), Pierre du Mciiil, né à Mons le 26 Août 18H , 
planta, en avant des braves volonîaircs Belles, le drapeau national qui fut mulilc 
entre ses mains par le canon de l'ennemi. 11 fut décoré pour ce lait d armes eu iSôo. 



— 260 — 



L'OUVRIER DÉCORE. 



Air de la Sentinelle. — 31. 

Un crai refrain s'envole avec mon nom : 
Le peuple chante et l'on me récompense. 
Puis-je blesser maint poète en renom 
Ou quelqu auteur dont la gloire commence ? 
Petite muse du foyer. 
Doucement ma chanson résonne. 
Ma croix, nul ne doit l'oublier. 
En la donnant au chansonnier. 
C'est à l'ouvrier qu'on la donne. 
Qu'on la donne. 

Soyez bénis , ô mes fliibles couplets ! 

Aux travailleurs vos refrains ont su plaire ; 

Et, pour franchir les marches d'un palais. 

Votre soutien fut la voix populaire. 
Le pouvoir songe A, l'atelier 
Ofi pour hii l'avenir rayonne ! 
Ma croix, nul ne doit l'oublier. 
En la donnant au chansonnier. 
C'est à l'ouvrier qu'on la donne. 
Qu'on la donne. 

Le tablier du modeste artisan 
N'est pas taillé pour de vaines parades. 
Et je suis fier d'y placer ce ruban 
Pour faire honneur fl tous mes camarades î 
Ce ruban prouve ;\ l'ouvrier 
De quelle estime on l'environne. 



— 267 — 

Ma croix, nul ne doit l'oublier. 
En la donnant au chansonnier, 
C'est à l'ouvrier qu'on la donne, 
Qu'on la donne. 



Juin 1854. 



268 — 



LE CHARBON DE TERRE. 



Musique de Vauteur. — 72. 

Quand Dieu créa le ciel, la terre et l'onde, 
Satan mina notre sol par le feu ; 
Mais ce volcan qui menaçait le monde 
Devint charbon par un souffle de Dieu. 
Et le maudit , dans cette mine éteinte , 
Cacha le gaz au tonnerre pareil ; 
Mais le travail en fait la flamme sainte 
Qui du foyer, l'hiver, est le soleil. 

Charbon de terre. 

Diamant noir, 
Du peuple ta force est l'espoir : 
Ton feu porte aussi la lumière ! 

Salut, charbon de terre, 

Salut, diamant noir. 

En instruments de guerre , sur l'enclume , 

Si le charbon peut transformer l'acier , 

De tous côtés, regardez , il s'allume 

Et le progrès attise le brasier ; 

En concentrant ses chaudes étincelles, 

On fait mouvoir, avec un bruit d'enfer. 

Le remorqueur par qui l'homme a des ailes. 

Et l'industrie aux mille bras de fer. 

Charbon de terre, etc. 

Le teint jauni par le travail sous terre , 
La lampe au front et l'outil dmis la main. 



269 



Le charbonnier, simple et grand caractère, 
A consacré sa vie au genre humain. 
Voilà le puits étroit, profond et sombre : 
Hommes, enfants descendent, tour à tour, 
La longue échelle aux échelons sans, nombre. 
Dieu permettra qu'ils reviennent au jour ! 

Charbon de terre, etc. 

Voyez, l'été, ces campagnes superbes 
Que des forêts enrichissent encor ; 
Voyez partout les bestiaux dans les herbes 
Et les bluets dans les grands épis d'or. 
D'un puits béant le mineur énergique 
Fait arriver le charbon au dehors : 
Le sol wallon, c'est un château magique 
Dont les caveaux sont remplis de trésors ! 

Charbon de terre. 

Diamant noir. 
Du peuple ta force est l'espoir : 
Ton feu porte aussi la lumière ! 

Salut, charbon de terre, 

Salut, diamant noir. 



— 270 — 



LA MUSETTE & LE CHANSONNIER 



A M. CHARLES ROGIER. 

Air : C'est un lanla landerirette. — 20. 

Ils ont mis Rogier par terre : 
Chacun veut ses intérêts... 
Tout haut, musette, ma chère. 
N'exprime pas tes regrets ; 
Tu vois son étoile qui file 
Et tu pleures le nez au vent ! 
Allons donc , musette inhabile , 
Regarde le soleil levant. 

Que nous fait mil huit cent trente , 
Que nous font les trois couleurs , 
Quarante-huit et sa tourmente , 
Quand se courbaient les trembleurs ( 
Que font les caisses de retraite , 
Les lois qui marchent en avant ^ 
Allons donc , maudite musette , 
Regarde le soleil levant. 

Je serai l'homme sinistre. 
Fait pour la corde et le feu ! 
Quand Rogier n'est plus ministre 
Pourquoi le chanter , morbleu ? 
Je te le passerais, pécore. 
S'il était riche en s'en allant... 
Mais tu sais qu'il est pauvre encore 
Regarde le soleil levant. 



— 271 — 

]^]]i ! musette insupportable , 
Rogier , ce suppôt d enfer , 
Dans un temps épouvantable 
Créa le chemin de fer ; 
Et le progrès , par cette route , 
Va plus vite qu'auparavant : 
On veut qu'il déraille sans doute 
Regarde le soleil levant. 



1854. 



272 — 



RÉPONSE DE M. CHARLES ROGIER 



A LA CHANSON PRECEDENTE. 



Merci , c'est bien à vous , ô mon lovai poète : 
D'autres vont aux vainqueurs ; vous venez au revers ; 
Ils flattent le succès, vous flattez la défaite, 
Votre cœur généreux a passé dans vos vers. 

Mais pourquoi ces regrets comme au bord d une tombe ? 
Qu'importe une blessure 'après tant de combats ! 
Qu'importe à l'édifice une pierre qui tombe ! 
L'édifice est debout, et ne tombera pas. 

Sans craindre que jamais leur triomphe s'achève, 
Laissons les conquérants d'un jour à leurs transports. 
C'est pour nous, non pour eux que le soleil se lève, 
Il luit pour les vivants et non pas pour les morts. 

Dieu ne vous versa pas au cœur la poésie, 
Les généreux instincts et les nobles penchants, 
Pour garder de ses dons la richesse enfouie. 
Pour briser votre lyre ou renier vos chants. 

Non, vous n'éteindrez pas en vous les pures flammes 
Qui de notre avenir éclairent le chemin ; 
A la foi qui chancelle, aux défciillantes âmes 
"Vous montrerez le but et vous tendrez la main. 

Vous chanterez encor la liberté féconde, 

La patrie et ses lois , septembre et ses couleurs , 



— 273 — 

La Justice qui règle , et le Progrès qui fonde , 
Et le travail par qui les hommes sont meilleurs. 

Pieusement vouée aux artisans vos frères, 
Votre muse leur doit ses chants consolateurs. 
Hirondelle joyeuse au toit de leurs chaumières, 
Elle rend plus léger le poids des durs labeurs. 

Que cette muse aimée, il la voix fraîche et vive. 
De ses refrains connus égayant l'atelier. 
Soit pour l'humble lamille une sœur attentive , 
Et charme en l'élevant le cœur de l'ouvrier. 

Juillet 1854. 

Charles Rogier. 



19 



274 — 



LES SABOTS NEUFS. 



A M. LOUIS TROYE, GOUVERNEUR DU II.UNAUT. 



Musique de Vauteur. — 73. 



Hier à 1 école , triste et sombre , 

J étais honteux comme un hibou ; 

Je cachais mes deux pieds dans l'ombre : 

Mes sabots avaient un grand trou. 

Mais aujourd'hui , l'allure franche , 

Je veux sortir à tout propos... 

Ah ! quel bonheur que c'est dimanche : ) 

J'ai de nouveaux et beaux sabots \ ^ i>>. 



Hier soir , au retour de la classe , 
Je chantais le long du chemin ; 
En jouant , un enfant qui passe 
Tombe à l'eau , tout près du moulin. 
Tout habillé dans la rivière 
Je plonge et le sauve des flots... 
J'oubliais , en voyant sa mère , 
Que j'avais perdu mes sabots. 

Ma mère , femme déjà d'âge , 

Est veuve , et je ne suis pas grand ; 

Quand elle revint de l'ouvrage , 

J'avouai la chose en pleurant. 

Et loin de me gronder , ma mère 

M'embrasse et dit » le cœur tout gros 



275 — 



C'est tout le portrait de son père : 
Je vais tacheter des sabots... 
C'est tout le portrait de son père. " 
- J'ai de nouveaux et beaux sabots ! 



1854. 



— 270 — 



EN AVANT ! 



Air : Plus on est de fous, plus on rit. — T4. 

Amis , en ce temps redoutable 
Où rintérêt seul est sacré , 
Vous ravoùrai-je ? à cette table 
Je vins nVasseoir le cœur serré. 
Aux amis j'ai vidé mon verre , 
Et mon âme s'ouvre en buvant 
L egoïsme crie : en arrière 1 
Et mon cœur répond : en avant !... 

Aux lueurs de sa décadence , 
Faible guide pour notre esprit , 
L'Inde nous légua la science 
Que vint illuminer le Christ. 
Dieu de paix , il flétrit la guerre ; 
Il meurt ; mais le verbe est vivant. 
En vain César pousse en arrière , 
Le verbe répond : en avant ! 

Petits hommes , raisons bridées , 
Armés de vos vieux arguments , 
Vous faites la guerre aux idées : 
Arrêtez donc les éléments ! 
L'eau remplit une ample chaudière , 
Le l'eu pétille en la chauffant : 
Et quand vous criez : en arrière î 
La vapeur répond : en avant ! 



\ 



— 277 — 

Eh quoi ! lutterez-voiis sans cesse 
(Contre la suprême raison ? 
Le génie est une noblesse 
Dont Dieu seul donne le blason. 
L'électricité nous éclaire : 
Un grand penseur , en observant , 
A la foudre a pris la lumière 
Qui doit nous conduire en avant ! 

Le travail par qui tout se fonde 
Préoccupe chaque cerveau ; 
Tout fermente , et notre vieux monde 
Voit éclore un monde nouveau. 
Chaque peuple aux autres sur terre , 
Ouvrit la route en selevant : 
C'est l'humanité tout entière 
Qui va s'écrier : en avant ! 

Amis , à la famille humaine 
Portons un toast en ce beau jour : 
Les petits n'auront plus de haine 
Quand les grands auront plus d'amour. 
Cet avenir en qui j'espère 
Semble m'apparaître en buvant : 
Que chacun remplisse son verre 
Et répète en chœur : en avant ! 



1855. 



278 — 



JOCRISSE. 

Air ". Mon père était pot. — 47 

Loin de prendre pour parvenir 
La plume ou la palette , 
Jocrisse , en garçon d'avenir , 
Choisit la clarinette. 
Quinze ans des échos 
Ses deux concertos 
Furent le long supplice : 
Messieurs , écoutez 
Les difficultés 
Que sait vaincre Jocrisse. 

Son oncle était , selon son vœu , 
Valet d une princesse ; 
L'oncle , enchanté de son neveu , 
En parle à son altesse. 
Voilà qu'un beau jour 
Il joue à la cour , 
Grâce à sa protectrice ; 
Chaque souverain 
Y eut l'ouïr soudain : 
— Voyez grandir Jocrisse. 

Jocrisse , lancé par les rois 
Sur la grand'route humaine , 
Pour les nobles et les bourgeois 
Devint un phénomène. 

Jocrisse ici bas 

Trouve sous ses pas 



— 279 — 

Sans y mettre malice , 
Un double trésor : 
Des fleurs et de l'or. 

— Voyez grandir Jocrisse. 

Notre homme avec ses deux solos 
Fit le tour de la terre ; 
La Fortune , image des flots , 
Le porte en Angleterre. 
Il est applaudi : 
Sensible ladj 
Lui donne un cœur novice : 
L'enfant d'Albion 
Vaut un million. 

— Voyez grandir Jocrisse. 

Jocrisse, par ce million , 
Revint un homme unique ; 
On le fît chef de bataillon 
De la garde civique. 
Vingt fois décoré , 
Il sera titré : 
Quel acte de justice ! 
L'or rend orateur : 
Il est sénateur. 

— Voyez grandir Jocrisse. 

Vieux , Jocrisse un jour dit : '• Je meurs ! 
" Ma conscience est nette ; 
M Adieu ma femme et les honneurs , 
v Adieu ma clarinette ! « 
Il fait le grand saut... 
Trop souvent au sot 
Ce vieux monde est propice ; 
Et le ciel sourit 
Au pauvre desprit : 
Ainsi finit Jocrisse. 



— 280 — 

Quelle rumeur dans la cité ! 
Comme chacun s agite ! 
Un convoi vient de ce coté ; 
Rangeons nous au plus vite. 
Quel riche convoi î 
Les chantres , je croi , 
Seront lents à l'office ; 
Résonnez , tambours , 
-Feu , cloches , discours : 
On a perdu Jocrisse ! 



1855. 



— 281 — 



LE DRAPEAU DU SOLDAT. 



Musique de l'auteur. — 75. 



Vivre ou mourir pour son drapeau , 

C'est le cri de guerre 

Dun bon militaire. 
Est-il au monde un sort plus beau : 
Vivre ou mourir pour son drapeau ! 

C'est un troupier qui vous conseille , 
Soldat , sous mes habits bourgeois ; 
Je suis un ancien de la vieille : 
Austerlitz m'a valu la croix. 
En vrai Belge j'ai l'âme ardente 
Et vigoureux comme autrefois , 
J'ai joint , grâce à mil huit cent trente , 
La croix de fer à l'autre croix. 

Vivre ou mourir , etc. 

Soldat qu'une fougue guerrière 
Entraîne à courir au danger , 
Ne déserte point ta bannière 
Pour le drapeau de l'étranger. 
Quand la patrie est en alarmes , 
C'est ta mère que tu défends : 
Cette mère en criant : aux armes ! 
Doit réunir tous ses enfants. 

Vivre ou mourir , etc. 



— 282 — 

Savoir pardonner une offense, 
C est la force dans la bonté ; 
Pour ton pays , pour sa défense 
Tu portes le sabre au côté. 
Un camarade de jeuiresse 
En duel tomba sous mon bras ; 
Depuis lors je vieillis sans cesse 
Mais le remords ne vieillit pas ! 

Vivre ou mourir , etc. 

Un soldat qui dans la bataille 
Court braver le fer et l'airain , 
Ne doit-il pas être de taille 
A combattre aussi le chagrin. 
Dieu montre le prix de la tâche; 
Luttons , la vie est un combat : 
Celui qui se tue est un lâche 
Indigne du nom de soldat ! 

Vivre ou mourir , etc. 

Soldat , le devoir en Belgique 
Pour l'avenir donne des droits ; 
L'honneur peut mettre à ta tunique 
Des étoiles d'or et la croix. 
Soldat , songe qu'à la frontière 
S'il fallait affronter la mort , 
Tu verrais notre armée entière 
Chanter en chœur avec transport : 

Vivre ou mourir pour son drapeau , 

C'est le cri de guerre 

D'un bon militaire. 
Est-il au mondi^ un sort plus beau : 
Vivre ou mourir pour son drapeau î 



1855. 



— 283 



LE CHANT DE L'ATELIER. 



Musique de Vauteur. — 76. 



Ouvrier 
A l'atelier , 
Fais ton ouvrage 
Avec courage ! 
Dieu ta donné bon cœur , bon bras : 
Sois honnête homme, et tu réussiras. 

Pour prendre femme, attends que ta jeunesse 
Sache un métier pour nourrir tes enfants ; 
Place rhonneur plus haut que la richesse : 
Les hommes purs sont les plus grands. 

Ouvrier , etc. 

Prends pour compagne une sincère amie 
Qui , brave femme et fille d'artisan , 
Sache qu'un sou par jour d'économie 
Donne trente-six francs par an. 

Ouvrier , etc. 



Puis au métier que ta main rude exerce 
Ce capital peut prêter son appui : 
Tel commença par un petit commerce , 
Qui se trouve riche aujourd'hui. 

Ouvrier , etc. 



— 284 — 

Si tes parents vieillissent sur la terre 
Qu'en l'avenir par toi seul ils aient foi. 
Travaille bien pour ton père et ta mère : 
Ils ont tant travailhé pour toi. 

Ouvrier , etc. 

Fuis l'insensé qui s'adonne au genièvre , 
Horrible fou qui se tue en buvant , 
Car ce poison , dans une ardente fièvre , 
En fait un cadavre vivant. 

Ouvrier , etc, 

Emprunte un livre où la pensée abonde , 
Tu le liras aux heures du repos ; 
L'instruction , c'est le niveau du monde : 
Deux hommes instruits sont égaux ! 

Ouvrier , etc. 

Si tu parviens , il faut , en homme sage , 
De ton passé garder le souvenir : 
Par le travail , l'honneur et le courage 
Il est si beau de parvenir ! 

Ouvrier 
A l'atelier , 
Fais ton ouvrage 
Avec courage ! 
Dieu t'a donné bon cœur , bon bras :, 
Sois honnête homme , et tu réussiras. 



— 285 — 



LES PETITS AIRS ET LES PETITES CHANSONS. 



Musique de l'auteur. 



Par la chanson notre enftince est bercée ; 
Dans notre cœur elle incruste ses vers ; 
La mélodie en charme la pensée , 
Et la chanson doit tout aux petits airs. 
Ainsi que l'aigle on voit les hirondelles 
Franchir aussi les vastes horizons ! 
Les petits airs , sur leurs petites ailes , 
Portent bien loin les petites chansons, (bis). 

Muse du peuple à sa voix apparue , 
La chanson passe : elle parle tout haut ! 
Dans le salon , la mansarde ou la rue , 
Franche d'allure , elle arrive bientôt. 
Le cabaret redit ses ritournelles : 
Chacun écoute et reçoit ses leçons. 
Les petits airs , sur leurs petites ailes , 
Portent partout les petites chansons. 

Un vieux soldat , en inclinant la tète , 
Vient appuyé sur le bras de son fils ; 
Un enfent chante , et le vieillard s'arrête : 
C'est un refrain qu'il a connu jadis ! 
C'est un bouquet fait de fleurs immortelles , 
C'est Béranger , l'écho des plus doux sons : 
Toujours , toujours , sur leurs petites ailes , 
Les petits airs porteront ses chansons ! 



— 28G — 

Plus d un génie à la mâle éloquence , 
S'adresse à tous et nest pas écouté. 
Du chansonnier le devoir est immense 
Quand il obtient la popularité : 
Semant le bien par ses chansons nouvelles , 
De l'avenir il prédit les moissons!... 
Les petits airs , sur leurs petites ailes , 
Portent longtemps les petites chansons. 

Oui , la chanson du peuple est l'épopée : 

C'est le discours des tribuns en sarrau. 

La poésie en a fait son épée , 

Au jour d'alarme elle sort du fourreau ! 

Aux droits sacrés ses refrains sont fidèles ; 

Et y pour répondre à la voix des canons , 

Les petits airs élargissent leurs ailes : 

Le peuple alors marche au bruit des chansons. 



287 



LE PLAISIR ET LA CHARITÉ. 



Chœur chanlé pendant la marche de la cavalcade historique, on l'honneur 

des trrands musiciens Montois lioland de Lattre {Lassus), Philippe de Mons, 

et organisée à Mons par la Société Lyrique, 

au profit des pauvres, à l'époque du carnaval de isri?. 



Musique de M. Eyckens. 

Joyeux chanteurs , cavalcade historique , 
Nous invoquons , sûrs de leur noble appui , 
Ceux qui jadis illustraient la Belgique , 
Pour secourir les pauvres d'aujourd'hui. 

Pour rendre hommage aux rois de l'harmonie 

Dont s'enorgueillit la cité , 
Faisons , amis , marcher de compagnie 

Le plaisir et la charité. 

Honneur à vous , escorte triomphale ! 
Roland de Lattre et Philippe de Mons 
Sont des noms cliers à la ville natale 
Qu'avec ardeur , en frères , nous aimons. 

Par la gaîté quand notre âme est remplie , 
Eparpillons les ris comme des fleurs : 
Sonnez , grelots ! La main de la folie 
Demain du pauvre ira sécher les pleurs. 

Pour rendre hommage aux rois de l'harmonie 

Dont s'enorgueillit la cité , 
Faisons , amis , marcher de compagnie 

Le plaisir et la charité. 

Février 1857. 



— 288 — 



L'ENFANT DU PAYS. 

A S. A. R. LE DUC DE BRADANT, A LOCCASION DE SA MAJORITE. 

(9 AVRIL 1853). 

Chœur composé par M. Bender. 



Le peuple a béni ton enfance , 
Prince . et le peuple espère en toi : 
Sois toujours prêt pour sa défense 
Comme ton Père , notre Roi. 
Par tes bienfaits sur cette terre , 
Au ciel fonde ta rovauté ; 
Pour les pauvres , comme ta mère , 
Sois ransfe de la charité! 



CHŒUR. 

Du ciel un ange sympathique 
Nous crie , en nous montrant son fils 
" Ce prince , enfant de la Belgique , 
V Sera digne de son pays ! ^ 

La Belgique entière te fête ! 
Brabançons , "Wallons et Flamands , 
Les Belges sont un peuple honnête 
Qui garde la foi des serments. 
Que ton cœur aux nôtres ressemble : 
Peuple et Roi , double Majesté , 
Soyons fiers de porter ensemble 
Le drapeau de la liberté. 



his. 



I 

I 



— 289 — 



Du ciel un ange sympatliique 
Nous crie , en nous montrant son fils : 
" Ce prince , enfant de la Belgique , 
" Sera digne de son pays ! m 



Avril 1853. 



20 



— 290 — 



UNE MARINE. 



COUPLETS 



à M. Aimé Quinel qui m'a offert une jolie marine, d'après Donny, 
en écliange d'une chanson. 



Air du Vaudeville de la Petite Gouvernante. — 19. 



J'accepte une page parfaite 
Pour une imparfaite chanson : 
Moins encore que le poète 
Le peintre a-t-il de la raison ^ 
Ta marine est large et charmante ; 
En s approchant de ce tableau , 
Ma chanson timide et tremblante 
Craint , hélas ! de tomber îi l'eau . 

La plage est immense et dorée 
Des reflets du déclin du jour ; 
Toute une famille adorée 
Du marin attend le retour. 
De ta toile calme et profonde , 
J'aime l'horizon radieux 
Où l'on voit l'infini de l'onde 
S'unir à l'infini des cieux. 

La lumière , l'air et la vie 
Animent l'œuvre que voilà ; 
Il semble , en voyant la copie , 
Que le maître a passé par là. 



-- 201 — 

Après iino telle peinture , 
Prends ton essor , unie do fou 
Inspire-loi do la nature , 
Cette œuvre éternelle de Dieu. 



Février 1865. 



202 



LE ROI & CHARLES ROGIER. 



Air : Echos des bois errayits dans ces vallons. — 26. 



Le Roi passait ; dans la foule , eu chemin , 
Il voit Rogier , s'approche et le salue ; 
Le fils royal vient lui tendre la main : 
Vive le Roi ! répond la foule émue. 

Nous confondons ces cris avec fierté : 
Vive le Roi ! Vive la Liberté ! 

Sur chaque peuple et chaque royauté 
Lorsque grondait un orage sinistre , 
Charles Rogier , qui n'est plus député , 
Du souverain fut le disne ministre. 

Nous confondons ces cris avec fierté : 
Vive le Roi ! Vive la Liberté ! 

Rogier , des nains veulent couvrir d'affronts 
Les sages lois que ta voix fit éclore ; 
Ton œuvre existe et nous la défendrons , 
O vieux soldat du drapeau tricolore 1 

Nous confondons ces cris avec fierté : 
Vive le Roi ! Vive la Liberté ! 

Jusqu'aux honneurs élevé , malgré toi , 
Des envieux méprise la colère. 
Le peuple Belge , à l'exemple du Roi , 
A consacré ta gloire populaire. 



— 293 — 

Nous confondons ces cris avec fierté : 
Vive le Roi ! Vive la Liberté ! 

Vive le Roi ! vive l'homme de bien 
Qui , sans fléchir , répond à notre attente 
En saluant l'humble et crrand citoven 
Il saluait encor mil huit cent trente ! 

Nous confondons ces cris avec fierté : 
Vive le Roi ! Vive la Liberté ! 



15 Novembre 1855. 



201 — 



].E LILAS DE MA COUR. 

Air de la Treille de sincérité. — ca. 

Tu vieillis , et sous ta verdure , 
Tu semblés rajeunir toujours , 
Lilas qui montres pour .parure , 
Aux baisers des premiers beaux jours, 
La fleur des premières amours. 
Des moineaux au logis fidèles , 
Quand tu fleuris , chantent soudain ; 
J'entends le cri des hirondelles : 
Ma cour se transforme en jardin ! 

On pourrait rire 

Si j'osais dire 
Combien je te porte d amour , 
petit arbre de ma cour ! 



T'inondant de perles humides , 
De toi le matin est jaloux ; 
Et tes grappes , en pyramides , 
Semblent , en se penchant vers nous , 
Exhaler des parfums plus doux. 
Tu viens , comme la poésie , 
Arbuste pour moi sans pareil , 
Des vallons riants de l'Asie , 
Pays des fleurs et du soleil. 

On pourrait rire 

Si j'osais dire • 

Combien je te porte d'amour . 

O petit arbre de ma cour ! 



— 295 — 

Mes enfants , à lame naïve , 
Te font témoin de leur gaîté ; 
Ainsi qu'une source d'eau vive , 
De leur grande simplicité 
Dieu fait jaillir la vérité. 
Et y cœur ouvert , l)Ouche muette , 
Je les écoute bien souvent... 
C'est alors que je suis poète : 
Comme eux je redeviens enfant. 

On pourrait rire 

Si j'osais dire. 
Combien je te porte d'amour , 
petit arbre de ma cour ! 

Le vent du soir dans ton feuillage 
Passe et fuit plus suave encor ; 
Avec lui mon esprit voyage : 
Vers rOrient prenant l'essor , 
Son rêve lui montre un trésor. 
Je crois voir , douce Providence ! 
D'une corne d'or et d'émail , 
Les Péris verser l'abondance 
A tous les enfants du travail. 

On pourrait rire 

Si j'osais dire 
Combien je te porte d'amour , 
petit arbre de ma cour î 



Avril 18 56. 



— 296 — 



LA MORT DU LILAS. 

Air du Credo du Chansonnier. — 95. 

Le choléra passait ouvrant ses ailes sombres , 

Et sa main sans pitié moissonnait chaque jour ; 

Lorsqu'au printemps dernier, sous des cieux chargés d'ombres, 

Il vint planer soudain sur ma petite cour. 

Et le lilas lui dit , dans sa candeur sublime : 

" De ma chère maison daigne épargner le sort ; 

" A tes horribles coups s'il faut une victime , 

" Me voici : frappe-moi !" — Le petit arbre est mort. 

Septembre I8116. 



— 207 — 



LE NOUVEAU CADET-ROUSSELLE. 



Air : Cest l'amour, Vamow\ Vamoitr. — 78. 



Mon Cadet-Rousselle est là 

Qui flairé 

Un bon ministère ; 

Gauche ou droite , le voilà : 

Prenez ce cadet-là ! 

Son profil de Polichinelle 
A la Chambre est tout radieux ; 
De ce nouveau Cadet-Rousselle 
Le savoir-faire est merveilleux. 

Devant Rogier et Frère 

Il fut s'agenouiller ; 

Mais souffle un vent contraire 

A bas Frère et Rogier ! 

Mon Cadet-Rousselle est là, etc. 

Par ses intrigues il sut plaire 
A maint faiseur électoral ; 
Un tripotage tutélaire 
Le fit député libéral. 

En faux frère sans cesse 

Quand notre homme a voté , 

Il vient avec adresse 

Prùner la liberté ! 

Mon Cadet-Rousselle est là , etc. 



— 298 — 

Si par le journal qui le loue 
Cadet jadis fut compromis , 
L'auteur qui lui jetait la boue 
Est maintenant de ,ses amis. 

Oui , de Cadet , ce cuistre 

Est le cœur et la voix : 

Si l'un devient ministre , 

L'autre obtiendra la croix. 

Mon Cadet-Rousselle est là , etc. 

Quand manœuvrant avec prudence , 
Il semble accomplir son mandat , 
Un faux manteau d'indépendance 
Cache son cœur de renégat. 

Grâce à cette malice , 

Un vote indépendant 

L'a fait nommer le vice 

Le vice-président. 

Mon Cadet-Rousselle est là , etc. 

Ses nombreux tours de passe-passe 
En font un homme curieux ; 
De la Chambre il est le paillasse , 
Mais le paillasse sérieux". 

Orateur , il déride 

Public et Parlement ; 

Veut-on rire ? Il préside : 

Entrez : c'est le moment ! 

Mon Cadet-Rousselle est là , etc. 

Très-habile dans la pratique , 

Notre homme est vraiment sans pareil î 

Nouvel Icare politique , 

Il veut s'approcher du soleil. 



— 200 



I 



Il pourrait dans la lutte 
Retomber sur le sol : 
Qu'il prenne un parachute 
Au lieu dun parasol ! 

Mon Cadet-Rousselle est là 

Qui flaire 

Un bon ministère ; 

Gauche ou droite le voilà : 

Prenez ce cadet là ! 



Juin 18 56. 



- 300 — 



LE PILOTE DE TOURNAL 



Air : Siizon sortait de son village. — ôi. 

J'ai VU le Pilote dimanche 
Passer le regard plein de feu, 
Echarpe rouge sur la hanche, 
Chapeau marin, bourgeron bleu. 
Quelle carrure, 
Quelle tournure ! 
A son aspect se taisent les railleurs ; 
Rien qu'à sa vue , 
Jai lYime émue, 
Car les plus forts sont souvent les meilleurs. 
Dans ce type-là tout dénote 
L'homme du peuple simple et vrai. 
Salut, Pilote de Tournai, 
Salut, joyeux Pilote ! 

Sur l'Escaut, son champ de batailles. 
Comme il s'expose avec bonheur ; 
Pilote, montre tes médailles 
Plus belles que nos croix d'honneur. 
Sa gloire brille 
Sur sa famille. 
Qui doulilement se plaît à le bénir ; 
Cet honnête homme 
Est économe : 
Pour ses enfents il sonc:e à l'avenir. 
C'est le cœur chaud d'un patriote 
Toujours aussi brave que gai. 
Salut , Pilote de Tournai , 
Salut , joyeux Pilote ! 



— 301 — 

Un écolier qui s'émancipe , 
Est entraîné par le courant ; 
Un Pilote pose sa pipe , 
S'élance et repèche lenfant. 
Mais vers la rive 
Sa mère arrive 
Et tombe en pleurs dès qu elle l'aperçoit ; 
Il se ranime : 
Simple et sublime , 
Son sauveur dit en lui montrant le doigt : 
" Cours vers ta mère qui sanglotte 
" Et ne viens plus seul sur le Quai ! ^ 
Salut , Pilote de Tournai , 
Salut , brave Pilote ! 

Son courage est à toute épreuve : 
Quand fondent les neiges d'hiver, 
Parfois l'eau déborde , et le fleuve 
Est effrayant comme la mer ! 
L'onde s'amasse , 
Gronde et menace 
D'humbles maisons qu'elle va submerger... 
Cris lamentables ! 
Pour ses semblables 
L'homme s'élève au niveau du danger : 
" Je veux , en l'abîme où je flotte , 
" Périr , ou je les sauverai ! ^ 
Salut, Pilote de Tournai , 
Salut , vaillant Pilote ! 

ENVOI. 

Ma Muse qui sans crainte fronde 
Les fourbes de tous les partis , 
Sans haine pour les grands du monde , 
Aime à chanter pour les petits. 



— 302 — 

Franche et sincère , 
Tournai mest chère : 
LEcho , la Lyre (i) , Artilleur et Pompier. 
Orphéoniste , 
Pilote , Artiste , 
Tous ont montré du cœur au chansonnier 
Du peuple reste la marotte , 
Muse , et je te bénirai... 
Ah ! pour remercier Tournai , 
J'ai chanté son Pilote. 



Septembre 1856. 



(I) l.'Eclio (te l'Esraul, la I.i/rc Ourricre , sociclôs de chauis. 



— 3o;{ — 



XXV -^ ANNIVERSAIRE. 



Musique de l'auteur. — tj. 

Les cris du cœur sont toujours éloquents : 
Un peuple entier fête l'anniversaire 
Du souverain qui depuis vingt-cinq ans 
A gouverné les Belges comme un père. 

Bruit du canon , carillon du befï'roi , 
Accompagnez la voix de la patrie : 
C'est la liberté qui secrie : 
Vive le Roi ! 

On nous a vus , calmes dans nos débats , 
Avec le Roi que la Belgique honore , 
Vers le progrès marcher dun môme pas : 
Sans reculer nous marcherons encore ! 

Bruit du canon , etc. 

Ce noble Roi , cœur plein de loyauté , 
Est tout puissant par sa haute sagesse ; 
Il couvrira de son nom respecté 
Nos droits sacrés : la tribune et la presse ! 

Bruit du canon , etc. 

Aux yeux surpris des grandes nations , 
Lorsque l'orage éclatait sur nos tètes , 
On vit briller nos institutions 
Ainsi qu'un phare au milieu des tempêtes. 

Bruit du canon , etc. 



~ 304 — 

Son règne est beau ! le Roi prend pour appui 
La Loi , le Droit et le Peuple lui-même ; 
Il fît monter sur le trône avec lui 
La liberté , cette force suprême ! 

Bruit du canon , carillon du beffroi , 

Accompagnez la voix de la patrie : 

C'est la liberté qui s'écrie : 

Vive le Roi ! 



1856. 



305 



LA PRIERE EN COMMUN. 



Musique de Vauteur. — so. 

C'est l'heure où les enfants disent les choses saintes 

Que porte vers les cieux leur petite oraison ; 

Leur mère est auprès d'eux à genoux , les mains jointes , 

Et le bonheur alors plane sur la maison. 

Pour louer le Seigneur la famille s'assemble 

Et le Seigneur répond : « Mains jointes , à genoux , 

» Lorsque vous êtes trois qui me priez ensemble , 

V Mon cœur et mon esprit sont au milieu de vous ! » 

— Enfants , voici le soir : l'étoile a sa lumière , 
L'oiseau son chant joyeux , la fleur son doux parfum ; 
Pour rendre gloire à Dieu nous avons la prière : 
Faisons , ô mes enfants , la prière en commun. 

L'homme est souvent mauvais et je ne suis qu'un homme 

Par les méchants instincts à la terre lié ; 

Dans vos élans pieux votre bouche me nomme : 

Par vous , ô mes enfants , je suis purifié. 

Parlez de votre mère aux sphères éternelles ; 

Une mère ici-bas est un si grand trésor : 

C'est un ange gardien qui nous cache ses ailes. 

Mais qui voudrait en vain nous cacher son cœur d'or. 

— Enfants , voici le soir , etc. 

Priez : et si quelqu'un vous a fait de la peine , 
N'écartez pas son nom de votre hymne d'amour , 
Car la prière , enfants , peut dissiper la haine 
Comme se fond la neige au soleil d'un beau jour. 

21 



— 306 — 

La charité , lespoir et la foi vous inondent : 
Que le vœu des petits là-haut soit entendu , 
Afin que le travail et la paix qui fécondent 
Nous rendent pour jamais le paradis perdu ! 

— Enfants , voici le soir , etc. 

La main du créateur montre à la créature 

Les vallons , les forêts , l'océan , le ciel bleu ; 

Partout l'univers parle et dit que la nature , 

Mère du genre humain , est la fille de Dieu ! 

Dieu , c'est , mes chers enfants , la sagesse profonde 

Qui règne sur l'espace et remplit l'infini ; 

C'est le souffle étemel , c'est la splendeur du monde : 

Par la terre et les cieux que son nom soit béni ! 

— Enfants , voici le soir : 1 étoile a sa lumière , 
L'oiseau son chant joyeux , la fleur son doux parfum ; 
Pour rendre gloire à Dieu nous avons la prière : 
Faisons , ô mes enfants , la prière en commun. 



i 



1856. 



— 307 — 



LES LIONS & LES OURS. 

Musique d<i l'auteur. — si. 

Du bruit de leur nom formidable 
Deux cercles remplissent Courtrai ; 
L un savant , l'autre charitable , 
Tous deux amis du bon , du vrai. 
L'un s'appelle Lion de Flandre; 
Sous la peau de XOurs redouté , 
L'autre cache à la pauvreté 
Les bienfaits qu'il a su répandre. 

Que je voudrais vivre toujours 
Avec les Lions et les Ours ! 

Méritant leur surnom de bête , 
Pour combler mon désir ardent, 
Ils m'ont fait, par un jour de fête , 
Ours et Lion correspondant . 
Je suis un Lion très-informe , 
Je suis un Ours très-mal léché ; 
Mais , par le plaisir alléché , 
Je viens ici pour qu'on me forme. 

Que je voudrais vivre toujours 
Avec les Lions et les Ours ! 



On disait : la littérature 

En Belgique n'existe pas ; 

Quand un jour, charmante aventure , 

Vers Courtrai je guidai mes pas ; 



(his.) 



— 308 — 

J'y vis un cœur plein de science 
Que l'Europe entière a compris. 
Je m'écriai : Gloire au pays 
Qui possède Henri Conscience ! 

Que je voudrais vivre toujours 
Avec les Lions et les Ours! 



2 Mars 1861. 



i 



300 — 



BALLADE. 



A M. LE BARON DE W. 



Air du Vaudeville de la Petite Gouvernante. — 19. 



Le fils était digne du père. 
On restaurait leur vieux château 
Que l'on crut voir sortir de terre 
Offrant un aspect tout nouveau. 
L'architecte était un artiste 
Qui ne pouvait se fourvoyer ; 
Pourtant le château semblait triste 
Il était un vide au fover. 



Mais Fernand rencontra Marie... 
Fernand, d'une tremblante voix : 
'^ Père, veux-tu? Je me marie : 
» Nous serons trois comme autrefois. 
Pour l'épouse et la mère absente , 
Un pleur à leurs veux vint briller. 
Une femme jeune et charmante 
Fut bientôt l'âme du foyer. 

Des pauvres vers Dieu la prière 
Monta lorsqu'ils furent unis ; 
Car dans la plus humble chaumière. 
Ces grands seigneurs étaient bénis. 



— 310 — 

iSi cœurs serrés, ni fronts moroses ; 
Leur bonheur vint tout égayer : 
Que de beaux enfants blancs et roses 
Viennent sourire à leur foyer ! 



Janvier 1866. 



— 311 — 



LE PRINCE DE LIGNE & SIR ROBERT PEEL. 



« Puis, Tambassadeur du plus petit royaume d'Europe, la Belgique, M?r le 
prince de Lisçne , le type complet de la pompeuse vanité et de la nullité arro- 
gante, » etc., etc. 

{Discours prononcé par Sir Robert Peel au dîner public donné le 
5 janvier I8:>7 , à l'inmiqiiration de la nouvelle Bibliothèque 
d'Adderley-Park, ci Birmin'jham.) 

Traduction de l'ETOiLE Belge. 



Air : On dit partout que je suis bête. — 82. 



Pourquoi donc, ù prince de Ligne, 

A Moscou parus-tu si digne? 

En arrogance, en nullité, 

Peel transforme ta dignité. 

Dans un grand banquet, dit l'histoire. 

Il te fît injure... après boire. 

Sir Robert na pas ton défaut : 

Prince, sois donc moins comme il faut. 

Tu mérites ce trait bacchique ; 
Ambassadeur de la Belgique, 
Tu fus l'envoyé d'un pays 
Moins grand que les États-Unis : 
A ce mot, je vois l'Angleterre 
Soudain se troubler et se taire... 
Sir Robert n'a pas ton défaut : 
Prince, sois donc moins comme il faut. 

Aux yeux de la diplomatie. 
Prince, tu dus être, en Russie, 



— 312 — 

Fier de représenter, je croi, 
Un peuple honnête, un sage Roi. 
Sir Robert Peel tout haut décrie 
Ceux qui rehaussent leur patrie. 
Sir Robert n'a pas ton défaut : 
Prince, sois donc moins comme il faut. 

Est-ce un ministre d'Andeterre, 

Au nom illustré par son père, 

Qui vient parler , en casse-cou , 

De son ambassade à Moscou? 

Le malheureux bat la campagne 

Dans des discours pleins de Champagne. 

Sir Robert n'a pas ton défaut : 

Prince, sois donc moins comme il faut. 

Sir Robert, reprends l'équilibre : 
Le ministre d'un peuple libre 
Doit savoir que la liberté 
A pour flambeau la vérité. 
Honte à Tivresse qui le plonge 
Dans l'indécence et le mensonge î 
Sir Robert n'a pas ton défaut : 
Prince, sois donc moins comme il faut. 



Janvier 1857. 



— 313 



LA LOI SU II LA CHARITÉ. 

Air : Cest Varaour, V amour, Vamour. — 78. 

Quel vertige affreux vous porte 
A rétablir la main morte ? 
Plus que moines et couvents , 
Nous aimons nos enfants! 

Chanter est aussi du courage 
Quand l'éclair brille à l'horizon ; 
Souvent pour conjurer Forage , 
Le peuple na que la chanson. 

Lorsqu'à l'erreur qui passe 

Il sent qu'il faut un frein , 

Le peuple dans l'espace 

Va jeter son refrain. 

Quel vertige affreux, etc. 

Quoi ! le pouvoir cherche à défendre , 
En invoquant la liberté , 
La main morte qu'on veut nous rendre 
Sous prétexte de charité ! 

S'il est tant de misère , 

Empêchez, par vos lois, 

L'offrande populaire 

Pour les petits Chinois. 

Quel vertige affreux, etc. 

On verrait chez un peuple sage 
Les vieux abus remis à neuf? 



— 314 — 

Mais refaire le moven-àge , 
C'est refaire quatre-vingt-neuf. 
Les lois sont en Belgique 
Les mêmes pour chacun : 
Le prêtre et le laïque 
Sont dans le droit commun. 

Quel vertige affreux, etc. 

Enrichir par un privilège 
Les gens dune communauté. 
C'est protéger un sacrilège : 
Ils ont fait vœu de pauvreté î 

L'Etat se suicide 

Si l'on vote la loi. 

Mais il a pour égide 

La sagesse du Roi. 

Quel vertige affreux, etc. 

Loin de l'arène politique , 
Quand le prêtre monte à l'autel , 
Pour l'avenir de la Belgique , 
Nos vœux s'élancent vers le ciel. 

Dieu vrai dont la lumière 

Pénètre nos esprits. 

Entends notre prière 

Et sauve le pays! 

Quel vertige affi'eux vous porte 
A rétablir la main morte ? 
Plus que moines et couvents , 
Nous aimons nos enfants. 



Mai 1857. 



— 315 



TU FAIS HONNEUR AUX OUVRIERS MONTOIS. 



A M. FRANÇOIS DECLERCQ, 



Fondateur de la fabrique de Porcelaines du faubourg de IN'imy, après une visile 

faite à son élablissement. 



Air d'Aristippe. — e. 



Je veux chanter : la muse est indiscrète ; 

Mon cher Declercq , je te trouve en chemin : 

Sans hésiter, tu sais que le poète 

Prend tous les fruits qui tombent sous sa main. {bis. 

Où recueillir une moisson plus ample ? 

Aux ouvriers , indulgents à ma voix , 

Ta vie est là qui peut servir d'exemple : 

Tu fais honneur aux ouvriers Montois. {bis.) 

La tâche est rude à celui qui commence : 
Heur et malheur suivent l'homme de près ; 
Tu te jetas seul dans la lutte immense 
Toujours ouverte à tous les intérêts. 
Au premier gain que t'offrit la partie , 
Joignant bientôt du cœur et tes dix doigts , 
Tu vins ici fonder une industrie : 
Tu fais honneur aux ouvriers Montois. 

Dieu te rendra le bien que tu sus faire , 
Car les meilleurs sont pour lui les plus grands ; 
Tu lui parais , dans ta modeste sphère , 
Bien au-dessus de tous nos conquérants. 



— 316 — 

C'est par la mort que leur gloire est suivie... 
Dans un faubourg, chez d'humbles villageois. 
Tu répandis l'abondance et la vie : 
Tu fais honneur aux ouvriers Montois. 

Ton industrie en chefs-d'œuvre est fertile , 
Par tes émaux les yeux sont éblouis ; 
En citoyen de plus en plus utile , 
D'un produit neuf tu dotes le pays (i). 
D'autres travaux vont t arracher peut-être 
A la fabrique où l'on chérit tes lois : 
Tes ouvriers n'oublîront pas leur maître ! 
Tu fais honneur aux ouvriers Montois. 

Pour débuter, ici, dans ta jeunesse, 
Tu fus , dit-on , serviteur quelque part ; 
Au préjugé point d'indigne faiblesse : 
Sois fier surtout de ton point de départ. 
Tu répondrais, si, dans ton existence, 
Quelqu'un raillait ton métier d'autrefois : 
^' Par le travail j'ai comblé la distance ! ^ 
Tu fais honneur aux ouvriers Montois, 



Novembre 1858. 



(1; Aines de loiitruos rcchciclics, M. Ih^clcrcf] a dcrouvorl . prés de Boaumonl 
une terre dont il a fait de la très-belle paie de Porcelaine. 



— 317 — 



LE I.ENDE]\IAIN DE LA FIN DU MONDE. 



(14 JUIN 1857.) 



Air du Carnaval. — 9. 



L'astrologie a parlé : point de grâce ! 

Pour nous plonger dans 1 éternelle nuit , 

Une comète , en dévorant l'espace , 

Doit tout brûler , le treize , avant minuit. 

Le créateur de la grande famille 

Va-t-il user la foudre à nous punir?... 

Non , lombre fuit , regardez , le ciel brille : 

Le monde , amis , n est pas près de finir, {bis.) 

Une comète (i) a marqué son passage 
En ravivant la vigne et les moissons ; 
Le cœur rempli du plus heureux présage , 
Le travailleur a repris ses chansons. 
Un beau soleil vient féconder la terre ; 
La main de Dieu s étend pour nous bénir , 
Le riche admire et l'indigent espère : 
Le monde , amis , n est pas près de finir. 

La charité , c'est la vertu sublime 
Qui dit aux grands : Secourez les petits. 
Sous son manteau la main-morte et la dîme 
Voudraient cacher leurs vastes appétits. 

(1) La comète de I8U. 



— 318 — I 

Loin denrichir le froc ou la barbette , 

Tout legs pieux au travail doit sunir 

Pour mieux fonder les caisses de retraite. | 

Le monde , amis , n'est pas près de finir. 

Le citoyen , quand il est honnête homme , 

Met la patrie au dessus des partis ; j 

Nous lutterons contre les fils de Rome 

S'ils ne sont plus les enfants du pays. 

Droits et devoir y trouvent 1 équilibre ; 

Le Roi , le peuple ont foi dans l'avenir : 

C'est pour longtemps que la Belgique est libre ! 

Le monde , amis , n'est pas près de finir. 

Loin des Judas soucieux et moroses , 
Dans un verger aux arbres ravissants , 
Pommiers fleuris , ainsi qu'eux blancs et roses , 
Je vois courir et jouer des enfants. 
Dans la nature il est tant de ressource : 
Chaque printemps revient la rajeunir ; 
Le genre humain se retrempe à sa source. 
Le monde , amis , n'est pas près de finir. 

Aux sombres jours , on voit surgir des sages 
Pour éclairer la vieille humanité ; 
Si tout périt , dans l'océan des âges , 
Tout doit périr , hormis la vérité ! 
Du haut des cieux un Dieu la fit descendre ; 
Le fer , le feu n'ont pu l'anéantir : 
C'est le Phénix qui renaît de sa cendre ! 
Le monde , amis , n'est pas près de finir. 



— 319 — 



COUPLET A M. CHARLES ROGTER 

Aiii : C'est un lanla landerirette. — 20. 

Rogier, la voix populaire 

S élève pour te venger; 

On t'appelle au ministère : 

La patrie est en danger ! 
— ; Musette, ainsi qu'un astronome. 
Je te revois le nez au vent ; 
C'est l'étoile d'un honnête homme : 
Recarde le soleil levant. 



Novembre 18 57. 



320 — 



UNE CHAUMIERE DANS LES ARDENNES. 

Musique de l'auteur. — 83. 

Pittoresques Ardennes , 

Au milieu de tes plaines 

Déjà le soleil luit ; / 

Et de cette chaumière , 

Qu'inonde sa lumière, 

Ne secliappe aucun bruit. 

Elle reste fermée , 
Sans jeter sa fumée 
Comme un panache au vent; 
Un beau jour la rend belle : 
Et pourtant autour d'elle, 
Pas un être vivant. 



En ce lieu solitaire , 
Dieu seul sait quel mystère 
Tient fermé ce séjour. 
Quant à moi, je suppose 
Que la chaumière close 
Est ouverte à l'amour. 



— 321 — 



REPONSE A SANCHO 



(Voir son n» du 27 [IcccmLre 18î)7.) 



COUPLETS DEDIES A M. VICTOR JOLY. 



Oui, je suis ne à La Haye, le 30 mai 181G, d'une more bcl?c et d'un père 
français qui vinrent liabitcr Mons six mois après ma naissance. — Oui, j'ai le 
cœur l-el?e : je l'ai prouvé l'ar mes cliansons jialriotiques, cl je suis fier de dire 
que, seul en Belî;i(|ue jus(iu'à ce jour, M. Victor Joly a sonpé à f;iire de moi un 
étranger dans le pays que je legarde coinine ma pairie. — Oui , je me suis fait 
une position par mon travail. 

Sanclio me reproche tout cela comme un crime. Pourquoi ? 



Air : Faut d' la vertu, 'pas trop n'en faut. — C2. 

Sancho, cesse de t'irriter : 

Tu ne me feras pas chanter (i). 

Sancho, dans des lignes fleuries, 
Démasquant mes vastes projets, 
Dit que j'ai choisi trois patries , 
Afin de mordi^e à trois budgets. 

Sancho y cesse de t'irriter : 
Tu ne me feras pas chanter. 

Du Hollandais j'ai l'avarice ; 
Et , pour te rendre ton encens , 
Du Français je tiens la malice , 
Du Belge je tiens le bon sens. 

(I) Donner de l'argent à un pamphlétaire de bas étage pour acheter son silence. 
(Diclionnairc de poclic à ru'^age de M. Victor Joly). 

22 



Sancho, cesse de f irriter : 
Tu ne me feras pas chanter. 

Je suis le plus adroit compère 
Car, longtemps avant d'être né , 
Je me faisais un sort prospère : 
Quel destin je me suis donné ! 

SanchOj cesse de t'irriter : 
Tu ne me feras pas chanter. 

Je pose, régente, administre : 
Guillaume m'a fait commandeur, 
Léopold m'a nommé ministre , 
Et Napoléon sénateur. 

SnnchOy cesse de t'irriter : 
Tu ne me feras pas chanter. 

Sancho, trêve aux plaisanteries ; 
Pour te placer, j'ai résolu 
De toffrir c\ mes trois patries : 
Nulle d'elles ne t'a voulu. 

Sancho, cesse de t'irriter : 
Tu ne me feras pas cfianter. 

Pour vivre selon ta coutume , 
On te voit, d'un air menaçant. 
Sur sa gorge mettant ta plume , 
Gueuser l'aumùne du passant. 

Sancho, cesse de t'irriter : 
Tu ne me feras pas chanter. 

Le sublime touche au grotesque : 
Quand passe un homme vert encor» 



i 



— 323 — 

Sur ton échine gigantesque 

Il ne pleut pas toujours de lor. 

SauchOy cesse de t'irriter : 
Tu ne me feras pas chanter. 

Fesse-Mathieu pour me pourfendre 
Près de toi s épuise à rimer : 
Vous êtes faits pour vous entendre 
Et pour ne pas vous estimer. 

Sancho, cesse de t'irriter : 
Tu ne me feras pas chanter. 

Contre moi désormais ta rage 
Peut se vautrer dans tes écrits : 
Je n'aurai plus pour ton chantarje 
Que le silence et le mépris. 

Snncho, cesse de f irriter : 
Tu ne me feras pas chanter. 



Janvier 18 58. 



— 324 — 



LES GRENOUILLES & LES OISEAUX. 

Air an Vaudeville de la Petite Gouvernante. — i9. 

En ce monde étrange , l'envie , 
Pour faire taire les oiseaux , 
Aux grenouilles donna la vie 
Dans les herbes et les roseaux. 
Qui donc salùrait dans l'espace , 
Dieu , la nature et les beaux jours ? 
En vain la grenouille croasse : 
Los oiseaux chanteront toujours ! 



Janvier 1858. 



— 325 - 



LA CHANSON DU BERCEAU. 



A MADAME ACHILLE JUBINAL. 



Air : Échos des bois errants dans ces vallons. — 2g. 



Sur ton berceau le refrain d'un ami 
Voltigera , dit ta mère qui veille. 
Comme un oiseau sur la branche endormi. 
Pour te chanter ma muse se réveille. 

C'est un ami , cher petit nourrisson , 
Qui te dira ta première chanson. 

Autour de toi tout semble segayer 

wSous le regard d'une mère ravie : 

Sa douce voix t'apprend à bégayer 

Des mots touchants qui charmeront ta vie. 

C'est un ami , cher petit nourrisson , 
Qui te dira ta première chanson. 

Ta mère est là prompte à sécher tes pleurs : 
Pour réjouir son 4nie qui rayonne , 
Que ton printemps , comme un arbuste en ileurï 
Donne à rêver aux beaux fruits de l'automne. 

C'est un ami , cher petit nourrisson , 
Qui te dira ta première chanson. 

Dieu veuille alors que l'ange du berceau , 
Qui verse en nous des trésors d'harmonie , 



— 326 — 

De ton cœur pur , ainsi qu un frais ruisseau , 
Fasse jaillir la source du génie. 

C'est un ami , cher petit nourrisson , 
Qui te dira ta première chanson. 

Dans le chemin s'il te faut un appui , 
Pour te guider vers l'avenir prospère , 
J'en connais un , tu peux compter sur lui : 
C'est le savoir et l'amour de ton père. 

C'est un ami , cher petit nourrisson , 
Qui te dira ta première chanson. 

Faible d'abord , un monde bienveillant 
Va l'accueillir sur la errand'route humaine ; 
Fort , tu verras dénigrer ton talent : 
L'envie un jour a fait naître la haine. 

C'est un ami , cher petit nourrisson , 
Qui te dira ta première chanson. 

Si Dieu te fit pour un destin si beau , 
Dans le combat , comme après la victoire , 
Les ailes d'or de l'ange du berceau 
S'élargiront pour abriter ta gloire. 

C'est un ami , cher petit nourrisson , 
Qui t'aura dit ta première chanson. 



1857. 



327 



LA liATAILLE DES ÉPERONS D"OR, 



(Plaine de Croeninglie, près de Couiliai. 



MERCRKDI 11 JUILLET 1302. 



Musique de A. Gevaert. — 84. 



Vers Courtrai dorgueilleuses bandes 
Accourent au bruit des clairons ; 
Contre les communes flamandes 
Philippe (1) a lancé ses barons. 
Ce n est pas le peuple de France , 
Serf sous la féodalité , 
Non , c'est contre la liberté 
Le despotisme qui s'avance ! 

Flandre , combats avec fierté : 

Cette lutte sera féconde , 

Car , de ton sol ensanglanté , 

Le germe de la liberté 

Va poindre et transformer le monde. 

Mais le tocsin se fait entendre... 
Les chevaliers, fléau d'enfer, 
Passent en ravageant la Flandre 
Et par la flamme et par le fer. 
Bénis par leur famille en larmes , 
Dans leur sainte rébellion , 

(I) Philippe Ic-Bcl roi do Frar.ce. 



— 328 — 

Au cri sacré : •' Flandre au lion ! « (l) 
Peuple et bourgeois ont pris les armes. 

Flandre , combats avec fierté : 

Cette lutte sera féconde , 

Car , de ton sol ensanglanté , 

Le germe de la liberté 

Va poindre et transformer le monde. 

Nos chàteaux-forts et nos églises 

Se sont ouverts à deux battants ; 

La noblesse , pour nos franchises , 

Est au milieu des combattants. (2) 

Et la religion chérie 

Vient servir , dans sa majesté , 

La cause de l'humanité 

Sous les drapeaux de la patrie. 

Flandre , combats avec fierté : 

Cette lutte sera féconde , 

Car , de ton sol ensanglanté , 

Le germe de la liberté 

Va poindre et transformer le monde. 

Gloire au transport qui vous anime 

Juliers , Borluut , Coninck , Brevdel, (3) 

Pour une défaite sublime 

Ou pour un triomphe immortel ! 

Le champ d'honneur est leur tribune , 

Ils électrisent nos soldats : 

Les Flamands ne souffriront pas 

Qu'on touche aux droits de la commune. 



(I) Vlandercn tien l.euw. 

{i) Mais il faut surtout ^igrialcr la part quo la noMc->so flamande prit à la 
dcicnsc de la Klandro. (llislnirc de Flatuirr, Kcrvyn do l.cllonliovo). 

(3) Culllaunic de Juliers, Bmluul, ihel des Gantois. Conynck , Uieydc! , cli< fs des 
corporations de Bruges. 



— 329 — 

Flandre , combats avec fierté : 

Cette lutte sera féconde , 

Car , de ton sol ensanglanté , 

Le germe de la liberté 

Va poindre et transformer le monde. 

Aux flamands un prêtre héroïque. 
En disant : ** Dieu , sois avec nous ! » 
A montré le saint viatique : 
Tous nos guerriers sont à genoux. 
Puis , prenant un peu de poussière , 
Chacun , devant les ennemis , 
Donne à la terre du pays 
Le baiser d'un fils à sa mère. 

Flandre , combats avec fierté : 

Cette lutte sera féconde , 

Car , de ton sol ensanglanté , 

Le germe de la liberté 

Va poindre et transformer le monde. 

Les chevaux font trembler la terre ; 
Et , lance au poing , bannière au vent , 
Des chevaliers l'armée entière 
Roule vers nous comme un torrent ! 
Ainsi qu'aux flots dans la tempête 
Dieu , notre suprême témoin , 
Leur dit : " Vous n'irez pas plus loin. 
Soudain un fossé les arrête ! 

Flandre , combats avec fierté : 

Cette lutte sera féconde , 

Car , de ton sol ensanglanté , 

Le germe de la liberté 

Va poindre et transformer le monde. 

En vain chaque ennemi selance 
Afin d'atteindre ù l'autre bord : 



— 330 — 

Le goedeudag brise la lance , (i) 
Le goedenday donne la mort ! 
La Flandre venge ses injures : 
Nobles , prêtres , gens des métiers 
Renversent les barons altiers 
Dans leurs magnifiques armures. 

Flandre , triomphe avec fierté : 

Ta victoire sera féconde , 

Car , de ton sol ensanglanté , 

Le germe de la liberté 

Va poindre et transformer le monde. 

Enfin de la chevalerie 

Les vainqueurs , plus pieux encor, 

Sur les autels de la patrie 

Déposent les éperons d'or. 

Et les nations opprimées 

Se disent : — A nous l'avenir :, 

Pour nous sauver et nous unir 

Il existe un Dieu des armées ! 

Flandre , triomphe avec fierté : 

Ta victoire sera féconde , 

Car , de ton sol ensanglanté , 

Le germe de la liberté 

Va poindre et transformer le monde. 

Les peuples sont une famille : 

La France , en sa virilité , 

A , sous les murs de la Bastille , 

Brisé la féodalité. 

Belgique, dans l'histoire humaine. 

Tes fils ont des titres plus beaux. 



(1) Cncdcn latj : Mus<no liPiisfoo de jtointcs de fer. >'os so'dals appolai-nt p:ir 
ironie bonjour ou {joeJcmUiÇ} , celle atiiie donl ils allaient faire un si terrible 
usatie. (Histoire de Belgique, Théodore Juste). 



r 



— 331 — 

Car ils ont des temps féodaux 
Les premiers secoué la chaîne î 

Flandre, triomphe avec fierté : 
Ta victoire est toujours féconde , 
Car sur ton sol ensanglanté , 
La moisson de la liberté 
Germa pour transformer le monde. 



332 — 



LA SAINT-HUBERT. 



A S. A. R. M"- LE COMTE DE FLANDRE 



Musique de l'auteur. — 8j. 



En se préparant dès la veille 
Pour la traque du lendemain, 
Il semble qu'on fera merveille ; 
Joyeux, on se met en chemin. 
Voici le rendez-vous de chasse : 
Les gardes, les traqueurs sont prêts... 
L'automne répand dans l'espace 
La bonne senteur des forêts. 

Nos souvenirs ont plus 'de charmes 

Quand le vin pétille au dessert; 

Au bruit des verres et des armes , 

Il faut gaîment fêter la Saint-Hubert. (Ins. 

Au poste ! La chasse commence : 
La trompe a donné le signal ! 
Les chasseurs font un long silence. 
Les traqueurs un bruit infernal. 
Les fusils tonnent presqu'ensemble : 
Lièvres, lapins sont aux abois... 
Le gibier mort , on se rasseml)le 
Pour traquer plus loin dans le bois. 

Nos souvenirs, etc. 



1 



i 



— 333 — 

Au repos, la pipe allumée 
Enflamme bruyère et bois mort ; 
On ouvre , en fuyant la fumée , 
Un grand panier plein jusqu'au bord. 
Chacun s'assied : la flamme brille ; 
Le feu, le vin rendent du ton. 
Maîtres et gardes en famille 
En riant cassent le croûton. 

Nos souvenirs , etc. 

Après la chasse , un garde cherche 
Dans un noir carré de sapins , 
Une longue et solide perche 
Pour pendre lièvres et lapins. 
Autour du Roi faisant tapage, 
On revient, fier de son gibier. 
Par la grand' route du village : 
On est parti par le sentier. 

Nos souvenirs, etc. 

On trouve un repas confortable 
Chez l'un des chasseurs de l'endroit; 
Le plus mauvais tireur, à table. 
Le verre en main , devient adroit. 
Le vin aux tètes échauffées 
Donne de magiques clartés : 
Au pays des contes de fées 
Les convives sont transportés. 

Nos souvenirs , etc. 

Puis, rêvant aux chasses prochaines , 
La nuit, partout dans les halliers. 
On voit les lièvres par centaines , 
On voit les lapins par milliers. 



— 334 — 

Vite on fait feu : chaque coup porte ; 
De Nemrod on a le coup dœil. 
Quand le réveil frappe à la porte, 
On allait abattre un chevreuil! 

Nos souvenirs ont plus de charmes 
Quand le vin pétille au dessert ; 
Au bruit des verres et des armes, 
Il faut gaîment fêter la Saint-Hubert. 



1858. 



*.}>*'0 



LA CHANSON DES ENFANTS. 



Air de la Bière. — c.\. 



L'airain sonne 

Au vieux befl'roi; 
Lecho joyeux redit la Brabançonne. 

L'airain sonne 

Au vieux beffroi ; 
Heureux enfants, cbantons : Vive le Roi! 

Dès le matin , notre mère attendrie , 
Qui des vertus nous» enseigne la loi , 
Disait : " Mon fils, sois fier de ta patrie , 
" Tu vas tantôt passer devant le Roi ! - 

L'airain sonne, etc. 

Rendons hommage au bon maître d'école : 
Contre l'erreur il lutte corps à corps ; 
A notre front il met une auréole , 
Dans notre cœur il sème des trésors. 

L'airain sonne , etc. 

Pour le savoir, qu'on soit moins économe : 
L'instituteur est l'ouvrier du bien : 
Par ses leçons , l'enfont devient un homme 
Qui sent en lui l'ànie du citoyen. 

L'airain sonne , etc. 



— 33G — 

L'instituteur, simple et patriotique , 

C'est le ruisseau qui, sans bruit dans son cours, 

Donne la source au fleuve magnifique 

Où le progrès navigue pour toujours. 

L'airain sonne, etc. 

En ce grand jour dont parlera Tliistoire, 
Nous réclamons par nos cris triomphants , 
U instruction gratuite, obligatoire : 
Tout l'avenir est au cœur des enfants ! 

L'airain sonne, etc. 

Gloire à l'élu qui porte la couronne! 
De la jeunesse il entendra le vœu : 
Nos faibles voix monteront jusqu'au trône , 
Pour s'élancer du trône jusqu'à Dieu ! 

L'airain sonne 

Au vieux beffroi; 
L'écho joyeux redit la Brabançonne. 

L'airain sonne 

Au vieux beffroi; 
Heureux enfants, chantons : Vive le Roi! 

Septembre 1858. 



4 



I 



— 337 



MONSIEUR DU FLAFLA. 



Air : Cette chaumière-là vaut un palais. — î,(j. 



Je suis Monsieur Du Flafla ! 

De l'espace , 

Quand je passe ; 
Faites place , me voilà : 
Je suis Monsieur Du Flafla , 
Oui, je suis [bis) Monsieur Du Flafla, 

Tout haut personne ne proteste 
Contre moi qui trafique en grand : 
Les millions, je vous l'atteste, 
Sont toujours bons à qui les prend. 

Que le vulgaire honnête 

Aille rampant au sol : 

J'ai su rester au faîte 

Depuis mon premier vol. 

Je suis Monsieur Du Flafla , etc. 

Ces gens dont l'honneur est la sphère , 
Ils travaillent : dédaignons-les. 
Ces fripons vivent à rien faire : 
Soyez à leurs ordres, valets ! 

Je défends que l'on ouvre 

A mes pauvres parents ; 

Au vice que l'or couvre , 

Ouvrez à deux battants ! 



Je suis Monsieur Du Flafla, etc. 



OOQ 
•>.>(S 

Je lance, par lagiotage , 
Les actions de mes journaux , 
Mes actions de charbonnage , 
De chemins de fer et canaux. 

Le succès légitime 

Mes opérations. 

On entoure d'estime 

Les bonnes actions. 

Je suis Monsieur Du Flafla , etc. 

Je pris pour femme une héritière 
Dont le père , illustre pied-plat , 
Sut consacrer sa vie entière 
A spéculer avec éclat. 

C'est un Crésus d'élite 

Qui fait tout à propos : 

Sa troisième faillite 

Triple ses capitaux. 

Je suis Monsieur Du Flafla, etc. 

De moi bien fol est qui se moque ; 
Le monde m'a glorifié : 
Le vice commun de l'époque 
En moi s'est personnifié. 

Roulant mon impudence 

Comme un paon radieux , 

Je suis ma Providence : 

C'est l'or qui fait les Dieux ! 

Je suis Monsieur Du Flafla ! 

De l'espace , 

Quand je passe ; 
Faites place , me voilà : 
Je suis Monsieur Du Flafla , 
Oui, je suis (his) Monsieur Du Flafla ! 



1853. 






I/ŒIL DE FOURRIER. 



Air de la Sentinelle. — 31. 

Le grand Fourrier , Iburrant le nez partout , 
Et de Dieu même improuvant la sagesse. 
Dit qu'une queue avec un œil au bout 
Doit un beau jour compléter notre espèce. 
Le bon Dieu , sans être savant , 
Fit tout dune sage manière , 
Car c'est pour marcher en avant 
Que l'homme a deux yeux par devant 
Et qu'il n'en a pas par derrière , 
Par derrière. 



Février 1859. 



— 340 



COUPLETS A MON FILLEUL, ANTOINE DELMÉE, 



LE JOUR DE SON BAPTEME. 



Air du vaudeville de la Petite Gouvernante. — i9. 



Je te donne le nom d'Antoine , 

Mon parrain ma donné ce nom 

Qui fut celui d'un très-grand moine 

Célèbre par son compagnon. 

Le saint qui m est toujours prospère 

M'inspire pour toi ce refrain : 

Mon filleul, ressemble à ton père,, i .. 

C'est le souhait de ton parrain. ( 



Il est aujourd'hui journaliste , (i) 
Lui qui fut un simple ouvrier ; 
N'est-ce pas le cœur d'un artiste 
Qui battait sous son tablier ? 
Comme lui , sois bon pour ta mère 
Qui t'aime et répète soudain : 
** Mon enfant , ressemble à ton père , 
C'est le souhait de ton parrain. ^ 

Ennemi des basses manœuvres , 
Fuyant les tortueux chemins , 
Ton père est le fils de ses œuvres ; 
L'hoimeur , voilii tes parchemins! 

(I] Adolphe Dclmcc, rédacteur cl propriétaire de VEconomiet de Tournai. 



— 341 — 

A l'ouvrage vaillant compère , 
Au plaisir joyeux boute-en-traiu !... 
Mon filleul , ressemble à ton père , 
C'est le souhait de ton parrain. 

Benjamin dune famille 

Fière de ses premiers enfants , 

Dans ton étoile qui scintille 

Je lis des destins triomphants! 

Dieu seul sait tout ; mais l'homme espère 

L'espoir est un présent divin. 

Rehausse le nom de ton père , 

C'est le souhait de ton parrain. 



11 Janvier 1859. 



Je chantais l'hymne d'espérance 

Et rêvais un chemin de fleurs 

Pour mon filleul, quand la souffrance 

L'enlève à sa famille en pleurs. 

11 reste à nos peines cruelles 

La foi , ce baume souverain : 

Je chantais ! — L'enfant a des ailes : 

Un ange au ciel est son parrain ! 



Mai 1866. 



34-2 



LA CRUCHE. 



Air : Verse, verse bon vin de France. — 33. 

^ Les miliciens quittent nos champs ; 

<- Des mères je sens le martyre ! 

« Je veux faire une tirelire 

" Pour le dernier de mes enfants. 

" C'est un fils!... En guidant ses pas, 

»• Déjà mon âme s'inquiète ; 

•' Les riches ne sont point soldats î 

•• Ma cruche sera ma cachette , 

^ Sera ma cachette. 
•' A prix d'or puisque tout s'achète , 
•' Mon garçon ne partira pas. » 

Un jour la mère en cheveux blancs , 

Tressaille d'espoir et de crainte ; 

Elle casse la cruche sainte. 

Et soudain , de ses doigts tremblants , 

Elle compte en priant tout bas , 

Et s'écrie , après sa prière : 

" C'est le paradis ici-bas 

^ Que Dieu fait de notre chaumière : 

^ De notre chaumière ; 
• J'ai compté, la somme est entière : 
" Mon garçon ne partira pas ! ^ 

Une cocarde à son chapeau , 
Le fils que le bonheur transporte 
Chante et saute en ouvrant la porte : 

Il a pris un bon numéro! 



— 343 — 

■ ^ Epargne, tu nous resteras 
Pour acheter ce coin de terre ; 
mon fils, où tu sèmeras. 
Dieu voudra féconder, j espère , 

" Féconder, j'espère.... 
Mon enfant, embrasse ton père 
Qui pleure en nous tendant les bras 1 ^ 



Février 18 59. 



~ 344 



LE CHATEAU DE BON ACCUEIL. 



A DEVISME. 



Musique de Vaiiteur, — «7. 

Devisme, mon bon camarade. 
J'ai bien reçu ton vin de choix. (1) 
Avec les ouvriers Montois , 
Quand ils m'offrent leur sérénades , 

Nous buvons ton vin d'Argenteuil , 
Clos du château de bon accueil. 

Ta nature vaillante et tranche 
Invente et progresse toujours ; 
Mais l'armurier des autres jours 
Devient grand seigneur le dimanche î 

Il faut boire un coup d'Argenteuil , 
Clos du cliâteau de bon accueil. 

Ici-bas , sainte Providence , 
Le paradis n'est pas perdu , 
Car le travail nous l'a rendu : 
Le ti-avail donne l'abondance. 

Il faut boire un coup d'Argenteuil , 
Clos du château de bon accueil. 



(I) Dcvismo a choisi ol ma ciivoyr 011 cadeau la meilleur." pioce de vin de su 
recolle de ISV. 



■— 345 — 

De ce château qui nous rassemble , 
L'humble atelier n'est point jaloux ; 
Le cœur du peuple bat en nous , 
Lorsque nous chantons tous ensemble 

Il faut boire un coup d'Argenteuil , 
Clos du château de bon accueil. 

Quoi ! c'est l'empereur de Russie 
Qui t'a décoré le premier... 
La croix que porte l'ouvrier 
Honore la démocratie. 

11 faut boire un coup d'Argenteuil , 
Clos du château de bon accueil. 

Notre amitié, dès son aui'ore, 
Fut pour nous le vin bienfaisant 
Qui toujours est, en vieillissant. 
En vieillissant, meilleur encore. 

Il faut boire un coup d'Argenteuil , 
Clos du château de bon accueil. 



Argenteidl, n Avril 1859. 



— :Mt) — 



LES SOLDATS DE L'INDUSTRIE. 



Mfçr le duc de Brabant croit lermcment , cl avec raison selon nous , que les 
progrès énormes faits depuis 1830 par la Belgique dans la voie de la prospérité 
matérielle , ne la dispensent pas de suivre l'exemple des autres peuples nos 
voisins, sans cesse occupés à créer des débouchés nouveaux à leur activité crois- 
sante. Les marchés que nous avons jusqu'ici trouvés à nos portes vont se rétré- 
cissant chaque jour : nous trouvons maintenant des concurrents où nous ne comp- 
tions jadis que des consommateurs. Faut-il, dans cet élat de choses, rester inaclif» 
et attendre, pour nous décider, que nos rivaux aient pris possession de tous les 
marchés de l'Orient et du ^ouvcau-Monde ? 

Séance du Sénat, i7 février I8ti0 (Indépendance). 



Air (fe nia vigne. — 88. 



L'océan caresse nos bords; 
Notre sol produit des trésors; 
L'usine , au moteur énergique , 
Chante auprès du chemin de fer; 
De ses travaux le peuple est fier : 
Courage, enfants de la Belgique! 
Vieux , nous resterons au sillon ; 
Partez sous notre pavillon. 

Ecoutez une voix chérie : 

— Aux richesses du genre humain , 
La mer offre un vaste chemin ; 
Ouvrez le monde {bis) à la patrie , 
Jeunes soldats {bis) de l'industrie. 

Quoi ! nous laisserions enfouis 
Les dons précieux du pays... 
Belges, marchons; l'Europe marche. 

Nos ports (»nt de bons matelots ; 



— :347 — 

Dieu semble dans le bruit des flots 
Nous crier de construire une arche. 
Pavoisons de nos trois couleurs 
La marine des travailleurs. 

Ecoutez une voix chérie : 

— Aux richesses, etc. 

Dans l'histoire des anciens temps , 
Je vois passer, drapeaux flottants , 
Les nombreux vaisseaux de la Flandre. 
De cette opulente grandeur, 
Nous pouvons voter la splendeur 
D'où nos aïeux ont dû descendre. 
Un peuple est-il déshérité 
S'il possède la liberté ? 

Ecoutez une voix chérie : 

— Aux richesses, etc. 

Pour atteindre aux bords étrangers. 
L'océan est plein de dangers , 
Vous dira sans doute une mère. 
Mais , pour extraire nos produits , 
Nos ouvriers, au fond du puits. 
Sont-ils sûrs de sortir de terre? 
Gloire au marin, gloire au mnieur 
Qui sont toujours au champ d'honneur. 

Ecoutez une voix chérie : 

— Aux richesses, etc. 

Au-dessus des voix des partis , 
Faisons résonner nos outils. 
Mais, après des luttes splendides, 
Puisque sa vie est un combat , 



— 34S — 

L'ouvrier comme le soldat 
A droit au pain des invalides. 
C'est le budget de l'avenir 
Que les nations vont bénir. 

Ecoutez une voix chérie : 

— Aux richesses du genre humain , 
La mer offre un vaste chemin ; 
Ouvrez le monde (bis) à la patrie , 
Jeunes soldats {bis) de l'industrie. 



Février 1860. 



— 349 



TOUT VIEILLIT. 



Aiii de la Treill'j de sincérité. — ci. 



Tu me fuis , jeunesse adorée , 
D'un pas , hélas ! trop diligent ; 
Dans ma chevelure dorée , 
J'aperçois plus d'un fil d'argent, {his.) 
L'hymne de ma reconnaissance 
Vers le Seigneur monte toujours ; 
La richesse? non , mais l'aisance 
Charme l'automne de mes jours. 

Le temps s'envole , 

Je m'en console ; 
Oui, je vieillis; mais, Dieu merci , 
Mon vin, mon vin vieillit aussi! {bis.) 

Le vin gagne , gagne sans cesse , 
L'âge le rend délicieux ; 
L'homme perd tout par la vieillesse : 
Mais , grâce au philtre précieux , 
J'entends résonner dans mon âme 
Les voix si douces du printemps^ ; 
Ma muse a des ailes de iiamme , 
Et, le verre en main, j'ai vingt ans! 

Le temps s'envole, etc. 

Dans une fête de famille, 
Riche de travail et d'honneur. 
Comme le vin , l'esprit pétille : 
A lui l'espace et le bonheur ! 



— 350 — 

En plantant la vigne féconde, 
Noé fut inspiré du ciel : 
C'était le l)reuvage du monde 
Pour le banquet universel. 

Le temps s'envole, etc. 

Dans le mirage salutaire 

De ces vins généreux et francs. 

Pour riiomme chaque homme est un frère ; 

Mais il est des pauvres souffrants. 

Bouteille à l'indigent promise. 

Rends-lui la force et la santé : 

En robe noire, coiffe grise, 

C'est une sœur de charité. 

Le temps s'envole , etc. 

De ta prison qu'on te délivre. 
Rubis charmant , flot parfumé ; 
Le cœur me bat, je me sens vivre : 
Comme toi j'étais comprimé. 
La vérité doit luire aux sages 
Dans les vapeurs du jus vermeil : 
Ce n'est qu'à travers les nuages 
Qu'on peut regarder le soleil. 

Le temps s'envole , 

Je m'en console ; 
Oui, je vieillis; mais, Dieu merci ! 
Mon vin, mon vin vieillit aussi! [his.) 



1860. 



:^r>i 



LES ANGES DU FOYER. 



C U P L !•: T s 



offerts à M"*" Alice P. et à Gfior?os G., avocat a la cour impoiialo d«^ Paris, 
lo jour (lo l(>ur inariaç-'e. 



Air : Echos des bois errants dans ces vallons. — 2g. 



Les grâces ont entouré son berceau , 

M écrivait George , en me parlant d'un ange ; 

Alice , après un éloge si beau , 

Je n'ose plus chanter votre louange. 

Et cependant aussi le chansonnier 
Sait qu'une fille est l'ange du foyer. 

George a tracé le plus charmant portrait 
Tout rayonnant des beautés de votre àme ; 
Dans mes écrits , que n'ai-je le secret 
De faire, Alice, un ange de la femme ! 

Et cependant aussi le chansonnier 
Sait qu'une femme est l'ange du foyer. 

Vous la verrez, George, plus triomphant , 
Si Dieu parfait votre union bénie ; 
mon ami , la mère pour l'enfant 
A des trésors de tendresse infinie. 

Car par bonheur aussi le chansonnier 
Sait qu'une mère est l'ange du foyer. 



— 352 — 

Vous dont la vie est tout en son printemps , 
Soyez heureux : cest Dieu qui vous rassemble. 
Que vos beaux jours puissent durer longtemps : 
Vieillir n'est rien quand on vieillit ensemble. 

Rappelez-vous les vers du chansonnier 
En ravivant la cendre du foyer. 



Paris j 12 Décembre 1861. 



COUPLl'-T A VAN DE SÏEEXE, 



I.lliiographo à Courlrai, qui in'avail demandé d'ajoulor iino iccorTiraandalioi» 

à des couplels dcslinôs à ('Iro vendus 

un profil d'un ouvrier Conrlraisien, l'our le lihorci* de la niilici.'. 



Ailt (^r In S('i(ti>tf'IJt'. — ;!i. 



A ta chanson pour le milicien , 

Mon apostille est la mouche du coche ; 

.1 ai lu tes vers ; mon cœur a dit : c'est bien î 

Et mes gros sous ont sauté dans ma poche. 

Quelques-uns d'eux qui m'ont quitté 

Sont mon offrande populaire. 

Cher Van de Steene , en vérité , 

Tes couplets , pleins de charité , 

Vont laisser un fils à sa mère , 
A sa mère. 

Mons , l'.t Mars 18C0. 



24 



.,o î 



NOKL. 



Musique de Vauteur. — 89. 



Partout des enfants en prière , 

En m'invoquant , disent : Noël ! 

Les petits m appellent sur terre , 

Et pour eux je descends du ciel. 

Leur cœur est rempli de lumière : 

En vérité , je vous le dis , 

Je suis le roi du paradis , ( 

Je suis le bon Dieu , j'aime les petits. / 



Chers enfants , de vos doux ramages 
Les anges sont les messagers. 
L'étoile qui vint luire aux mages , 
Avait lui d'abord aux bergers. 
Des humbles j'aime les hommages. 
En vérité , je vous le dis , 
Je suis le Roi du paradis , 
Je suis le bon Dieu , j'aime les petits. 



Comme sur la croix qui féconde , 
J'ouvre encor mes bras triomphants 
A ceux que ma croyance inonde : 
Venez ù, moi , petits enfants ! 
Je voudrais embrasser le monde. 
En vérité , je vous le dis , 
Je suis le roi du paradis , 
Je suis le bon Dieu , j'aime les petits. 



[bis. 






Riches , à Tâme charitable , 

Pour fêter ce jour solennel , 

Que chaque indigent sur sa table 

Trouve le gâteau de Noël. 

Moi qui suis né dans une étable , 

En vérité , je vous le dis , 

Je suis le roi du paradis , 

Je suis le bon Dieu , j aime les petits. 

Bien au-dessus de l'opulence , 

Le ciel place la pauvreté ; 

Riche , le pauvre a la souffrance , 

Mais vous avez la charité : 

Elle peut combler la distance ! 

En vérité , je vous le dis , 

Je suis le roi du paradis , 

Je suis le bon Dieu , j'aime les petits. 



Décembre 18 60. 



— 35fi — 



CANTATE DES ORPIIELIXS. 



Clianloc par la Socidê Royale Lyrique. !c 2i aoûl i8;m. lors di> R'ici du troÎM'nie 

jubilé st'culairt! de l'ilospice des OrpluMitis d«; Mous, loridé 

eu l^;<■.3, par M""- Louise de Bouzanlou. 



Air ff". eh (ri II' des sohlats . de Fai'st. 



Dieu , voix féconde , 
Suprême amour , 
Aux grands du mondo 
Dit chaque jour : 
" Que l'or abonde 
** Pour les souffrants ; 
^ Aimez les petits et vous serez grands. 

Lorsqu'au héros qui tue , 
Le glaive à la main , 
On dresse une statue 
De marbre ou d airain , 
Ah ! que l'on perpétue 
Le grand souvenir 
Des noms vénéi'és que l'on doit bt'mir. 

Dion , voix leconde , 
Suprême amour , 
Aux grands du monde 
Dit chaque jour : * 
" Que l'or abonde 
" Pour les souffrants ; 
" Aimez les petits et vous serez gi'an«is. 



— :î57 — 

Bouzîuiton , fille des Cieux , 

A ce Ju})iié séculaire , 

Les orphelins , le cœur joveux , 

Font entendre leurs chants pieux ; 

(jloire à ton nom si précieux 

Qu'ils joignent au nom de leur mère , 

Gloire à ton nom si précieux 

Béni sur terre et dans les cieux. 

Dieu , voix féconde , 
Suprême amour , 
Aux grands du monde 
Dit chaque jour : 
«. Que l'or abonde 
'. Pour les souffrants ; 
Aimez les petits et vous serez grands. * 



358 — 



FAITES GRACE AUX PAUVRES CHARBONNIERS. 



COUPLETS AU ROI. 

Air : Mitse des bois et des accords champêtres. — ii. 

Sire , vers vous que ma chanson s'élève ! 
Nos charbonniers retravaillent enfin. 
Quelques-uns d'eux , égarés par la grève , 
Sont en prison... et leurs enfants ont faim. 
Respect aux lois comme au drapeau qui passe ; 
Mais si la loi punit les prisonniers , 
N avez-vous pas , Sire , le droit de grâce ? 
Ah ! faites grâce aux pauvres charbonniers. 

Sire , voyez cette triste demeure ; 
Naguère encore où souriait l'amour , 
C'est maintenant la famille qui pleure : 
Du prisonnier elle attend le retour. 
Roi généreux , élu de la patrie , 
Le premier tort vient-il des ouvriers ( 
C'est par ma voix le pays qui vous prie 
De faire grâce aux i)auvrcs charbonniers. 

Le charbonnier , rude et franche nature , 
Dans son labeur sans i»itié pour ses fils , 
Enfants encor les descend dans la bure : 
Leur apprend-t-on les lois de leur pays? 
L'instruction gratuite , obligatoire , 
Transformerait les peuples routiniers... 
Sire , ajoutez ce titre à votre gloire , 
Et faites grâce aux pauvres charbonniers. 



— 359 — 

Patrons , minf^urs , plus d'intérêts contraires ; 
Si Yous aimez de cœur le sol natal , 
Votre devoir est de vivre en bons frères : 
Soyez unis , travail et capital ! 
Et Dieu sur tous répandra l'abondance ; 
Ma^ les derniers sont pour lui les premiers : 
Sire , un bon Roi , c'est une Providence ! 
Ah ! faites grâce aux pauvres charbonniers. 



Juillet 1861. 



— ;300 — 



COUPLETS DE NOCi:. 



An: : Échos des bois errants dans ces talions. — 2-5. 



A cette noce une simple chanson 

De lamitié sera lepithalame ; 

Mais , croyez-le , mes couplets sans façon 

Seront du moins l'interprète de lïime. 

Dieu bénira riivmen en ce beau jour 
Oïl ramitié vient sourire à l'amour. 

Parmi les siens comme un enfant do plus 
L'un compte un fils , l'autre compte une fille ; 
Des deux cotés ils sont les bien-venus : 
Que le bonheur augmente la famille. 

Dieu bénira , etc. 

Jeunes époux , un ange aux ailes d'or 
Déroulera pour vous des jours prospères ; 
Cet ange vient doubler votre trésor : 
Heureux enfants, embrassez vos deux mères. 

Dieu bénira , etc. 



A pleine voix , amis , chantons en chœur 
Pour célébrer ce moment plein de charmes... 
Quoi ! vous pleurez ! — Je le sens i\ m<»n cœur 
La joie aussi Aiit répandre des larmes. 

Dieu bénira , etc. 



L'espoir brillant éclate dans vos pleurs , 
Il embellit la paupière arrosée : 
C'est le soleil qui , caressant les ileurs , 
VjR diamants transforme la rosée. 

Dieu bénira , etc. 

Aux mariés , .mes amis , buvons tous ; 
Et qu'à ce toast on fasse des merveilles ! 
Ici pour boire à nos jeunes époux , 
On a choisi les plus vieilles bouteilles. 

Dieu bénira , etc. 

Chantez , amours ; coulez , vins précieux ! 
Ah ! si j'avais la splendeur poétique , 
La coupe en main et le front vers les cieux 
Je chanterais comme la muse antique. 

Dieu bénira l'hymen en ce beau jour 
Où l'amitié vient sourire à l'amour. 



I 



— 362 — 



COMMENT VOUS TORTEZ-VOUS ? 



A MON AMI FRÉDÉRIC THOMAS, DU Sièclc. 



Air du Carnaval. — 9. 



Mon cher Thomas, 

C'est en guise de lettre , 
Quelques couplets assez mal conformés , 
Qu entre vos mains la poste va remettre : 
Elle se charge aussi des bouts-rimés. 
Pour vous offrir ces fruits de mon génie , 
J'ai dû payer un timbre de huit sous. 
Mon cher Thomas , répondez, je ^ous prie : 
Je vis encor ! Comment vous portez-vous ? 

En prose un jour , je fis votre louange 
Et vous priai d'accepter , sans façon , 
Mon portrait-carte , espérant , en échange , 
Avoir le vôtre et celui de Masson. 
Enrichissez enfin ma galerie : 
Vos deux portraits feront tant de jaloux ! 
Mon cher Thomas , répondez , je vous prie : 
Je vis encor ! Comment vous portez-vous ? 



Lorsqu'au foyer notre amitié rassemble 

Les noms aimés que nous n'oublîrons pas , 

Au premier rang nous plaçons , tous ensemble , 

Michel Masson et Frédéric Thomas. 

Ah ! dit alors ma famille chérie , 

Ces nobles cœurs quand viendront-ils chez nous ? 



— 363 — 

Mon cher Thomas , répondez , je v.ous prie : 
Je vis encor î Comment vous portez-vous ? 

Dans quelques jours , Pâques va faire éclore 
Chansons d'oiseaux sur les arbres fleuris ; 
Et pour Paris nous partirons encore : 
Permettez-nous de vous voir à Paris. 
Entendez-vous un ami qui s écrie , 
Quand à la porte il a frappé trois coups : 
Mon cher Thomas , répondez , je vous prie : 
Je vis encor ! Comment vous portez-vous ? 

Ici le Post-Scriphtm de la reconnaissance. 
Le Siècle , immense voix , me nommait à la France , 
Par vous , naguère encore , en imprimant mes vers. 
Mon cœur bénit Bourla (i) , mon cœur bénit Anvers ! 
Sur cela , priant Dieu qu'il vous garde sans cesse , 
Je reste votre ami sincère 

Antoine Clesse. 

Mous, 1862. 



(I) Bouila, aicliileclc dont Fiodcric Thomas of niui nous ruines les liôlcs, lors 
du Congrès d'Anvers, en août 18GI. 



•■iC,4 — 



UNE IMMORTELLE. 



AïK Jt>. Credo des quatre saisons. — i»". 



Avril , de sa main adorable , 

Ouvrait les fleurs sur mon chemin , 

(^uand à mon être misérable 

Apparut un être divin. 

Elle parlait la vierge blonde : 

il semble encor que je l'entends : 

•• Je suis vieille comme le monde 

•' Et jeune comme le printemps, {bis.) 

" Oui , je suis vieille et démocrate , 
" Malgré de longs espoirs déçus ; 
-' J étais là quand mourait Socrate , 
•' J'étais là quand mourait Jésus ; 
" Contre sa loi la haine immonde 
" En vain croit triompher un jour : 
" Je suis vieille comme le monde 
" Et jeune encor comme l'amour. 



V Le despotisme et l'ignorance, 

• Ces deux sinistres compagnons, 
•• M'opposent , fous d'intolérance , 
" Echafauds , bûchers ou canons. 

" Quand ils ont fait la nuit profonde , 

• Je plane à l'horizon vermeil : 

" Je suis vieille comme le monde 
" Et jeune comme le soleil ! 



— ;j()5 — 

•• J'ai liitt('» contre lesclavago 

" Avec les martyrs de la croix ; 

" J'ai lutté contre le servage 

•» Avec les Flamands d autrefois! 

- Je lutte avec tout ce qui l'onde 

" Les droits saints de l'humanité : 

" Je suis vieille comme le monde, 

'' Jeune comme la liberté! '> 

Elle parlait. Dans la natnr<' , 
Tout l'écoutait silencieux , 
Quand la divine créature 
Monta lentement vers les cieux. 
" Adieu! disait la vierge blonde , 
Eblouissante de clarté : 
" Je serai la Reine du monde , 
" Je m'appelle la Vérité ! •» 



1862. 



— 360 — 



PRO^IENADE DU SOIR. 



Musique de Vauteur. — 91. 



Tout révélait d'un Dieu la suprême existence. 
Vers la fin d'un beau jour d'un été sans pareil , 
L'ombre des peupliers , de distance en distance , 
Zébrait le grand chemin doré par le soleil. 
Je quittai la grand'route et gravis la montagne : 
Les perdrix s'appelaient dans nos riches moissons , 
Murmures et parfums remplissaient la campagne : 
Je marchais tout joyeux, le cœur plein de chansons 

De là , je voyais Mons dont l'habitant que j'aime 
Comme le vieux gaulois est malin et moqueur ; 
S'il est railleur souvent , parfois vaniteux même , 
Nul n'entend mieux que lui le langage du cœur. 
Mons où je vins enfant dans les bras de ma mère , 
Où je voudrais que Dieu bénît chaque maison , 
Puisqu'il me fut donné de t'offrir la première , 
Je veux te consacrer ma dernière chanson. 



Passe une paysanne , à l'allure superbe , 
Vers la ferme , le soir , ramenant le bétail ; 
Elle portait en mains hi lîiucille et la gerbe, 
Elle avait la beauté de l'ange du travail : 
C'était l'agriculture , aux fécondes mamelles , 
Qui sut donner la vie à tant de nourrissons, 
Par qui nos lils sont forts et nos filles sont belles ! 
Je revins au logis le cœur plein de chansons. 



— 307 — 

Tout-à-coup je tressaille à l'odeur de la poudre : 

De longs murs en débris roulent de toutes parts ! 

Oïl la foudre a passé je dois bénir la foudre : 

C'est la main de la paix qui brise nos remparts. 

Ah ! que l'instruction répande ses caresses 

Sur ceux qui vont nous suivre au monde où nous passons. 

L'amour et le progrès seront leurs forteresses ! 

Je rentrai tout joyeux, le cœur plein de chansons. 

1862. 



— ::!68 — 



LA PATRII': & LE ROL 



CliantO (Icvniil S. M. I.copold H, par les Cliasseurs-Kcl.'iirours ilf Lirgo 

le If. juillet m'i6. 



Mvsigi'e rie M. To)'.<:sar/tt Radoux. — 05. 



Enfants de la Belgique , 
Voici le Souverain ! 
D'une voix ëneriii(|ue , 
Répétons, frères, ce refrain : 

— Wallons , têtes de houille , 

Kt Flamands, cœurs pleins de fîerlé, 
En nos mains jamais ne se rouille 
Le fer de la liberté. 
Si le pays nous crie : 
" A moi ! soldats de la loi î " 
Pour sauver la patrie , 
Nous défendrons le Roi. 

Tous nos aïeux en armes , 
Aux lieux où nous passons, 
Dans leur sang et leurs larmes 
Du progrès semaient les moissons. 

— AVîdlojis , eic. 

Que les peuples déroulent 
Le pacte fraternel ! 
Les empires secrouleni , 
Le l)oii droit seul est ('ternel. 



— 369 — 

— Wallons , têtes de houille , 
Et Flamands, cœurs pleins de fierté, 
En nos mains jamais ne se rouille 
Le fer de la liberté. 
Si le pays nous crie : 
" A moi , soldats de la loi ! ^ 
Pour sauver la patrie , 
Nous défendrons le Roi. 



25 



370 



RIEN QUE VINGT ANS. 



Air : Donnez -vous la peine d^attendre. — 3o. 

Nous sommes au neuf février , 

Et la famille est réunie 

Afin (le fêter au foyer 

Une date par nous bénie. 

Ma femme a pris tous les printemps , 

Moi tous les hivers du ménage ; 

Jugez si nous sommes contents , 

Tous deux nous n'avons que vingt ans , 

Rien que vingt ans de mariage, (bis.) 

On croit en vain que la raison 
A l'âge mûr sourit plus vive ; 
Quand je suis loin de la maison , 
Savez-vous bien ce qui m'arrive ? 
A travers l'espace et le temps 
Mon cœur sur mon esprit voyage , 
Et si bien qu'en ces doux instants , 
Je me crois encore à vingt ans , 
Après vingt ans de mariage. 

Lorsqu'on parfume mes cheveux , 
Que fraîchement ma barbe est faite ; 
Quand ma femme , selon mes vœux , 
Fait un simple bout de toilette , 
Tous deux coquets et séduisants , 
Nous rajeunissons , je le gage , 
D'un bon lustré aux yeux des passants , 
Ce qui nous reporte à quinze ans , 
Après vingt ans de mariage. 



i 



— 371 — 

L'union , c'est notre secret : 

Le bonheur , c'est l'eau de jouvence. 

Ah ! si rien ne vient faire arrêt 

Dans le cours de notre existence , 

Nouveaux phénomènes vivants , 

Qui rajeunissent avec l'âge , 

On pourra nous voir triomphants , 

Tous deux redevenir enfants 

Dans les vieux jours du mariage. 



9 Février 18G3. 



372 



LA CHANSON DES PETITS. 



Air : Je imrtis simple militaire. — 93. 



Rappelant la source commune 
Dont tous les hommes sont sortis , 
Aux courtisans de la fortune 
Disons la chanson des petits. 
Je suis le courtisan sincère 
Des opprimés et des souffrants ; 
Souvent sur cette vieille terre 
Les plus petits sont les plus grands. 

Au fils du pauvre l'indigence 
N'est pas le plus pesant fardeau ; 
Aveugle de Tintelligence , 
Il faut déchirer son bandeau. 
Ne pas l'instruire , c'est un crime ! 
Dans la crèche et d'obscurs parents 
Dieu fit naître l'enfant suljlime : 
Les plus petits sont les plus grands. 

C'est dimanche , et dans la campagne 
Un groupe d'enfants vient lîl-bas ; 
Mais un homme les accompagne : 
C'est rinstituteur : chapeau bas ! 
Il est dans son humble existence 
Bien au-dessus dos conquérants : 
Il fait la guerre à l'ignorance ; 
Les plus petits sont les plus grands. 



— 373 — 

Pourquoi des couvents magnifiques 
Quand on fait vœu de pauvreté? 
Arrière , moines fanatiques... 
Place à la sœur de charité ! 
Loin des somptueux monastères , 
Veillant les blessés , les mourants , 
Tous les malheureux sont ses frères 
Les plus petits sont les plus grands. 

Le peuple consacre sa vie , 
Par son labeur de chaque jour , 
Au saint progrès qui nous convie 
Au banquet de paix et d'amour. 
Pour sauver de pauvres familles 
Il brave le feu , les torrents : 
C'est lui qui brise les bastilles ! 
Les plus petits sont les plus grands. 

Depuis Adam , œuvre infinie , 
Où l'homme a fouillé de sa main , 
Il sème , et la terre est bénie : 
Elle nourrit le genre humain. 
César opprimait la Judée , 
Et les proscrits allaient errants , 
Mais en route ils semaient l'idée ! 
Les plus petits sont les plus grands. 



LE 10 SEPTEMBRE. 



COUPLETS 



cUanlcs au banqucl offert à M. Charles Rot;ior par les ciccicurs libéraux 
de larrondissemenl de Tournai. 

'Les Toiirnaisiens ionl là! 

AnOLPIlE DELMÉE.) 



Air du Dieu des bonnes gens. — u. 



Mon clier Delmée , honneur à ton courage : 
Du Tournaisis tu sers les intérêts. 
De saints journaux t'ont prouvé , })ar leur rage , 
Que dans Rogier on défend le progrès. 
Dans le combat , lorsqu'à ta voix sonore , 
De nobles cœurs répondaient : Nous voilà ! 
Le 10 septembre on a pu dire encore : 
Les Tournaisiens sont là ! {hia.) 

Montalembert , le fameux catholique , 
Prétend qu'il marche au l)ut où nous allons , 
En respirant l'air pur de la Belgique 
Que n'a-t-il vu nos villages wallons. 
Avec Rogier , dont le pays s'honore , 
Aux vieux abus pour crier : Halte là ! 
Le 10 septembre on a pu dire encore : 
Nos paysans sont Jà ! 

Tinjurior comme Ion t'injurie , 
Charles Rogior , type de loyauté , 



— 375 — 

C/est insulter les lois de la patrie , 
C'est insulter aussi la liberté , 
C'est insulter le drapeau tricolore... 
Laissons l'injure aux fils de Loyola. 
Le 10 septembre on a pu dire encore : 
Les libéraux sont là ! 

Nous serons là , tant qu'un rayon de vie 
Animera nos cœurs et nos cerveaux ; 
A bas la haine et l'orgueil et l'envie : 
Ouvrons le monde à des chrétiens nouveaux ! 
L'instruction à nos veux fit éclore 
Un jour splendide où Dieu se révéla. 
Instruisons-les ; et , pour lutter encore , 
Nos enfants seront là ! 



1863. 



— 376 



LKS INONDES DE LA HOLLANDE. 



AïK : Echos des bois errants dans ces vallons. — 26. 



Comme un torrent les vagues en fureur 
Brisent la digue et roulent sans entraves ; 
Entendez-vous ? de longs cris de terreur 
Viennent vers nous du pays des Bataves ! 

Aux inondés , Belges , portons secours 
Lorsque le flot monte , monte toujours. 

Les Hollandais , quand Belges insoumis , 
Nous réclamions nos droits et nos frontières , 
Dans les combats furent nos ennemis : 
Dans le malheur ils deviennent nos frères. 

Aux inondés , etc. 

Les voyez-vous arrachés à la mort 
Par les héros dont la barque s'avance : 
Sont-ils sauvés en atteignant le bord?... 
Comme la mer leur détresse est immense î 

Aux inondés , etc. 

Les pauvres gens ! Nul pouvoir en ce lieu 
N'arrêtera le fléau dans sa marche... 
En attendant l'assistance de Dieu 
La charité peut leur former une arche. 

Aux inondés , etc. 



-^ 377 — 

De nos soldats , pour cette adversité , 
Cest aujourd'hui la voix qui nous implore. 
Belges , donnons , lorsque la charité 
A déployé le drapeau tricolore ! 

Aux inondés , Belges , portons secours 
Lorsque le flot monte , monte toujours. 



Février 1861, 



378 — 



LE JUBILÉ DE CINQUANTE ANS. 



A M. ET M'"® R. 



Air de la Brabançonne. — i6. 



Ah! si j'avais l'art de bien dire, 
Je vous dirais avec bonheur : 
Ces deux vieillards , au franc sourire , 
C'est le travail et c'est l'honneur. 
Autour d'eux leur famille entière 
Vient s'unir en ces doux instants 
Afin de fêter à plein verre 
Leur jubilé de cinquante ans. 



Aux saints devoirs du mariage 
Jamais aucun d'eux n'a failli ; 
Aucun d'eux ne paraît son âge : 
C'est que leurs cœurs n'ont pas vieilli. 
L'hiver à leur noble carrière 
Semble aussi beau que le printemps. 
Mes amis , fêtons à plein verre 
Leur jubilé de cinquante ans. 



Jeunes gens qui , l'àme ravie , 
Chantez à ce repas joyeux , 
Vous venez d'entrer dans la vie 
Imitez vos saches aïeux. 



379 



Aimez-les et que sur la terre 
Dieu TOUS les conserve longtemps ! 
Comme eux un jour puissiez-\ous faire 
Uu jubilé de cinquante ans. 



Juillet 18G3. 



— 380 



LE RETOUR DES ENFANTS 



CHEZ LEUR MERE CONVALESCENTE. 



Lazarre mort ne peut renaître... 
Je vous le dis en vérité , 
Il vit , répond le divin maître : 
Et Lazarre est ressuscité ! 

Chère femme , il n'est plus d'obstacle ; 
Nos enfants sont auprès de toi. 
Tu vis , mais c'est par un miracle : 
Dieu prit pitié d'eux et de moi. 

Il permet , du haut de sa gloire , 
Que tu recouvres la santé 
Grâce au docteur , à la sœur noire , 
Sublime sœur de charité. 

Et grâce encore à la bonne âme , 
Type de calme et de douceur , 
Qui pour te veiller , sainte femme , 
Un jour vint se joindre à la sœur. 

Tu souffrais d'horribles souffrances ; 
Le mal était contagieux 
Et , de deux chères existences , 
Menarait les jours précieux. 

Lorsque Marie et Juliette 
Durent quitter notre maison , 



\ 



— 381 — 

Je crus , hélas ! pauvre poète , 
Que j'allais perdre la raison. 

Chacune , le cœur gros de peine , 

Pieusement se résigna... 

Le médecin les éloigna , 

Mais le bon Dieu te les ramène ! 



6 Décembre 1863. 



!82 — 



AU CERCLE MONTOIS. 



Air de la treille de sincérité. — 64. 



Pour présider à chaque fête. 
Cercle Montois, est-ce bien vous 
Qui venez d élire un poète ? 
Mais les poètes sont des fous, {bis.) 
Non , le peuple est sage quand même ; 
Il se souvient d'un mot vainqueur : 
Venez à moi , c est vous que j'aime , 
Simples d'esprit, simples de cœur. 

Ce jour vous lie 

A ma folie; 
Cercle Montois, je vous le dis, 
Nous irons tous en paradis, (bis.) 

Amis, qui dans ce lieu champêtre 
Faites honneur au chansonnier, 
Votre égarement est peut-être 
L'effet d'un charme printanier. 
Les champs ont repris leur parure 
Et promettent riche moisson ; 
Quand tout chante dans la nature , 
Sonnez, grelots de la chanson. 

Ce jour vous lie , etc. 



Plus de remparts ! Mons qui respire 
Prend l'essor des grandes cités : 
Là, c'est le Vauxhall que j'admire ; 
Ici , nos jardins enchantés. 



— 383 — 

Des débris de la forteresse, 
Surgit l'usine aux bras de fer ; 
Partout travail , gaîté , richesse : 
C'est TEden qui sort de l'enfer. 

Ce jour vous lie , etc. 

Rêves de ma jeunesse blonde , 
Vous inspirez encor mes vers ; 
Mais à tous les fous de ce monde 
Puisqu'un jour les cieux sont ouverts , 
Si notre amitié reste forte , 
Unis , même après le trépas , 
Nous prîrons Dieu d'ouvrir la porte 
A tous les saires d'ici-bas. 

Ce jour vous lie 

A ma folie; 
Cercle Montois, je vous le dis, 
Nous irons tous en paradis. 



Mai 18G4, 



— 384 — 



RESTEZ UNIS, CHERS PETITS ENFANTS. 



COUPLETS A M. ET M™^ H. B. 



Air : Miise des bois et des accords champêtres. — ii. 



C'était un soir. Près d'une jeune femme, 
De beaux enfants chantaient à l'unisson ; 
J étais ému jusques au fond de lame 
En écoutant leur naïve chanson. 
L oncle était là qui battait la mesure ; 
Le père avait des regards triomphants... 
Chastes auteurs d'une gaité si pure , 
Restez unis , ù chers petits enfants. 

Cette chanson me semblait ravissante : 
C'était le bruit des limpides ruisseaux ; 
C'était charmant comme une hvmne naissante ; 
C'était joyeux comme les chants d'oiseaux. 
De Dieu leur voix célébrant les louanges 
Portait plus haut que la voix des savants : 
Elle trouvait des échos chez les anges î 
Restez unis, ô chers petits enfants. 

Ce chant si doux que l'amour fît éclore 
De la maison û^isait un paradis ; 
Devenus grands, enfants, songez encore 
A ces beaux jours où vous étiez petits. 



385 — 



Ix)in (lu foyer, la joie est épliéni^»re ; 
Dieu permettra que vous puissiez longtemps 
Chanter ensemble auprès de votre mère : 
Restez unis , ô chers petits enfants. ' 



Paris 18C2. 



26 



— 381) — 



HOMMAGE AU COMTE DE IIAIXAUT, 

PRK?inENT d'hONNKIR DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE* CHŒURS Us OuVi'ie.'S 

Montais. 
Chœur chanté â Mons, en présence du Duc de BraLanl, le î» Juin IS64. 

Musique de M. Hippolyte Héro. 



Enfant , espoir du trône , espoir de la patrie , 

Que lange du pays ne te laisse point seul ; 

Qu'il protège toujours ta famille chérie , 

Qu'il protège l'enfant , qu'il protège l'aïeul ! 

Il t'a donné le nom de la vieille province 

Dont les fastes brillants furent portés si haut ; 

Plus fiers d'être Montois , nous acclamons , ô Prince , 

Le président d'honneur , le comte de Hainaut. 

Vive le Roi , le Roi qui sait comprendre 
La liberté , source des saintes lois ; 
Vive le Roi qui ne croit pas descendre 
En patronant les ouvriers montois. 
Si le danger menaçant la frontière , 
Il nous montrait le drapeau du pays , 
Les ouvriers de la Belgique entière 
Transformeraient en armes leurs outili::. 

Jusqu'aux cieux qu'il s'élance et vibre 
Ce cri de l'ouvrier loyal : 
Nous acclamons l'enfant roval , 
Nous, les enfants d'un peuple libre ! 
Nous acclamons l'enfant roval î 



— 387 — 

Enfant , si Dieu t'appelle , après ton noble père , 
A régner sur un peuple heureux de ton bonheur , 
Sans oublier jamais ton titre populaire , 
Préside à nos destins avant tout par Yhonneur. 
Garde nos droits sacrés comme un trésor suprême ; 
Point de sincère amour sans réciprocité : 
Si nous aimons le Roi , c'est que le Roi nous aime , 
Si ton aïeul est grand , c'est par la liljerté. 



— :38S — 



A MON AMI BERTRAM*" 



(EUGÈNE LANDOY.) 



« A l'anonyme d'Oslende. qui n.e demande combien j ai reçu de M. Frère pour 

• mes « fl;i?orneries t : Autant que de la rommune ostendaise pour mes clironiques 
» sur Ostende ol pour la rouscriplion ouverte par moi en faveur des victimes du 

• dernier désastre maritime. 

Bertram 
» OfTice de Publicilé, 31 Juillet I86i. » 



Air du Carnaval. — 9. 



Un anonyme , envieux ou morose , 

De ta médaille a montré le revers ; 

Mon cher ami , tu t'enrichis en prose , 

Ijorsque toujours je m'appauvris en vers. 

En dissipant une rumeur sinistre , 

Qu'une chanson vienne nous égayer : 

Mon cher Bertram , pour flatter un ministre , 

C'est à prix d'or qu'on a dû te payer. 

Je sais enfin comment tu deviens riche , 
Toi que j'ai cru l'apùtre du devoir ; 
La houppelande où ta vertu s'aflîche , 
Cache en ses })lis les faveurs du pouvoir. 
Des tout petits toi qui prends la défense , 
Ange gardien du plus pauvre foyer , 
Ah ! pour ouvrir des crèches à l'enfance , 
C'est ;\ prix d'or (^l'on a dû te payer. 



Une autre fois manœuvre avec adresse : 
Entre eux , tout bas , les sots se font un jeu 



— 389 — 

De dénigrer les hommes de la Presse , 
Qui donnent tant et demandent si peu. 
Des songe-creux loin d'allonger la liste , 
A l'agio fti pouvais t'essayer ; 
Mon cher Bertram , pour rester journaliste , 
C'est à prix d'or qu'on a dû te payer. 

Mon vieil ami , tu serais un autre homme , 
Nos droits sacrés étant par toi trahis , 
Si tu plaçais les intérêts de Rome 
Bien au-dessus du drapeau du pays. 
La vérité dans ton cœur trouve asile : 
Dis à combien lui revient son loyer? 
Mon cher Bertram , pour flageller Basile , 
C'est à prix dor qu'on a dû te payer. 

Ton anonyme , au fond de sa cachette , 
Semble un Jocrisse envieux de Judas. 
Il est des gens qui croient que tout s'achète, 
Et pour lesquels l'honneur n'existe pas. 
La même honte aujourd'hui nous rassemble ; 
Tu chantas Frère et j'ai chanté Rogier : 
Ami , comptons et partageons ensemble , 
C'est à prix d'or qu'on a dû nous payer. 



Mous . 5 Août 1864. 



— 300 



LE BANQUET. 



Musique de l auteur. — 04. 

Grâce à ma muse vagabonde , 
A cette table où tout abonde 
Du globe où nous nous coudoyons 
Je vois les révolutions. 
Armé d'une faim dévorante , 
J'attendis une heure ; et l'attente 
Pour l'estomac , gouffre béant , 
C'est le vide , c'est le néant. 

Pour moi tout se métamorphose 
A ce banquet que l'on arrose 
D'un vin généreux et vermeil , 
Fils de la terre et du soleil. 

Voici l'huître qui me rappelle 

Dans la nature encor rebelle 

Les rochers battus par les flots , 

Un monde surgi du chaos. 

Des fleurs, des fruits chargent la table 

Près du potage confortable ; 

Leurs parfums semblent le trésor 

Du cœur de l'homme k Tàge d'or. 

Pour moi tout se métamorphose , etc. 

Viennent les viandes succulentes 
Qui laissent des traces saniîlantes ; 
C'est la guerre et l'œuvre de sang : 
Loin de frrnndir , l'homme descend ! 



— 301 — 

Entre les plats le vin qui passe , 
C'est un esprit qui dans l'espace 
Eclaire le sombre chemin 
Où se traîne le genre humain. 

Pour moi tout se métamorphose , etc. 

Au dessert le passé s'oublie : 
Vivent le vin et la folie ! 
On trinque , on s'anime et bientôt 
Les convives pensent tout haut. 
Je vois , en buvant lé Champagne , 
Le présent qui bat la campagne... 
Hélas ! sans faire de faux pas , 
Les hommes n'avanceraient pas. 

Tout me paraît couleur de rose 
A ce banquet , etc. 

Vient le café , divin breuvage , 
Fruit que cultive l'esclavage ; 
Par lui le cerveau transporté , 
Rêve pour tous la liberté ! 
Le bien ressort du mal lui-même... 
Au petit verre comme on s'aime ! 
On s'embrasse avant de finir : 
C'est l'âge d'or de l'avenir. 

Tout me paraît couleur de rose 
A ce banquet que l'on arrose 
D'un vin généreux et vermeil , 
Fils de la terre et du soleil. 



Mai 18 55. 



— 392 — 



MON i>01ITRAlT. 



AU PEINTRE HENRI DAURIAC, D ANVERS. 



Air : Fv.ut d' la vertu, pas trop 7iV/i faut. — 62. 

Ne le dis pas , c'est un secret : 
Je suis tout fier de mon portrait. 

Ce portrait me métamorphose ; 
Car , bien qu'il soit très-ressemblant , 
J'ai presque l'air de quelque chose , 
Mon ami , grâce à ton talent. 

Ne le dis pas , etc. 

En restant simple et réaliste. 
Comment donc m'as-tu transformé ? 
D'un rayon de ton cœur d'artiste 
Ce tableau me semble animé. 

Ne le dis pas , etc. 

Dès noire rencontre i)remière 
Tu me parus bien hasardeux : 
Je m'éclairai de ta lumière : 
Tu montras de l'esprit pour deux. 

Ne le dis ]) is , ttc. 

C'est à Bruxelles , cûie ù cO>te , 
Qu'après avoir manqué le traiii, 



Nous allâmes , à table (riiote , 
Nous consoler le verre en main. 

•Ne le dis pas , etc. 

Au bout d une heure , chose étranîic 
Lamitié fut notre échanson ; 
Et nous convînmes d'un échange : 
Un portrait pour une chanson. 

Ne le dis pas , 

Quand ma muse qui segosille 
Est impuissante à te payer , 
Ton œuvre obtient dans ma famille 
La -place d'honneur au foyer. 

Ne le dis pas , etc. 

Tes amis vont , dans leur franchise , 
Bien que ton cœur seul ait péché , 
Dire , en voyant ma marchandise : 
Peut-on faire un pareil marché ? 

Ne le dis pas , etc. 

Une moralité fort sage 
Ressort pourtant de ce refrain : 
C'est que le peintre qui voyage 
Ne doit jamais manquer le train. 

Ne le dis pas , c'est un secret : 
Je suis tout fier de mon portrait. 



Février isgô. 



394 — 



LES VOLONTAIRES BELGES A TACAMBURO 



(MEXIQUE. 



11 AVRIL 1865. 



Air de la Sentinelle. — si. 



Admirons tous les Belges-Mexicains , 
Fougueux enfants que trop dardeur exile : 
Dans un vieux cloître , en des climats lointains , 
Trois cents dentr eux luttaient contre trois mille. 

Ils disaient : -^ Ne nous rendons pas ! " 
• Dans leur glorieuse furie... 

Belgique , à de pareils combats 

Tu peux juger de tes soldats 

S'ils combattaient pour la patrie , 
Pour la patrie ! 

La mort ne sait où sont les plus vaillants ; 
Car nos soldats, affrontant la mitraille , 
Sept fois , dit-on , chargent les assaillants , 
Tout noirs de poudre , au fort de la bataille. 

La terre tremble sous leurs pas : 

Au canon se joint l'incendie... 

Belgique , etc. 

La flamme monte au dôme qui .*ie torl... 
Des ennnmis pour repousser la loule . 



— 305 — 

Les survivants font un suprême effort 
Quand , tout en feu , le vieux dôme s'écroule. 
Et lombre de Léonidas 
Apparaît sanglante et s'écrie : 
Belgique , à de pareils combats 
Tu peux juger de tes soldats 
S'ils combattaient pour la patrie , 
Pour la patrie ! 



Mons, 6 juin 18 65. 



— 30G 



LE CREDO DU CHANSONNIER, 



Musique de l'auteur. — 95. 



L'athéisme a parlé : quel sublime langage î 

Le blasphème à la bouche et le cœur plein de fiel , 

C'est entre l'homme et Dieu la lutte qui s'engage : 

Vite , nouveaux titans , escaladez le ciel ! 

A de pareils penseurs ces choses sont faciles. 

Moi , j'ose en faire ici le ridicule aveu , 

Je me range humblement parmi les imbéciles : 

J'ai la simplicité de croire encore en Dieu. 

Dans vos rêves de sang une hécatombe humaine 
De l'âge d'or perdu doit hâter le retour ; 
Vous croyez arriver au bonheur par la haine 
Tandis que le bonheur est une œuvre d'amour. 
De la fraternité le Christ fut le Messie , 
Et sa loi pour jamais est vivante en tout lieu ; 
J'espère en l'avenir de la démocratie : 
J'ai la simplicité de croire encore en Dieu. 

L'homme est un grain de sable en face de ce globe , 

Qui lui-même est un point jeté dans l'univers ; 

Il n'est pas de secret pourtant (pi'il ne dérobe 

A la splendeur des cieux, aux profondeurs des mers. 

J'admire , en m'inclinant , la science superbe 

Qui , pour franchir l'espace , unit l'onde et le feu : 

Priez-la seulement de créer un brin d'herl)e... 

J'ai la simplicité de croire encore en Dieu. 



— 397 — 

Qui féconde la terre , ù sainte agriculture , 
Dans les larges sillons qui tracent ton chemin ? 
La nature : d'accord. — Mais qui fît la nature ? 
Ce n'est pas moi , ni vous , n'est-ce pas , mon voisin ? 
Chaque jour nous apporte une faveur insigne ; 
Le progrès paraît lent à l'homme qui vit peu. 
Adam sema le blé , Noë planta la vigne. 
J'ai la simplicité de croire encore en Dieu. 

Les jurons s'élançaient de la mer à la nue , 
Le rhum coulait à flots des flancs d'un vieux baril... 
Tout à coup les marins , dégrisés , tète nue , 
Tombent à deux genoux : c'est l'heure du péril ! 
Otez donc la prière aux douleurs maternelles : 
Je pense que la mort est un ange à l'œil bleu, 
Qui reprend les enfants pour leur donner des ailes. 
J'ai la simplicité de croire encore en Dieu. 

Novembre iso: 



— 398 



VERS RÉCITÉS AU THÉÂTRE DE MONS 



Par M*"' Corès-Dclamane, devant les Bustes du Roi 
cl de la Reine, le 2i décembre 1805. 



Les drapeaux noirs disaient le deuil de la patrie ; 
Les Belges s abordaient des larmes dans les yeux ; 
C'est lame d'un bon prince , o liberté chérie , 
Que dans tes bras sacrés tu reportais aux cieuxl 

Dans un discours royal , buriné pour l'histoire , 
Léopold Deux promet de respecter nos droits ; 
A peine sur le trône , il aspire à la gloire 
De Léopold Premier , le plus sage des rois. 

Des jeunes souverains nous saluons l'image : 
S'ils ne sont les plus grands, ils seront les meilleurs. 
Lorsqu'à la liberté les rois rendent hommage , 
La liberté les couronne de fleurs. 

Le pays plein d'espoir , vient d'essuyer ses larmes ; 
Son drapeau tout joyeux flotte au haut du beffroi , 
Nos soldats citoyens , en agitant leurs armes , 
Criaient tantôt : Vive le Roi ! 



■jm — 



PROMENADE DU MATIN. 



Musique de l'auteur. — - %. 

L'herbe était blanche de gelée ; 
Un long brouillard à Thoiûzon 
Cachait le fond de la vallée ; 
Le coq finissait sa chanson ; 
Le soleil perçait le nuage , 
C'était le matin d'un beau jour ; 
Et , sur l'arbre encor sans feuillage , 
Déjà l'oiseau chantait l'amour. 

Le ciel sur la plaine éclaircie 
Rayonne et rend les prés fumants , 
Le givre fond , et la prairie 
Est couverte de diamants. 
La rivière longe , profonde , 
Le chemin au pied du coteau ; 
Et , fier de saluer le monde , 
Le soleil se mirait dans l'eau. 

Dans tout je lisais le présage 
Du doux printemps que nous aimons ; 
Un vent frais frappait mon visage : 
J'aspirais l'air à pleins poumons ! 
Faible et chétive créature , 
Au loin mon âme s'envolait... 
Dans le calme de la nature 
C'était Dieu même (pii parlait ! 



[his. 



Mars. 



10(1 — 



LA FILLE DE L'OUVRIER, 



AïK des Trois Couleurs. — 30. 



Depuis longtemps les sarcasmes du monde 
De ■ nos enfants se font les oppresseurs ; 
Pour flageller l'injustice qui fronde , 
Je viens à vous , ouvrières , mes sœurs. 
Sans grand mérite on peut vivre à rien foire ; 
Devant ceux-là qui t osent dédaigner , 
Toi dont les mains combattent la misère , 
Lève le front , {bis) fille de l'ouvrier. 

La vanité, ce monstre sans entrailles. 
Est un fléau qui s'accroît tous les jours ; 
Elle te frappe , enfant , toi qui travailles 
Sous Tœil d'un Dieu qui travaille toujours. 
Mais , en dépit du blâme ou des louanges , 
Pour tes parents sois l'ange du foyer : 
Tous les cœurs purs sont au niveau des anges ! 
Lève le front , fille de louvrier. 



Tel qui fait fi des vertus sous la bure , 
Admet sous l'or la fraude et limpudeur ; 
Le luxe vain qui cache une souillure 
"Vaut-il l'habit tout simple de l'honneur ( 
Honte aux ingrats dont la voix te décrie , 
Fille des champs , fille de l'atelier : 
Le pauvre peuple enrichit la patrie. 
Lève le front , fille de l'ouvrier. 



— 401 — 

Loin d'abaisser la vaillante ouvrière 

Qui porte au cœur l'instinct du bon , du beau , 

Il faut l'instruire afin que sa lumière 

De ses enfants éclaire le berceau. 

Des hauts penseurs la gloire plébéienne 

Montre ù. nos yeux l'avenir tout entier : 

Il appartient à la femme chrétienne. 

Lève le front , fille de l'ouvrier. 

Honneur à toi , sœur qui tiens la faucille 
Pour récolter de tes robustes bras ; 
Honneur à toi qui fais courir l'aiguille , 
Outil de fée en tes doigts délicats. 
La femme obtient un si faible salaire ; 
Jugez combien elle doit travailler 
Lorsque son pain nourrit sa vieille mère... 
Lève le front , fille de l'ouvrier. 

L'honnête femme a droit de bourgeoisie , 
Droit que rehausse encor l'adversité ; 
Que la vertu soit l'aristocratie , 
Ne proscrivons que l'immoralité. 
Dieu nous créa tous de la même espèce ; 
Des grands parents Adam fut le premier : 
Le genre humain est d'antique noblesse. 
Lève le front , fille de l'ouvrier. 

Ah ! que partout soudain le travail cesse ; 
La terre en deuil ne rend plus de trésor : 
Tous ces Crésus , si fiers de leur richesse , 
Au lieu de pain mangeront-ils de l'or ? 
C'est le travail qui féconde la terre , 
C'est le travail qu'il faut glorifier : 
Jésus sortit de la classe ouvrière ! 
Lève le front , fille de l'ouvrier. 



Novembre iSôG. 
27 



— 402 — 



A VICTOR HUGO. 



A I illuslre poète qui, apn-s une soirée passée chez Camille Berru, de l'Imlépenlance, 
ma donné son portiait avec une magnifique dédicace. 



Air : Ce que je vis. — 58. 



Victor Hugo , je jure 

De 11 être pas discret : 

Avec ta signature 

Tu m offres ton portrait. 

La grandeur est unie 

A la simplicité : 

Ton front , c est le génie ; 

Ton cœur , c'est la bonté. 

Juillet 1866. 



— 403 - 



AUX TIREURS ANGLAIS & FRANÇAIS. 



TIR INTP:RNATI0\AL de 18CG. 



Air de la Sentinelle. — 31. 



Qu ai-je entendu ? Des Anglais , des Français 
Sur notre sol sont accourus en armes ! 
Vont-ils prétendre à de sanglants succès ? 
Point de clairons , point de tocsins d'alarmes. 

Nos cibles les ont réunis , 

Et chacun d'eux nous semble un frère. 

— Vers nous vous venez en amis : 
Pour le bon droit restez unis , 
Peuples de France et d'Angleterre 

Et d'Angleterre. 

Rivaux géants , dans d'horribles combats 
Vous avez su montrer votre vaillance ; 
Ah ! du progrès soyons tous les soldats : 
" Peuples, formons une sainte alliance. ■>» 
En respectant chaque pays , 
Supprimons et douane et frontière. 

— Vers nous vous venez en amis : 
Pour le bon droit restez unis , 
Peuples de France et d'Angleterre 

Et d'Angleterre. 

Flamands , Wallons , nous serons glorieux 
De partager votre tâche féconde , 



— 401 — 

Nous resterons dignes de nos aïeux : 
Ils ont semé la liberté du monde. 
liberté , lègue à nos fils 
Tes moissons par toute la terre. 
— Vers nous vous venez en amis 
Pour le bon droit restez unis , 
Peuples de France et d'Angleterre 
Et d'Angleterre. 



— 405 — 



LA POSE DE LA riŒMlÈIlE PIERRE. 



CANTATE 



chantée en picseiKC de S. M. le Roi et la Fiimillc Royale, lors de la cérciDonIc 

de la pose de ia prcniirre pierre 

du monument à élever au Roi Lcopold I". 



5 AOUT 18GC. 



Musique de M. Jules Denefve. 



Les Hommes. 

La vérité devint puissance 
Quand les bardes harmonieux , 
Dans leur merveilleuse licence , 
Tutoyaient les rois et les dieux. 
Si le grand souffle poétique 
A fui la vieille humanité , 
Il nous reste du barde antique 
Le fier accent de vérité. 

Viens poser la première pierre , 
Sire , dans ce jour solennel , 
Du monument qu'à la frontière 
Nous vouons au mort immortel. 
Nous montrerons , par la Statue 
D'un Prince qui revit en toi , 
Que le lien se perpétue 
D'un peuple sage au sage Roi. 



— 40G - 

A peine ton règne commence 
Que tu veux , soldat du progrès , 
" Elever V édifice immense 
^ Basé sur Vœuvre du Congrès. » (1) 
A ces glorieuses paroles , 
Laissons parler , pour te bénir , 
Tous les enfants de nos écoles , 
Le cœur, la voix de l'avenir. 

Les Enfants. 

Dieu protège toujours laimable Souveraine 
Et du foyer royal les anges gracieux. 
Nos cris d arnour monteront jusqu'aux cieux : . 
Vive le Roi ! Vive la Reine ! 

Les Hommes. 

Noble enlant du pays , en qui nous avons foi , 
Tu reviens visiter notre belle Province : 
En toi , naguère encor nous acclamions le Prince 
En toi dans ce beau jour nous acclamons le Roi ! 
Salut , salut au Roi ; salut à vous , Madame : 
C'est Dieu qui réunit les êtres généreux : 
Salut, salut au Roi, « Belge de cœur et d\inu\ 
♦» Et dont [ambition est de nous voir heureux. " (1) 

Honneur au Souverain que le penseur inspire , 

Et qui veut élargir le pacte social. 

Nous disons , faible écho de son discours royal : 
C'est le peuple qu'il faut instruire 
Pour que , digne ouvrier du bien , 
Tout honnête homme qui sait lire 
Ait tous les droits du citoven. 



(I) Voir lo disrours momornlilo proïKnitc par lo Hoi I KOPOI H il lo t7 l^ôroiuhro 
ISiîM, aprrs avoir proie, dovanl les ChainLrcs, le scriiiciil d'observer la lonsli- 
lulion et les lois du peuple belge. 



— 407 — 

Sire , tu peux compter sur le peuple qui t'aime : 
Nous serions tous soldats dans un moment suprême. 
Eh ! que nous fait à nous le baptême du feu ? 
N avons-nous pas reçu ton auguste baptême , 
liberté , sainte lille de Dieu ! 

Les Enfants. 

Fils d'un peuple énergique , 
Nous qui chantons ici , 
Pour servir la Belgique 
Nous grandirons aussi. 

Tous. 

Dieu protège toujours laimaljle Souveraine 
Et du foyer royal les anges gracieux. 

Nos cvis d'amour monteront jusqu'aux cieux : 
Vive le Roi ! Vive la. Reine ! 



— 40S 



PRES DE LA RIVIERE. 



Musique de Vaiiteur. — o- 



On avait fauché la prairie ; 
La rivière , au cours éternel , 
Partout dans sa route fleurie 
Était de la couleur du ciel. 
Sur la rive , aux vertes épaules , 
Quelques chèvres broutaient encor ; 
L'ombre vigoureuse des saules 
Tranchait sur l'eau d'azur et d'or. 

C'était un jour du mois de juin : 

Quel babillage 

Dans le feuillage ! 
L'air embaumé portait au loin 
La bonne senteur du foin. 

Des enfants , au rouge visage , 
Pour jouer s'étaient rassemblés : 
Ils animaient le paysage ; 
La caille chantait dans les blés. 
Les ravissantes demoiselles 
Voltigeaient autour des roseaux , 
Et d'innombrables étincelles 
Tremblaient sur les rides des eaux. 

C'était un jour du mois de juin , etc. 

Tout paraissait heureux de vivre 
Au sein de ces calmes douceurs : 



% 



— 409 — 

La nature est le divin livre 
Qui des pâtres fait des penseurs. 
Loin des montagnes infécondes 
Dont le faîte au ciel semble uni 
J admire nos plaines profondes 
Qui font rêver à l'infini. 

C'était un jour du mois de juin : 
Quel babillage 
Dans le feuillage ! 
L'air embaumé portait au loin 
La bonne senteur du foin. 



1866. 



— 410 — 



LA PRESSE. 



HOMMAGE DE RECONNAISSANCE A TOUS MES AMIS DE LA PRESSE. 



Air : Soldat français. — 3. 



Sans rayonner en dehors des couvents , 
Que de recueils , aux clartés infinies , 
Etaient cloîtrés : quelques moines savants 
Possédaient seuls l'œuvre des grands génies. 
Mais en pitié Dieu prenant nos esprits : 
" II faut qu'enfin la lumière paraisse ! »» 
Et Guttemberg de sublimes écrits 
Au monde entier ouvre les manuscrits : 
Gloire au créateur de la presse ! 

Dans un passé plein d ombre et de terreur , 
Le bon vieux temps, enchanté de bien vivre. 
Lorsqu'un ouvrage attaquait une erreur , 
Faisait l)rùler et l'auteur et le livre. . 
L'cime du corps vient de se détacher : 
Nouveau Phénix , à l'aile vengeresse , 
L'esprit du livre , ardent à s'épancher , 
Semble surgir des cendres du bûcher , 
Aux vaillants échos de la presse. 

Bien ({uo la presse ait servi , tour il tour , 
Le pour , le contre , et les fous et les sages , 
Elle ressem])le h la splendeur du jour 
Qui nous éclaire à travers les nuages. 



— 411 — 

Elle a lutté , la lutte dure encor , 
Malgré torture , exil et forteresse : 
Quatre-vingt-neuf a béni son essor ; 
Njous avons tous notre part du trésor 
Qu'ont semé les mains de la presse. 

A riiomme Dieu donne la terre à bail , 
Du genre humain éternelle ressource. 
Le capital est l'enfant du travail : 
Un fleuve altier peut-il nier sa source ? 
Fraternité , pénètre dans nos lois : 
Emancipons l'ouvrier ; le temps presse ! 
C'est le bon sens et la force à la fois ; 
Il veut s'instruire et conquérir ses droits 
Par la grande voix de la presse. 

Certains journaux , remplis de lâchetés , 
Sont , au mépris d'une chose sacrée , 
Toujonrs à vendre et toujours achetés : 
Des gerbes d'or nous séparons l'ivraie. 
La plume inspire un salutaire effroi 
Au despotisme , au vice , à la bassesse ; 
C'est un levier puissant comme la foi , 
Quand l'écrivain se sent digne de toi , 
Sainte liberté de la presse ! 



1866. 



— 112 — 



UNE OMBRE ANTIQUE. 



Air : On dit partout que je suis bête. — S2. 



En rêve , ù nuit enchanteresse , 
Je vivais dans l'antique Grèce , 
Terre du génie et de l'art , 
Lorsque m'apparut un vieillard. 
S'inspirant des plus douces choses , 
Il chantait , couronné de roses ; 
En souriant à sa chanson , 
L'amour était son échanson. {bis.) 

Chantre des fleurs et de la tonne , 
A lui le printemps et l'automne ; 
Il ne célébrait dans ses vers 
Ni les étés , ni les hivers. 
Comme tout grand vin a sa lie , 
Toute sagesse a sa folie : 
En reniant Mars et Plutus , 
Il consacrait trop à Bacchus. • 

Il vidait une coupe neuve 
Comme la mer avale un fleuve , 
Le beau vieillard , au front divin , 
Qui chantait l'amour et le vin. 
Père de la chanson à boire , 
Aux nombreux ravons de sa gloire , 
Je vis s'ouvrir le Panthéon : 
C'était l'ombre d'Anacréon. 



1866. 



— 413 



I 



REPONSE D'UN BELGE 

A MONSIEUR GRANIER DE CASSAGNAC, 
nodactcur du ConslUnliomiel de Paris. 

Air du Carnaval. — o. 

Votre journal au pays de Belgique , 
Selon qu'il va voter ou blanc ou noir , 
Montre la France hostile ou sympathique 
Et vous daignez pour nous vous émouvoir. 
En politique ici le goût varie : 
L'un veut du froc et lautre veut du frac ; 
Mais avant tout nous aimons la patrie : 
Calmez-vous donc, Monsieur de Cassagnac [bis.) 

Vous l'avouez : pour nous faire la guerre , 
Vous nous ferez la guerre des tarifs : 
A bas nos fils et nos charbons de terre... 
Vos sentiments me semblent un peu vifs. 
Car vos tissus pèsent dans la balance ; . 
Sans dédaigner sa bière et son tabac , 
Le Belge boit tant de bons vins de France : 
Calmez-vous donc , Monsieur de Cassagnac. 

Chez nous , Monsieur, pourquoi brouiller les cartes ? 

De vos partis le nombre est scandaleux : 

Bourbons aînés , Orléans , Bonapartes , 

Les blancs, les verts, les rouges et les bleus. 

Sur mon pays n'appelez pas l'orage : 

Le Nord pourrait profiter du mic-mac... 



— 414 — 

N avez-vous pas chez vous assez d'ouvrage ? 
Calmez-vous donc, Monsieur.de Cassagnac. 

Oui , la Belgique , ainsi que l'Angleterre , 
Veut accueillir vos exilés nombreux ; 
Comme jadis sa porte hospitalière 
Est de nos temps ouverte aux malheureux. 
Si quelque jour un vent contraire emporte 
Ceux dont les mains comblent votre bissac , 
Même pour vous elle ouvrira sa porte : 
Calmez-vous donc , Monsieur de Cassagnac. 

Comme écrivain , votre place est immense ; 
Car votre plume , émerveillant Paris , 
A renversé , pour Thonneur de la France , 
Tous les hauts faits des généraux proscrits. 
Lorsque pour eux vous décliirez l'histoire , 
De mon pays ne faites pas le sac : 
N'avez-vous pas encore assez de gloire ? 
Calmez-vous donc, Monsieur de Cassagnac. 



Mous, 29 Mai 1852. 



415 — 



TOUT NOTRE SANG EST A LA LIBERTE. 



REPONSE DUN BELGE AUX JOURNAUX FRANÇAIS. 



Musique de M. Alp. Jansseiis. — 98. 



En plein Paris , des journaux populaires , 
Sans encourir les arrêts du censeur. 
Disent qu'au Rhin la France a ses frontières , 
En menaçant la Belgique , une sœur. 
Français, j'entends, de l'Eridan au Tibre, 
Bénir ton nom , ton courage indompté : 
Ton sang coula pour rendre un peuple libre ! 
Ne t'arme pas (ter) contre la liberté. 



I [hi-^ 



Nous noublîrons jamais mil-huit-cent-trente , 
Car nous avons la mémoire du cœur. 
La France est là qui, dans la lutte ardente, 
Nous tend la main; et le Belge est vainqueur. 
Mais aujourd'hui que l'on blesse la fibre 
D'un noble cœur qu'on a tant exalté , 
Nous jetterons le cri d'un peuple libre : 
Tout notre sang est à la liberté. 

Journaux français , plus de paroles aigres ; 
Interrompez un ignoble travail : 
Il vous abaisse au niveau des rois nè2:res 
Qui parquent l'homme ainsi qu'un vil bétail. 
N'est-il en vous plus un écho qui vibre 
Pour rappeler ce mot : fraternité i 



— 410 — 

Souvenez-vous quil est beau d'être libre. 
Respectez donc ici la liberté. 

N'espérez pas de voir notre industrie 
A deux genoux adorer le veau dor ; 
Tous, nous aimons les lois de la patrie 
Et, s'il fallait défendre ce trésor, 
Laissant l'outil pour l'arme de calibre, 
On reverrait le Ruwaert redouté. 
Un petit peuple est grand quand il est libre : 
Tout notre sang est à la liberté. 

Si vous voulez agrandir vos frontières , 
Renversez donc les douanes , les octrois. 
Plus d'étrangers ! que les peuples soient frères , 
Et que partout l'homme ait les mêmes droits. 
Plus rien alors ne rompra l'équilibre 
De ce vieux monde encor si tourmenté. 
Je bénis Dieu , car mon pays est libre : 
Vive le Roi ! Vive la liberté ! 



Juin 1860. 



— 417 



LES TABLES PARLANTES. 

Air : Tout le long de la rivière. — -2'.. 

A Paris , muguets et ])ai'bons, 
Font cercle autour des guéridons. 
Au lieu de discours politiques , 
Quoi ! des phrases cabalistiques , 
Des doigts , magnétiseurs puissants , 
Qui s'ouvrent dans un même sens 

Pour évoquer les anges et les diables... 

La France se tait et fait parler les tables , 
La France fait parler les tables. 

Grâce aux tables , maint séraphin 

Chante ici-bas l'hymne sans fin. 

Mais, quand cet ange d'espérance 

Etend ses aîles sur la France , 

Des démons aux grifles de fer 

Accourent du fond de l'enfer : 
Contre un bon ange on voit lutter vingt diables. 
La France se tait et fait parler les tables , 

La France fait parler les tables. 

Chez les Français spirituels , 

Plus de chansons, plus de noëls ; 

Au dessert la tablomanie 

Soudain fait surgir un génie 

Dont les électriques accents 

De l'homme enivrent le bon sens... 
Un rire fou fait grimacer le diable , 
Lorsque le bon sens roule ainsi sous la tal)le , 

Le bon sens roule sous la table. 

•28 



— 418 — 

Mais narguant le diable qui rit , 
J'invoque un généreux esprit... 
Ah ! c'est l'esprit d'une bouteille : 
Sorciers , qui me prêtez l'oreille , 
Je vous crois un pouvoir divin , 
Si par vous l'eau se change en vin. 

Le vin possède un fluide admirable 

Qui, pour moi, souvent a fait danser la table, 
Le bon vin fait danser la table. 

Le monde , au train dont nous allons , 

Fait une course à reculons. 

Français , plus de plaisanterie ; 

Car, avec la sorcellerie , 

Le charme et l'imposition , 

Je crois voir l'inquisition : 
Pour nous rôtir, des moines charitables 
Feraient des fagots des débris de vos tables. 

Que le diable emporte vos tables ! 



1853. 



— 419 



L'OISEAU CHANTEUR. 



A PIERRE LACIIAMBEAUDIE , 



on réponse à ses couplets sur mes chansons el mes fusils. 



Air : Donnez-vous la peine d'attendre. — 3o. 



Echos légers des plus doux sons , 
Ta chansonnette recommande 
Et mes fusils et mes chansons : 
Dieu ! que leur vogue sera grande. 
Pourtant ton envoi gracieux , 
Parlant à mon âme attendrie , 
De larmes a rempli mes yeux... 
En lisant tes couplets joyeux , 
Tout bas j'ai béni ma patrie. (/;/.s\) 

Un oiseau chante avec gaîté , 
Dans le bois où Dieu lui fît place , 
La nature et la liberté... 
Mais le maître arrive et le chasse. 
Sensible , aimant , comme autrefois , 
Calme comme son innocence , 
L'oiseau va dans un autre bois 
Faire entendre sa douce voix : 
Le juge , c'est la conscience. 

Si loin du nid où le bonheur 

Le caressait dans son jeun(* âge , 



— 420 — 

Le tout petit oiseau chanteur 

Est un aigle pour le courage. 

Ecoutez : ce cœur valeureux , 

S oubliant dans sa mélodie , 

Sourit au destin des heureux... 

Amis , ce chantre p:énéreux , 

C'est l'humble et bon Lachambeaudie. 



Mous, -28 Avril 1853. 



i 



— 421 — 



L'AIimiE DE LA LIliKIîTÉ. 



Air de la Brabançonne. — ir,. 



C'est toi , moderne Babylone , 
Qui fais surgir en même temps 
Des travaux dont l'audace étonne 
Et des milliers de combattants ! 
Ta splendeur m'oppresse et me glace 
Au sein de l'immense cité , 
Je ne retrouve plus la trace / 
De l'arbre de la Liberté. \ ^^ 



C'était un magnifique emblème : 
Animé d'un sublime esprit , 
Le prêtre donnait le baptême 
A l'arbre saint , au nom du Christ. 
Le Christ abolit l'esclavage : 
Sa force fut la vérité. 
L'Évangile est la loi du sage , 
Le code de la Liberté. 



Un beau ciel sur son vert feuillage 
Répandait un charme infini ; 
La discorde attira l'ora^'e 
Qui fit tomber l'arbre béni. 
Ici l'arbre est tombé... Qu'importe ! 
Par le vent son germe est porté : 
Rien n'arrête le vent qui porte 
Le germe de la Liberté. 



— 422 — 

Que nous font le règne du glaive , 
La gloire d'un grand peuple armé , 
Les hauts monuments qu'on élève , 
Si le penseur est comprimé. 
La pensée au ciel monte et vibre ; 
C'est l'àme de l'humanité. 
Comme l'air Dieu fit l'homme libre 
Rien n'est grand sans la Liberté. 



Octobre 18 



TABLE 



Préface des premières Chansons 
Préface des Chansons nouvelles 



VI 

VIII 



PREMIÈRES CHANSONS. 



Je ne suis pas savant 

A mon Père 

Pourquoi n'aurions- nous pas 

Couplets à i\I. Dufau 

La chanson du pécheur . 

Le ciel est si beau . 

A Ferdinand Gravrand 

Humble hommage, etc. . 

Mieux encore que la liberté 

Le rêve de l'Éveillé . 

A J -B. V. . . . 

La sagesse du Fou . 

Dieu fait les fleurs . 

Tu n'es pas là . 

Le phrénologiste 

La chanson 

Pauvre et riclie. 

A Léon Paulet . 

Trop bien portant . 

L'enfant de la négresse . 

Les cendres de Napoléon 

En attendant . 

Couplets au poète B. Q.. 

L'anniversaire . 

Aux frères d'armes de Tempii 



e lyre ? 



3 
6 
8 
10 
12 
15 
1(5 
18 
10 
■2\ 
23 
25 
26 
28 
29 
31 
33 
35 

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3'J 
41 
43 
45 
47 
48 



— 424 — 



tois 



Lorsque l'hiver se prolongeait. 

Le revenant . . . 

Chantez, petits oiseaux . 

Laissez-moi contempler les cieux . 

L'avantage d'être mort 

Vivent les fous ! . . . . 

Le premier sourire .... 

La fête de Saint- Pierre . 

Jean qui pleure et Jean qui rit 

A Norbert-Joseph Page, jeune statuain 

Couplets à Béranger 

Monsieur Doussart .... 

Le lion de Waterloo 

Couplets chantés au Cercle lyrique mont 

Le voleur 

A Alexandre M 

Le bonheur c'est d'oublier 
Couplet à des ouvriers . 

Les livres 

Le savoyard 

Qu on s'embrasse et que ça finisse. 

L'ange et le vieux poète . 

A la petite fille de Madame D. B. de Louvain 

A mon ami Pierre Du Ménil . 

Mon fusil , mon chien , ma maîtresse 

Unissez-vous 

Un rayon de soleil .... 
Le bon curé ..... 
Adolphe Roussel à Louvain 

Couplets à T. D 

Le nom de famille .... 

Chanson à boire .... 

Le rêve d'un chinois 

Vivent les chanta de nos aïeux 

Après une visite à Béranger . 

La chanteuse ambulante . 

Le flamand aux portes dune grande vil 

.\ux Suisses 

Le bon berger 

Couplets à ^L F. -G. Lemercier 

Chanson à, propos du jour de ma fête 

Couplets à Pie IX . 

Frères et libres ! Chant belge 

Me voilà donc un personnage î 



il! 



50 
52 
55 
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425 



Couplet écrit sur la première page de l'album de L. P 

Le Christ a pardonné 

Couplet aux sous- officiers du 11« de ligne 
Bons ouvriers, chantez plus bas . 
Réponse d'un Belge au Courria- Français 
Ah ! si je savais le latin 
Chantons notre pays .... 

Le jour des Rois 

A Auguste Piot , peintre d'histoire à Paris 
Mon bon curé , prenez bien garde à vous ! 

La mère du soldat 

A MM. Carion , Bai rois de Grammont et . 
Couplets chantés au banquet offert à l'auteu 

le 20 mai 1850 

Réponse k un toast porté par des officiers de l'armée 

aux honnêtes ouvriers 

Les épis 

Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu 

La plume d'or 

Les chants du pays 

Le retour de Paris 

La fourmilière 

La messe du Saint-Esprit 

Couplet 



Ce que veut l'ouvrier .... 

L'ivrogne 

Flamands , Wallons 

Le paresseux 

Les caisses de retraite .... 
La tireuse de cartes .... 

Le paysan 

La particule 

L'hirondelle 

Comment Joseph entend le communisme 

La chanson pendant l'orage . 

L'héritage, ou comment l'or peut faire le bonheu 

Vive le métier de nos pères ! 

L'aïeule . 

La loi 

La richesse du pauvre .... 

Couplet adressé à Antoine Joseph Prud'hom 

Le typographe Prudhomme . 

Le travail , c'est la santé. 

Le Braconnier 



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à Mons, 



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— 42G — 



Le conscrit 

Ce que je vis sur la grand'Place de Mons, un jour de 

foire 

Nul ne doit rougir de son pèi'e 

Mon étau 

Le bon et le mauvais riche 



221 



223 
225 

228 
2:31 



CHANSONS NOUVELLES. 



La Bière 


235 


Un soir d'hiver. ... . . . . 


237 


Le veau d'or 


239 


Un jour d'été ... 


241 


L'étudiant 


243 


Le bon prêtre et le mourant 


246 


Couplets à Barthélémy Frison 


248 


Les Titans 


250 


Prière au prince royal à l'occasion de sa majorité 


252 


Les bords de la Meuse . . . . 


2^ 


Le chant du Laboureur 


257 


Le père Faro 


250 


Le vieil ouvrier 


261 


Le Doudou ... 


26:3 


L'ouvrier décoré 


266 


Le charbon de terre 


268 


La musette et le chansonnier . , . 


270 


Réponse de ^L Charles Rogier à la chanson précé- 




dente . 


272 


Les sabots neufs . . 


274 


En avant ! 


276 


Jocrisse ... 


278 


Le drapeau du Soldat 


281 


Le chant de l'atelier . . . 


2813 


Les petits airs et les petites chansons . 


285 


Le plaisir et la charité . .... 


287 


L'enfant du pays ... 


288 


Une marine . . 


290 


Le Roi et Charles Rogier 


292 


Le lilas de ma cour 


29-4 


I^ mort du lilas 


296 


Le nouveau Cadet-Rousselle .... 


2177 


Le pilote de Tournai 


300 


XXV« anniversaire 


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427 — 



La prière en commun lîf).") 

Les lions et les ours , . :KJ7 

Ballade . ... . . . 'M) 

Le prince de Liijne et Sire Robert Peol . 311 

La loi sur la charité ... ... .313 

Tu fais honneur àux ouvriers montois .... 'M'y 

Le lendemain de la fin du monde .... 317 

Couplet à M Charles Rogier 319 

Une chaumière dans les Ardennes .... 320 

Réponse à Sancho 321 

Les grenouilles et les oiseaux . ... 324 

La chanson du berceau .... , . 325 

La bataille des éperons d'or ...... ,'S7 

La Saint-Hubert 332 

La chanson dos enfant.s 335 

Monsieur du Flafla . . .'337 

L'œil de Fourrier 339 

Couplets à mon filleul Antoine Delmee . . . 340 

La cruche 342 

Le château de bon accueil 344 

Les soldats de l'industrie 346 

Tout vieillit 349 

Les anges du foyer 351 

Couplet à Van de Steene 3513 

Noël . . 354 

Cantate des orphelins 356 

Faites grâce aux pauvres charbonniers . . . .'358 

Couplets de noce 360 

Comment vous portez-vous ? 1362 

Une immortelle 1364 

Promenade du soir .'366 

La patrie et le Roi ... ... 368 

Rien que vingt ans '370 

La chanson des petits ... ... 372 

Le )0 septembre 374 

Les inondés de la Hollande 376 

Le Jubilé de cinquante ans ... ... 378 

Le retour des enfants chez leur mère convalescente . 380 

Au cercle montois 1382 

Restez unis, ô cliers petits enfants .... ,'Î84 

Hommage au comte de Hainaut 386 

A mon ami liertram (Eugène Landoy) .... ^^ 

Le banquet 1390 

Mon portrait 392 



428 



Les volontaires belges à Tacambui 

Le credo du chansonnier 

Vers récités au Théâtre de Mons 

Promenade du matin 

La fille de l'ouvrier . 

A Victor Hugo 

Aux tireurs Anglais et Français 

La pose de la première pierre 

Près de la rivière . 

La presse 

Tlne ombre antique . 

Réponse d'un belge à monsieur Gr 

Tout notre sang est à la liberté 

Les tables parlantes 

L'oiseau chanteur 

L'arbre de la liberté 



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